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Justice pour Bagui Traoré ! Accusé de meurtre « sans preuve », la procureure requière l’acquittement

L’absence de preuves contre Bagui Traoré, poursuivi pour « tentative de meurtre en bande organisée sur personne dépositaire de l’autorité publique » a conduit la procureure générale à requérir l’acquittement du frère d’Adama, en détention provisoire depuis mars 2021 dans le cadre de ces accusations. Une préconisation qui « fait renaitre l’espoir » pour Assa Traoré, avant que les juges ne se prononcent vendredi.

mardi 6 juillet

Alors que 70 gendarmes s’étaient constitués partie civile, participant à l’acharnement policier et judiciaire contre la famille Traoré, les 13 123 pièces cotées n’auront pas permis de fonder quoi que ce soit à l’encontre de Bagui : « Je ne suis pas là pour faire des hypothèses, je n’ai pas de preuves. Et quand on n’a pas de preuves, on en tire les conséquences » a déclaré Ingrid Gorgen, l’avocate générale de la Cour d’Assises de Pontoise.

Aux termes d’un procès de deux semaines, la procureure de la République a donc requis l’acquittement pour Bagui Traoré, poursuivi pour « tentative de meurtre en bande organisée sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Une préconisation qui « fait renaître l’espoir » témoigne Assa Traoré, tout en attendant le verdict final des juges ce vendredi.

Pendant deux semaines, les débats ont mis en lumière un dossier vide, fondé sur des pièces quasi inexploitables comme des enregistrements inaudibles ou le témoignage d’une femme au discernement reconnu altéré lors d’une précédente procédure et qui a fini par admettre « je ne sais pas, je ne sais plus » lorsqu’elle est appelée à la barre.

Jusque dans la presse dominante, la teneur du procès interroge, voire agace. « Alors que reste-t-il contre Bagui Traoré ? Qu’aucun gendarme n’a vu lors des émeutes. Qui était en garde à vue à Pontoise la nuit de la mort de son frère, jusqu’à 00 h 40. Qui errait seul dans les rues, sans téléphone portable, hagard, avec en mains les deux kebabs que la mère d’Adama avait rapportés pour lui et Adama. Qui n’a réussi à se faire conduire en stop auprès de sa famille qu’après 2 heures du matin, alors que les tirs retentissaient déjà depuis longtemps à Beaumont-sur-Oise, comme en attestent les images prises de l’hélicoptère », écrit L’Obs.

Du côté de la famille Traoré, ce sont des années d’acharnement judiciaire qui se rejouent dans cette salle du Tribunal de Pontoise. Car depuis 2016, Bagui est en détention pour divers chefs d’accusation en lien avec les affrontements faisant suite à la mort de son propre frère, Adama, sous le poids de trois gendarmes. « Il leur fallait un Traoré » fustige Bagui, qui dénonce le deux-poids deux-mesures de la Justice : « Je suis ici soi-disant pour avoir tiré sur les gendarmes, alors que c’est mon petit frère qui est mort… Pour moi, avant, l’institution, elle ne pouvait pas mentir, mais maintenant franchement je ne crois plus en beaucoup de personnes ici ».

Comme sa sœur Assa – qui a finalement été relaxée par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris après avoir été poursuivie pour diffamation – Bagui Traoré et sa famille sont sous le feu de l’acharnement judiciaire pour le simple fait d’exiger la Justice et la Vérité depuis cinq ans pour leur petit frère.

Appelée elle-aussi à témoigner à Pontoise, Assa raconte la violence de tout un système qui broie ceux qui tentent de relever la tête face à l’impunité policière dans les quartiers populaires. « Depuis cinq ans quand je vais voir mon petit frère au parloir, il pleure et me dit qu’au moins Adama est tranquille là où il est, qu’il a envie d’aller le rejoindre. Il ne comprend pas pourquoi il est là alors qu’il est innocent, Aujourd’hui, quand je vois cet acharnement envers ma famille, j’ai envie de rappeler que c’est nous qui avons perdu quelqu’un. Cinq ans après, les rôles se sont inversés et je me retrouve à la barre en tant que coupable et non en tant que victime. »

Ce vendredi, les juges devront se prononcer sur les accusations portées contre Bagui Traoré, déjà en prison avant même d’avoir été condamné. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons soutenir le combat pour Adama en exigeant l’acquittement total de Bagui. Pas de Justice, pas de paix !




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