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Journées révolutionnaires au Chili : gouvernement mis en échec et rupture du « consensus »

Au moment où nous terminons cet article, la révolte contre l’augmentation des prix du métro qui avait pris la forme de fraudes massives [les étudiants passant par-dessus les portiques sans payer] est devenue une véritable rébellion populaire qui a mis en échec le gouvernement de droite de Sebastián Piñera en blessant virtuellement le régime chilien et le « consensus de la transition ». La lutte des classes revient avec force sur le devant de la scène.

lundi 21 octobre

Traduction de l’article écrit par les militants du PTR (organisation sœur de Révolution Permanente et du CCR)

Une véritable rébellion populaire

Organisés depuis le début de la semaine par de nombreux groupes d’élèves du secondaire - notamment de lycées emblématiques comme l’Institut national - qui subissaient une répression brutale ces derniers mois, les fraudes et rassemblements dans les gares, les sit-in sur les quais du métro et la suppression des tourniquets ont suscité la sympathie de millions de travailleurs et secteurs populaires (voyant dans la jeunesse un exemple de détermination) en exprimant leurs sentiments de mal-être face à la situation au Chili et son héritage dictatorial.

Vendredi, la mobilisation s’est directement transformée en révolte sociale contre le gouvernement. Tout a commencé par des manifestations massives et occupations des stations de métro toute la journée. La répression brutale contre les jeunes, les femmes, les personnes âgées, les enfants, s’est intensifiée et a donné lieu à des affrontements dans plus de 70 stations. La fermeture par le gouvernement de presque toutes les lignes de métro a provoqué le chaos à Santiago, les artères principales de la ville étant bloquées et le métro ne fonctionnant pas à la suite des manifestations. La stratégie visait à réprimer l’avant-garde de la jeunesse tout en retournant la population contre elle en expliquant que des "groupes organisés" et des "vandales" semaient le "chaos". Au lieu de cela, la réaction du gouvernement a enflammé davantage la situation. Comme le souligne à juste titre le chroniqueur Ascanio Cavallo, « le santiagazo [Référence à un important mouvement de protestation ayant eu lieu en Argentine les 16 et 17 décembre 1993 dans la ville de Santiago del Estero] a tout débordé. Les faits suggèrent que lorsque les lignes de métro ont été touchées, le système nerveux a été touché, non pas de la ville, mais de l’ensemble du corps social. »

La sympathie exprimée sur les réseaux sociaux s’est transformée en mécontentement généralisé et le soir, après l’annonce par Piñera de l’application de la "loi de sécurité intérieure de l’État" issue de la dictature, tout Santiago s’est rebellé, non seulement dans la capitale et dans les environs de La Moneda, mais avec des "cacerolazos" [concerts de casseroles] et des barricades dans la plupart des communes périphériques où s’est manifestée la colère populaire. Dans la commune de Maipú a eu lieu une véritable "bataille" qui a forcé la police à battre en retraite, et ainsi de suite dans de nombreuses autres communes périphériques. Des bâtiments d’entreprises privées, des stations de métro et des lieux publics ont été incendiés, et les carabiniers ont été complètement submergés.

Piñera, qui a été massivement répudié pour sa présence dans une pizzeria des hauts quartiers pour un anniversaire de famille en pleine révolte, a décidé à minuit d’imposer "l’état d’urgence constitutionnel" qui place la région métropolitaine aux commandes de l’armée, une mesure autoritaire sans précédent en démocratie et qui rappelle l’image des mesures dictatoriales. Néanmoins, cette réaction a jeté de l’huile sur le feu, le rapport de force a évolué et samedi la révolte s’est transformée en rébellion populaire. Partout à Santiago, des centaines de milliers de personnes ont participé à des rassemblements, des "cacerolazos", des barricades et des affrontements avec la police et même dans certains cas, avec l’armée, dans le cadre d’un véritable défi qui a mis le gouvernement et l’état d’urgence lui-même en échec. Les vidéos de manifestants criant sur les militaires avec un état d’esprit qui n’a pas été vu depuis des décennies ont été virales.

