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Répression Syndicale

Kamal Laziz, licencié par un sous-traitant d’ADP : « la direction veut se défaire d’un syndicaliste »

Kamal Laziz, salarié de Goron sécurité, un sous-traitant de Aéroports de Paris, et syndicaliste depuis plus de 10 ans a été licencié pour faute disciplinaire. Un prétexte pour exercer une répression syndicale, nous l'avons interviewé.

jeudi 9 septembre

Crédits photos Alexis Durey

Révolution Permanente : Peux-tu te présenter et nous expliquer ton métier ?

Kamel : Bonjour, Laziz Kamal, je suis agent de sécurité pour les incendies, chef de poste. Parallèlement, je suis aussi sapeur pompier dans les Yvelines, mon métier concerne tout ce qui relève de la prévention d’incendie, ainsi que tout ce qui est premier secours. Je travaille sur des sites de travail type ERP recevant du grand public ou des immeubles de grandes hauteurs, ce qu’on a sur la défense par exemple, en tant que prestataire de service.

RP : Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton activité syndicale ?

Kamel : mon activité syndicale consiste à négocier les accords à revoir en profondeur concernant par exemple les 35h qui nous ont faites beaucoup de mal, notamment depuis la loi Aubry 2 en 2000 puisque les heures supplémentaires ne nous sont pas payées en heures supplémentaires à la fin du mois. Elles sont modulées, donc rattrapables. Voilà. Ma présence, ensuite, consiste à pouvoir assister les collègues en cas de besoin, à aller sur les sites pour relever d’éventuelles anomalies, et dans l’éventualité nous confondre avec le client sur d’éventuels problèmes liés aux conditions de travail.

RP : Quels sont les faits que la direction te reproche ?

Kamel : La direction me reproche d’avoir insulté deux collègues cadres, ce qui est faux, donc j’ai nié fermement. La direction est allée plus loin, puisqu’en parallèle, c’était le jour où nous avions fait la déclaration d’un accident grave survenu sur le site de TF1 : un collègue à nous, un syndicaliste, est tombé d’un escabeau suite à un réarmement de « clapet ». La direction n’a rien voulu suivre, elle a refusé toute réunion extraordinaire pour pouvoir apporter toute explication ou éclaircissement. Pire encore, elle a tout contesté auprès du tribunal judiciaire de Nanterre où nous passons prochainement, suite à leur contestation de la nomination d’une expertise.

Tout ça est directement lié, l’inspecteur du travail a été saisi, il a fait son enquête pendant 1 mois et demi, il a motivé son refus en presque 6 pages. Se pensant à l’abri, la direction a fait un recours hiérarchique, et, contre toute attente, elle a obtenu du ministère du travail l’autorisation de me licencier pour motif disciplinaire, ce n’est pas une faute grave, c’est bien pour motif disciplinaire.

Je dois me réunir avec mes camarades et la CGT pour faire un recours auprès du tribunal administratif, en sachant qu’il y a eu déjà beaucoup de problèmes de formalisme que nous avons soulevé auprès du ministre du travail, dont sa représentante est basée sur Nanterre, et vraisemblablement, rien, mais alors rien n’a été entendu. Tout avait été faussé, je le regrette amèrement, je suis, dans tous les cas, extrêmement choqué, c’est un état de fait, une réalité que l’on doit prendre au sérieux pour pouvoir s’organiser à l’avenir.

RP : Selon toi, pourquoi la direction veut te licencier ?

Kamel : Je pense que la direction sait très bien que je leur ai posé problème depuis une douzaine d’années, le moment où j’ai repris l’activité syndicale qui avait été délaissée par nos prédécesseurs. Forcement il y a eu beaucoup de rapports de force qui ont joué, il y a eu des manifestations par rapport aux conditions de travail organisé devant les sites les plus importants, malheureusement, dans cette profession on a beaucoup de syndicats qui se revendiquent être lambda et qui sont, malheureusement, beaucoup plus proche de la direction lorsqu’il s’agit d’aller au combat.

Aujourd’hui, je pense que tout le monde est unanime, on sait que je gêne amèrement, on sait que je leur pose des problèmes, et à travers l’administration, et à travers leurs clients, donc aujourd’hui, il est clair qu’ils sont arrivés au bout, dans la mesure où pour une fois étions majoritaires dans un des CSE, et ça, c’est quand même un combat qui a été renouvelé après trois mandats. Et aujourd’hui la direction veut se défaire d’un élément perturbateur, clairement.

RP : L’inspection du travail avait refusé ton licenciement, mais le ministère vient de l’accepter. Comment interprètes-tu cela ? Qu’est-ce que cela veut dire du gouvernement ?

Kamel : On sait tous que ce gouvernement est ultra libéral, à l’arrivée de Macron, tout le monde parlait de finance, d’ultra-libéralisme. Dorénavant, quand il y a un élément perturbateur, il faut trouver des griefs pour le faire sortir, même si c’est faux. Typiquement dans mon cas l’inspecteur fait un dossier qui explique que je ne dois pas être condamné et qu’il refuse mon licenciement, la direction raconte des choses fausses dans son dossier et je suis viré. Je suis honnêtement choqué, ce sont des faux témoignage.

RP : Quelque chose à ajouter ?

Kamel : oui, dans tous les cas, le combat continuera, la lutte continuera, et comme je l’ai expliqué a mes autres camarades, je ne les laisserai pas tomber, dès demain, nous allons nous réorganiser, et on espère que le tribunal administratif entendra bien nos requêtes.




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