^

Monde

Impérialisme

Juan Guaidó rentre au Venezuela avec la menace d’intervention états-unienne

Une semaine après son départ du Venezuela, le président autoproclamé Juan Guaidó est rentré de sa tournée en Amérique du Sud. Les USA ont menacé de « réagir énergiquement » si leur poulain était arrêté.

mercredi 6 mars

Crédit photo : AFP/Federico Parra

Juan Guaidó est rentré au Venezuela ce lundi après une semaine de tournée en Amérique du Sud. La veille, le conseiller à la sécurité de la Maison-Blanche, John Bolton, avait menacé de « réagir énergiquement » si le Venezuela empêchait son retour ou l’arrêtait.

A la sortie de l’avion, il a eu un comité d’accueil composé des ambassadeurs d’Allemagne, d’Espagne, de France, des Pays-Bas, du Portugal et de Roumanie, qui par leurs présences soutiennent de fait le président autoproclamé et se range derrière l’impérialisme états-unien. Ce mercredi, l’ambassadeur allemand a d’ailleurs été invité à quitter le Venezuela sous deux jours par le gouvernement Maduro. Pendant une semaine, Guaidó a rencontré le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, l’argentin Mauricio Macri, le chilien Sebastian Pinera, le paraguayen Mario Abdo Benitez et l’équatorien Lenin Moreno.

Cette tournée lui a permis de s’assurer si cela était encore nécessaire du soutien des dirigeants sud américains. Le mal prénommé Lenin Moreno a expliqué : « Nous serons attentifs aux signaux que donnera le peuple vénézuélien et vous, le leader et l’avocat de cette transformation profonde dont le peuple vénézuélien a besoin ». Ce n’est que la suite logique pour le président équatorien qui a quitté l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) dès Août 2018. De plus, 11 pays d’Amérique latine du groupe de Lima, réunissant les gouvernements de droite et d’extrême-droite latino-américains, avaient appelé l’armée à se ranger derrière Guaidó début février, sans succès.

Guaidó risquait d’être arrêté à son retour au Venezuela car il est sorti illégalement du territoire le 22 février. Il fait actuellement l’objet d’une enquête de la Cour suprême, acquise à Nicolás Maduro, pour usurpation de pouvoir et avait ses comptes bancaires bloqués et l’interdiction de sortir du territoire. Il a assisté le 22 février à un concert organisé à Cucuta (en Colombie) par Richard Bronson pour financer «  l’aide humanitaire  » pour les Vénézuéliens qui subissent depuis des mois les conséquences de l’inflation, les pénuries de nourriture et de médicaments. Le 23, Guaidó et les Etats-Unis avaient prévu un retour théâtral à bord d’un camion humanitaire. Mais devant l’échec de ce coup de force à la frontière, il a dû se réfugier à Bogota et de là, Bolton a organisé sa tournée en Amérique du Sud.

Le retour de ce lundi pouvait être risqué. Maduro avait prévenu, Guaidó doit « respecter la loi » et doit « rendre des comptes à la justice ». Mais c’était sans compter sur le soutien des USA qui ont prévenu la veille, qu’au cas où Guaidó était arrêté, il faudrait en payer les conséquences. Sur Twitter, l’Union européenne a emboité le pas « Toute atteinte à la liberté, à la sécurité ou à l’intégrité personnelle de Juan Guaidó constituerait une escalade des tensions et serait fortement condamnée ». Avec un tel soutien, il est facile pour le président autoproclamé de prévenir « Si le régime ose, évidemment, nous kidnapper, ce sera la dernière erreur qu’ils commettront  ». Pourtant derrière ces menaces, on peut voir une certaine temporisation de la part des soutiens à Guaidó.

En effet, le conseiller à la sécurité de la Maison-Blanche, John Bolton, qui a accordé des entretiens au cours du week-end pour soutenir Guaidó et faire clairement comprendre que les États-Unis sont en retard sur un plan d’intervention militaire. Après l’échec de la manœuvre du 23 février, c’est-à-dire la tentative de faire rentrer en force « l’aide humanitaire », qui revient à remettre en question la souveraineté vénézuélienne, Guaidó et ses alliés sud-américains et états-uniens ont été obligé de revoir leur plan car l’armée vénézuélienne n’a pas basculé du côté des putschistes ou n’a pas légitimé aux yeux du monde la nécessité d’une intervention militaire contre Maduro. Un échec qui a poussé les pays du groupe de Lima à exclure une intervention militaire. Même Elliott Abrams, chargé par Trump de « restaurer la démocratie au Venezuela », qui a soutenu les Contras sous Reagan, a trempé dans l’Irangate et a soutenu plus qu’activement la guerre en Irak de Bush, a expliqué que la Maison Blanche n’aurait plus pour objectif prioritaire une intervention militaire.

Pourtant, il ne faut pas s’imaginer que cela soit définitif. En effet, dans ces interviews, Bolton a expliqué que Trump « n’a pas peur d’utiliser l’expression "doctrine Monroe" », c’est-à-dire une politique datant de 1823, et que, sous le slogan « America for Americans », défend l’attribution de droits unilatéraux aux États-Unis dans l’Amérique latine, et en vertu desquels étaient justifiés tous les types d’invasions, d’occupations militaires, d’ingérences directes ou indirectes en Amérique du Sud centrale et dans les Caraïbes. Dimanche, il a expliqué que les USA voulaient une « vaste coalition pour remplacer Maduro » et surtout, il a annoncé agir de concert avec la communauté internationale, sur Twitter il a posté dimanche « Le président par intérim du Venezuela, Juan Guaidó, a annoncé son retour prévu au Venezuela. Toute menace ou action contre son retour en toute sécurité se heurtera à une réponse forte et significative des États-Unis et de la communauté internationale ».

Derrière Guaidó, il faut voir l’impérialisme états-unien qui avec ses alliées sud américains et européens sont aux aguets pour reprendre leur revanche sur le Venezuela de Chávez et remettre l’ensemble du continent dans le giron de l’impérialisme états-unien après que l’Amérique du Sud ait connu une vague de gouvernement progressistes dans les années 2000. Cela ne signifie en aucun cas un soutien politique à Nicolás Maduro dont le gouvernement est largement responsable de la crise que connaît son pays mais un soutien total au Venezuela dans sa lutte contre les ingérences étasuniennes.




Mots-clés

Nicolás Maduro   /    Venezuela   /    Etats-Unis   /    Monde