Et plus encore, le "santiagazo" est devenu une rébellion populaire nationale dans toutes les régions du pays. Des grandes concentrations urbaines comme Valparaíso, Concepción ou Antofagasta, la solidarité contre l’état d’urgence à Santiago a nationalisé le conflit jusque dans les localités les plus reculées, petites et éloignées, avec dans certains cas une haine populaire énorme. Tout le pays s’est rebellé et a fait de la haine sociale l’expression d’un profond malaise social du "jaguar" ou "oasis" de l’Amérique latine.

Pour tenter de contenir l’escalade du soulèvement, alors que Piñera annonçait la "suspension" de la hausse des tarifs, le général en charge de l’état d’urgence annonçait le couvre-feu, une mesure qui n’avait plus été utilisée depuis la dictature militaire en 1987. Toutefois, dès 22h00, le couvre-feu a été enfreint en signe de défi avec des barricades, des cacerolazos, et surtout une vague de colère sans précédent, avec des dizaines de bus incendiés, le pillage dans des centaines de grands magasins tels que Walmart, des postes de contrôle et des commissariats en feu, l’incendie d’établissements publics tels que la municipalité de Quilpué. Des " symboles du pouvoir " tels que le bâtiment Le Mercurio à Valparaíso (journal historique de la réaction chilienne) ont été incendiés. La réponse du gouvernement a été d’étendre l’état d’urgence avec l’appui des militaires à Valparaíso, Concepción, Coquimbo, Serena et Rancagua, avec un couvre-feu à Valparaíso, et s’est soldée avec plusieurs morts à Santiago.

Les générations plus âgées, de nombreux travailleurs et travailleuses sur leur lieux de travail, les retraité.e.s, des femmes venues demander un rendez-vous chez le médecin, et bien d’autres ont fait part de leur sympathie envers le mouvement. « La hausse des prix ne concernait pas les étudiants, mais pourtant les jeunes se battent pour nous » : c’est le sentiment général. Pas en tant que commentateur, mais bien pour accompagner cette lutte dans les rues. La jeunesse du secondaire a été l’épine dans le pied constante du régime chilien hérité de Pinochet, comme l’a montré la "rébellion des pingouins" de 2006, puis la lutte massive de 2011. Le gouvernement et le régime ont semé la haine, l’heure de la révolte a sonné, et elle se propage à tout un pays mécontent. "Merci aux jeunes de nous avoir fait perdre notre peur ", disent les vieilles générations.

Il ne s’agit plus de la hausse du prix des transports mais d’un profond malaise social dû aux séquelles de la dictature encore vivaces, aux salaires et au coût de la vie, aux emplois précaires, aux prix élevés, à l’endettement, etc. "Les gens vont chez le médecin tôt pour passer du bon temps", "s’ils se levaient tôt pour prendre les transports, ils pourraient économiser de l’argent" : voilà quelques phrases qui résument l’état d’esprit d’un gouvernement au service des capitalistes, complètement déconnecté des expériences des travailleurs, et qui a allumé la mèche.

Il s’agit d’un soulèvement spontané qui continue de s’intensifier, sans qu’aucune organisation politique ni organisation de masse - syndicats ou étudiants – en aient pris la tête. Pour l’instant, au contraire, bien qu’ils se prononcent en faveur du mouvement, ils se cantonnent à un rôle d’observateur. Il s’agit pourtant de journées révolutionnaires où le gouvernement, les carabiniers et l’armée sont identifiés comme des ennemis, ainsi que diverses institutions du régime, dont la base est l’agitation sociale et qui remet en cause le "pacte social" de la transition démocratique. Les incendies, les concerts de casseroles, les barricades, les affrontements et les pillages, constituent une expression élémentaire de cette haine qui s’est déversée dans les rues.

Une situation aux caractéristiques pré-révolutionnaires et la crise profonde du "consensus néolibéral"

Piñera a fait descendre l’armée dans la rue et a imposé l’état d’urgence avec couvre-feu pour "trouble grave à l’ordre public". Il s’agit d’un saut dans la "bonapartisation" du régime : son soutien, en ce moment, est l’appareil militaire et policier. Comme le dit aujourd’hui un éditorial d’El Mercurio, le "consensus minimum" de la transition vers la démocratie a été mis en branle, c’est à dire : "l’État de droit et le respect qu’il suppose pour un ensemble de règles dont la validité est reconnue, indépendamment du droit légitime à être en désaccord avec elles et à vouloir faire des réformes dans le cadre de la légalité". Si l’on peut affirmer que le pacte social de la "transition" est ébréché, ce n’est pas la même chose que de dire qu’il va nécessairement tomber, pour ce faire il est nécessaire d’avoir des objectifs et une stratégie adéquate.

