^

Monde

Anti-colonialisme

Kanaky : pour la première fois, les indépendantistes majoritaires au gouvernement

A un an du dernier référendum convenu dans les accords de Nouméa, les indépendantistes kanaks deviennent majoritaires au gouvernement.

samedi 20 février

Crédit photo : Albert Huber

Les 54 membres du Congès de la Nouvelle-Calédonie ont voté pour former un nouveau gouvernement et ce sont pour la première fois depuis les accords de Nouméa que les indépendantistes gagnent la majorité au gouvernement.

Le Congrès, élu en 2019, est composé de 25 élus anti-indépendantistes ou aussi appelés loyalistes, 26 élus indépendantistes et 3 élus de L’Eveil océanien.

Les Loyalistes regroupent 2 composantes différentes. D’un côté, l’Avenir en confiance (AEC), une alliance entre Le Rassemblement-LR (le parti de Jacques Lafleur qui a dominé politiquement le Caillou pendant des décennies) et divers formations de droite dont LREM. De l’autre côté, Calédonie ensemble, un parti de centre proche de l’UDI.

L’Eveil océanien est un jeune parti qui vise à défendre les intérêts de la communauté wallisienne et futunienne. Ils alternent les alliances tantôt avec les loyalistes tantît avec les indépendantistes. Ce sont leurs voix qui ont permis aux indépendantistes d’être majoritaire au gouvernement.

Les indépendantistes sont regroupés au sein du FLNKS et sont divisés deux formations distinctes. L’Union Calédonienne-Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (UC-FLNKS) milite pour une indépendance en association avec la France. Ainsi on peut lire dans leur texte Réflexions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie d’octobre 2013, « à moyen terme, au-delà d’une période de cinq ou dix ans, la coopération étroite et très asymétrique du début serait vraissemblablement vouée à évoluer vers une collaboration plus classque ». Déjà en 1995, lors de son congrès le parti s’était prononcé pour un « État associé » avec la France.

L’Union nationale pour l’indépendance-Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (UNI-FLNKS) est composé du PALIKA parti historique de la lutte indépendantiste plutôt radicale et par l’Union progressiste en Mélanésie anciennement proche de la Ligue Communiste Révolutionnaire, ancêtre du NPA.

Une élection historique

Quatre listes étaient en course pour l’élection. L’UC- FLNKS avec en tête de file l’ancien président du MEDEF calédonien Samuel Hnepeune unis à L’Eveil océanien, anciennement allié aux loyalistes, a robtenu 3 élus. L’UNI-FLNKS a également obtenu 3 sièges grâce à un vote d’un élu loyaliste de l’AEC. Un vote habille, politiquement parlant, puisque d’un côté cela prive l’EO de rentrer au gouvernement mais cela empêche l’UC-FLNKS d’intoniser son candidat comme président de l’exécutif.

Les indépendantistes avaient provoqué la chute du précédent gouvernement en démissionnant en bloc de ce dernier. Ce départ a été provoqué par la gestion de la reprise de l’usine de nickel de Goro.
Pour rappel, le géant brésilien Vale souhaite vendre l’usine du Sud. Le groupe a reçu une offre, composée à 50 % d’intérêts calédoniens, à 25 % du négociant suisse Trafigura, projet est soutenu par la province du Sud (à majorité Métro c’est à dire d’origine française, les métro peuvent être appelé Caldoches terme plus générique qui regroupe les populations néo-calédoniennes et donc non kanaks), eta par l’Etat français. Les indépendantistes et le collectif usine du Sud représentant les intérêts de la province du Nord (à majorité kanak), et leur partenaire coréen Korea Zinc.

Désaccord sur la nomination du président de l’éxecutif

Les indépendantistes n’ont pas pu se mettre d’accord sur la nomination d’un président de l’exécutif. La question de l’usine de Goro étant sans doute l’une des raisons de ce désaccord. L’UC-FLNKS proposait Samuel Hnepeune. Il a dirigé Air Calédoonie est à dû faire face à la mobilisation de ses salariés contre des sanctions diciplinaires. Depuis il a été nommé patron du MEDEF calédonien, à cette occasion, il s’était opposé à la mobilisation kanak contre la reprise de l’usine du Sud par le consortium mené par le groupe suisse Trafigura.