Le recours à l’armée visait non seulement à réprimer quand la police était submergée, mais aussi à effrayer la population avec l’historique "l’armée arrive" et ainsi éviter l’entrée en jeu des principales forces de la classe ouvrière et du mouvement étudiant, et donc un scénario mettant directement en cause leur pouvoir. Les forces de la classe ouvrière, qui sont intervenues dans cette rébellion - bien que pour l’instant "diluées" dans les masses et non mobilisées avec leurs organisations et méthodes de grève et de lutte -, sont stratégiques pour un nouveau saut dans la situation et c’est ce que le gouvernement veut empêcher. Les bureaucraties syndicales et les partis de la gauche réformiste refusent d’appeler à une lutte ouverte et généralisée contre le gouvernement, et agissent comme une force de "contention" pour que la situation ne devienne pas révolutionnaire.

Ce soulèvement est toujours en cours et reste ouvert concernant la direction qu’il va prendre. L’Union Portuaria [syndicat national des dockers] a appelé à préparer la grève générale, et, ce dimanche est prévue une série d’assemblées et de sessions plénières étudiantes. Pour demain, une "grève nationale" est appelée par la Confech (une organisation étudiante) et par des organisations de lycéens. Différents secteurs de travailleurs appellent à la grève. La journée de lundi menace de relancer la lutte, avec cette fois-ci les bataillons centraux de la classe ouvrière qui pourraient entrer dans la bataille, ce qui donnerait un nouveau cap à la rébellion, ainsi que la jeunesse des lycées et des universités. Pour cette raison, le gouvernement a décrété la "suspension" des cours afin d’empêcher la jeunesse de sortir dans la rue dans un pays pratiquement paralysé.

Il ne s’agit plus seulement de l’augmentation du prix du transport, mais d’une lutte qui menace de renverser un gouvernement littéralement "suspendu" en l’air, et qui cherche à se réaffirmer avec l’aide des militaires ou de l’"opposition" bourgeoise issue de la Concertación [Coalition de partis de centre et de gauche, au pouvoir entre 1990 et 2010]. Le problème de l’intervention de la classe ouvrière est posé, tout comme celui de la structuration du mouvement au sein des lieux de travail et d’études pour que se développe la grève générale avec pour objectif principal la fin de l’état d’urgence et le renversement du gouvernement, pour que le mouvement prenne un cours réellement révolutionnaire. Il y a une volonté de se battre. La discussion qui s’ouvre maintenant est de savoir quelle est la stratégie à adopter.

Voie institutionnelle ou voie révolutionnaire ?

L’ex-Nueva Mayoria [Nouvelle coalition ayant pris la suite de la Concertación] a joué un rôle favorable au gouvernement de Piñera. Tout d’abord, des personnalités clés comme José Miguel Insulza [du Parti Socialiste] ont dénoncé l’action de fraude du métro [organisée par les lycéens contre l’augmentation du prix du métro] et soutenu la répression policière. Après l’état d’urgence, ils ont certes pris leurs distances par rapport à la mesure. Cependant, après la suspension de l’augmentation du prix du transport pendant que le couvre-feu était installé à Santiago, puis l’état d’urgence à Concepción et Valparaíso avec un couvre-feu dans cette dernière ville, le PPD [Partido por la democracia], PS [Partido socialista], PR [Partido radical] et DC [Democracia cristiana], tous les partis de l’ancienne Concertación et du pacte de "transition" avec les génocidaires, ont pris un nouveau tournant en acceptant le "dialogue" avec le gouvernement et sont allés rencontrer Piñera à La Moneda pour trouver une issue à cette révolte. La position très à droite du député RD Pablo Vidal, député, qui, aux côtés du gouvernement, a dénoncé la "violence" des manifestations, est lamentable.

Ce faisant, ils ne font que répéter leur rôle historique en se positionnant comme de "faux amis du peuple" tout en soutenant le régime hérité de la dictature. Alors qu’en ce moment le gouvernement est mis en échec et qu’une révolte populaire s’est propagée dans tout le pays et ne cesse de s’intensifier, ils jouent le rôle scandaleux d’appui à un gouvernement isolé. Cependant, le progressisme "néolibéral" n’est plus ce qu’il était, et le rejet populaire atteint ses principales figures et partis, en plein déclin.

Le Parti communiste et le Frente Amplio, qui ont gagné beaucoup de poids dans la situation grâce à leur programme de réformes sociales, ont rapidement cherché à se placer du côté des manifestations avec un soutien passif. Ensuite, ils ont appelé le gouvernement à "écouter" le peuple, à cesser la répression et à "dialoguer". Après le décret sur l’état d’urgence de Piñera, ils ont pris leur distance par rapport à la mesure, dénonçant la militarisation et conditionnant le dialogue à la fin de l’état d’urgence. Les deux organisations se sont jointes hier aux protestations avec leurs principaux référents, et même le maire de Recoleta Daniel Jadue (PC) et le député Gabriel Boric (FA) ont interpellé les militaires en leur disant « dehors ».

Si tactiquement ils conditionnent le dialogue à la fin de l’état d’urgence, stratégiquement leur sortie est une "voie institutionnelle", qui passe par les vielles institutions de l’ancien régime. Le PC considère ainsi à propos de Pinera, comme l’a souligné son président, Guillermo Teillier, que : "S’il renonce à gouverner, parce que gouverner signifierait accepter les revendications des citoyens, et continue à se cacher derrière les militaires, s’il n’a pas la capacité de gouverner, il serait préférable qu’il démissionne et demande de nouvelles élections maintenant". Quant à Beatriz Sánchez, du Frente Amplio (FA), elle a souligné que : "Le gouvernement a renoncé à la démocratie (...) le pays nous demande aujourd’hui de nous positionner (...). En tant que FA nous disons : nous sommes clairement avec le peuple".

Si le refus du dialogue avec le gouvernement tant qu’il maintient l’état d’urgence est correct, il s’agit d’une position "minimale" de la part d’une organisation de gauche. A ce stade, il ne s’agit pas d’analyser les faits et de les soutenir passivement, mais de les doter d’objectifs supérieurs, d’une méthode et d’une stratégie qui permettront de transformer cette rébellion en une mobilisation révolutionnaire pour vaincre le gouvernement et le régime politique et social dans son ensemble.

De fait, il s’agit d’un "soutien passif" et d’une solution "institutionnelle". Bien qu’ils aient un important poids politico-parlementaire - avec une trentaine de parlementaires pour le PC et la FA et des maires reconnus comme Jorge Sharp à Valparaíso - ainsi qu’un poids important dans les principales organisations de masse comme le syndicat de la Central Única de Trabajadores (CUT), l’organisation No+AFP, le Collège des Professeurs, les mineurs, la santé, pour ne citer que quelques exemples, ils se cantonnent au rôle d’observateurs sans faire en sorte que la classe ouvrière entre dans la bataille de manière organisée avec sa position stratégique et ses "réserves" de millions de travailleurs, dont la plupart sont désorganisés (sans syndicats) et interviennent dans la rébellion de manière diluée, sans leurs méthodes de combat traditionnelles.

Le PC et la FA, qui pourraient jouer un rôle central pour que la situation se développe dans un sens révolutionnaire et mettent en avant la perspective de la chute du gouvernement et du régime, ne se fixent pas cet objectif et à l’inverse tentent de limiter cet enjeu majeur. Alors qu’ils parlent de soutenir le mouvement ils se contentent de l’observer depuis les organisations de masse qu’ils dirigent, ils refusent d’appeler au blocage et encore moins à la grève générale pour vaincre le gouvernement pro-patronal et son état d’urgence.

La voie institutionnelle (ou éventuellement électoraliste, lors d’élections anticipées) pour résoudre les problèmes sociaux est une impasse. Il ne faut rien attendre de ce régime, ce n’est pas lui qui mettra fin aux augmentations des prix, aux pensions et salaires de misère, aux travaux précaires qui sont à la base du mal-être social. Aucun « pacte social » ou débat parlementaire ne nous apportera de meilleurs salaires et pensions, un travail stable, un système de santé et d’éducation publics etc..