L’UNI-FLNKS proposait Louis Mapou figure du mouvement indépendantiste qui a été directeur de la Sofinor.

Les deux composantes du FLNKS doivent se retrouver ce week-end afin de trouver un compromis. Le plus probable serait que Hnepeune se désite laissant le champ libre à Louis Mapou candidat de l’UNI-FLNKS et permettant à l’EO d’avoir finalement un ministre.

Pour l’instant la nomination du président a été repoussé. Alors que c’est une occasion en or pour les indépendantistes de montrer qu’ils peuvent gouverner en vue du prochain référendum, s’ils ne se mettent pas d’accord cela pourrait être catastrophique pour eux. Et c’est bien là-dessus que comptent les loyalistes, d’où le vote de l’AEC pour l’UNI-FLNKS.

Une élection qui ne passe pas du côté loyaliste

Dans un communiqué, « les Loyalistes dénoncent un déni de démocratie dans la manœuvre du FLNKS qui a consisté à faire tomber le gouvernement ». D’après eux les dernières élections leurs ayants donné la majorité des voix, cela serait à eux de diriger la Kanaky. Dans le communiqué, ils vont même jusqu’à remettre en question les accords de Nouméa. « L’élection du 17ème gouvernement ce 17 février a montré s’il en était besoin, que nous étions arrivés au terme de l’accord de Nouméa ».

« Nous sommes le premier groupe au Congrès, avec dix-huit élus. Il est légitime que nous revendiquions la présidence du gouvernement » explique Virginie Ruffenach, la cheffe de file de l’AEC au micro de la 1ere. « Il faut sortir de cet accord de Nouméa qui est à son terme, pour réinventer nos institutions. La Calédonie n’est pas gouvernable avec ce jeu d’alliances, parfois contre-natures qui sont mises en place. On vient d’y assister encore. »

Une élection à l’image des tensions de l’archipel à l’approche du dernier référendum sur l’indépendance

Cette élection renforce la fracture sur le Caillou. Avec le dernier référendum qui a vu les indépendantistes gagner du terrain, le oui à l’indépendance a atteint 46,7 %, et la lutte contre la reprise de l’usine du Sud par le consortium mené par le groupe suisse Trafigura où la police a tiré à balle réelle et où on a vu des Caldoches s’armer contre les Kanaks a fait croître les tensions. Sous couvert de lutte contre la « délinquance » plusieurs municipalités ont fait l’acquisition de flash ball pour équiper la police municipale. Il ne faut pas s’y tromper, ces municipalités à forte population Caldoche, se préparent aussi à réprimer tout potentiel mouvement kanak. Car le prochain référendum, qui sera le dernier selon les accords de Nouméa, doit se tenir au plus tard début octobre 2022.

Dès à présent, les indépendantistes contrôlent quatre des cinq institutions calédoniennes, le gouvernement, le Congrès, la province Nord, la province des îles Loyauté. Seul la province du Sud échappe à leur contrôle. C’est la région de Nouméa, la plus riche, la plus développée et la plus peuplée, à majorité caldoche.

Le fait que les indépendantistes soient majoritaires au gouvernement est loin d’être anodin. Les Loyalistes ne cessent de mettre en avant que la Nouvelle-Calédonie ne peut pas être viable sans l’État français. Quelque soit le président de l’exécutif, il sera d’origine kanak, c’est symboliquement fort. Pourtant le plus important reste à venir. Le dernier référedum pour l’indépendance arrive à grand pas et pourrait ouvrir une crise importante pour l’impérialisme français en cas de victoire du oui. Toutefois, il serait illusoire de croire que l’auto-détermination du peuple kanak s’obtienne sans résistance lors d’une échéance électorale. En soi, c’est par la mobilisation des travailleurs, des classes populaires et de la jeunesse kanak qu’il sera possible d’arracher l’indépendance, par l’auto-organisation. En ce sens, le soutien aux luttes ouvrières, s’affrontant y compris à des composantes politiques indépendantiste, est une nécessité absolue pour faire émerger une alternative de classe claire.




Mots-clés

Kanaky   /    Impérialisme   /    Monde