C’est au moyen de la grève générale et la mobilisation, avec la classe ouvrière au centre et sur les ruines de l’ancien régime seulement que nous pourrons conquérir nos rêves et nos aspirations. Cependant, il ne s’agit pas pour la classe ouvrière et ses organisations d’intervenir pour seulement y ajouter ses propres revendications, mais bien de prendre la direction de cette lutte politique ouverte contre le gouvernement, avec un programme qui soit « hégémonique », permettant de s’allier à toutes les classes opprimées par ce régime.

Les organisations comme la CUT, No+AFP et d’autres organisations n’ont jamais rejoint l’appel de l’Union Portuaria pour préparer la « grève générale » contre le gouvernement. Dans le cas de la CUT, sa direction continue honteusement de se comporter en spectateur ou d’appeler à des manifestations ponctuelles sans aucun impact. Comme elles l’ont montré ces dernières années, les bureaucraties syndicales de l’ex-NM et du PC, et maintenant l’alliance avec le FA - qui coopère pacifiquement avec elles - assimilent rapidement leurs méthodes, transformant la centrale et ses syndicats en organisations ouvertement conservatrices face à la situation, dans un moment ou se pose le problème de l’entrée en scène massive du mouvement ouvrier à travers blocages, grèves et manifestations radicales démarrant ainsi un processus de grève générale.

La voie institutionnelle prônée par la gauche « anti néolibérale » cherche à ce que Piñera fasse marche arrière pour se maintenir au pouvoir, et à faire en sorte qu’à travers les mêmes institutions détestées par la population à l’origine de ce cette rébellion, une sortie de crise puisse être trouvée.

Pour les révolutionnaires, au contraire, il s’agit de lutter pour un programme qui, partant de la révolte populaire, développe les tendances les plus avancées et propose de renverser Pinera à travers la grève générale insurrectionnelle. Pour cela, l’interpellation des directions syndicales pour que des centaines de milliers de travailleurs fassent l’expérience de leur rôle central et les obligent à sortir de leur bureau est centrale.

En revanche, cette bataille doit être accompagnée d’une stratégie qui se propose de développer les éléments d’auto-organisation des masses, qui permette d’unir les luttes, planifier démocratiquement le programme et la stratégie dont se dote le mouvement pour triompher, et empêcher une attaque plus réactionnaire ou une sortie comme débouché institutionnel. Si surgissaient des assemblées massives de délégués ou des coordinations de lutte nous serions dans une bien meilleure situation pour que surgissent des organismes démocratiques de lutte des masses pour l’unité d’action et basés sur un programme qui gagne le soutien des classes opprimées. Jusqu’à maintenant aucune organisation de ce type ne s’est développée, et c’est une des limites importantes de la situation bien que se développent des tendances à se réunir dans des villes comme Temuco, Valparaiso, Antofagasta et Santiago. Depuis lundi, de nombreuses réunions et assemblées ont été convoquées dans une centaine de lycées, universités mais aussi dans les syndicats. Il ne peut y avoir de « programme d’action » pour le moment qui ne vise pas à développer ses tendances et qui se pose comme objectif la création d’organismes de luttes auto-organisés qui cherchent à se battre pour une autre perspective pour le mouvement.

Cette lutte a déjà fait un bon en avant, et non seulement se pose la question de la défense des libertés démocratiques face aux attaques bonapartistes à travers la méthode de la lutte des classes (mettre fin au couvre-feu et à l’état d’urgence), mais également celle de mettre en avant la défaite du gouvernement par la grève générale, et imposer une assemblée constituante libre et souveraine - avec des représentants révocables et ne gagnant pas plus qu’un travailleur, pour chaque tranche de 20000 électeurs -sur les ruines du régime néo-pinochetiste pour instaurer un dénouement favorable au travailleurs et à la population.

Derrière la stratégie institutionnelle, il s’agit en fait de contenir plutôt que de développer le mouvement, sans toucher aux piliers du régimes ou aux forces réelles qui gouvernent le Chili. Pour aller jusqu’au bout de cette révolte, il faut emprunter la voie révolutionnaire pour renverser le gouvernement, le régime et remettre en cause les piliers du capitalisme chilien. Conquérir le pouvoir à travers un gouvernement des travailleurs en rupture avec le système capitaliste, pour la réalisation totale et effective de nos aspirations et revendications.

Crédits photo : MARTIN BERNETTI / AFP




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