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Société

Karl Lagerfeld est mort et la terre tourne encore

Au risque de finir en enfer, ou pire, dans une robe Pucci, nous défions la sacrosainte règle qui interdit de cracher sur les mort, dans le respect la mémoire du défunt, qui méprisait plus que tout le politiquement correct.

mercredi 20 février

Photo : © Maxppp - Caroline Seidel

Karl Lagerfeld est mort hier, mardi 19 février à l’hôpital américain de Paris, à 85 ans.

Directeur artistique de Chanel depuis 1982, Karl Lagerfeld a eu un impact immense sur l’industrie de la mode. Il a notamment contribué à normaliser une production frénétique pour les grandes maisons. Chez Chanel, on est à huit collections par ans. La stratégie paye, en 2018, la marque enregistre un chiffre d’affaire de près de 10 milliards de dollars.
Le « kaiser de la mode » a également banalisé les partenariats publicitaires entre créateurs et firmes multinationales, puisqu’en 2010, il s’associe avec la marque Coca Cola light, pour dessiner une édition limitée de bouteilles ou encore avec la marque de glaces Magnum en 2016. Dans une interview accordée au Figaro, le créateur se qualifiait lui-même de « marque ambulante »,.
L’annonce de sa mort a naturellement fait l’effet d’une bombe dans les médias, du Figaro à Madmoizelle, tous rendent hommage à l’un des « plus illustres ambassadeurs » du monde de la mode.

Madame Figaro, dans un éloge du créateur, revient notamment sur comment Lagerfeld a sauvé la maison Chanel, ou encore sur comment il méprise le « politiquement correct » qui règne sur les réseaux sociaux :
« les réseaux sociaux n’ont pas beaucoup d’humour et de complexité quand moi je pratique le troisième degré. Autrefois, on avait le goût des plaisanteries horribles qui devaient rester dans un certain milieu ».

Ainsi, c’est au nom de la rébellion contre le politiquement correct que Lagerfeld a multiplié les propos xénophobes, misogynes ou encore anti pauvres. Interrogé sur le plateau de Thierry Ardisson à propos de l’accueil des migrants en Allemagne, il a affirmé
« on ne peut pas tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après », leurs pires ennemis étant les réfugiés syriens. Ou encore de dire « si je sais combien j’ai sur mon compte bancaire ? mais c’est une question de pauvre ça ! ».

Que neni, les journaux, de tous bords ainsi qu’une foule de célébrités s’empressent de saluer l’artiste dans leurs pages ou sur les réseaux sociaux. Madmoizelle, un magazine en ligne dit féministe est limpide sur le sujet. L’auteure affirme : « dans cet article, je me focalise sur son œuvre, sur ce qu’il a apporté au monde de la mode… et non sur la sympathie personnelle de Lagerfeld, que j’aurais bien du mal à quantifier ».
Cette position reflète un problème endémique et bourgeois, du traitement des « créatifs », ou « génies ». Leur comportement est systématiquement ignoré, au profit de leur contribution à un bien commun artistique, salut de l’homme moderne. Dans un tel contexte, les créatifs ou autres génies sont idéalisés, tout leur est pardonné au nom de la création artistique (Dieu es-tu là ?).

Lagerfeld se plaignait du politiquement correct mais en réalité, n’a jamais souffert du moindre retour de bâton pour un de ses propos. Les « pauvres » eux, continuent d’être pauvres, voire le sont plus qu’avant en Europe, tandis que Chanel enregistre une croissance de 11% En 2018. Lagerfeld a véritablement changé l’industrie de la mode, comme indiqué plus tôt. Il a contribué à multiplier les cadences de la deuxième industrie mondiale la plus polluante par quatre, où les ouvriers et ouvrières sont sous-payés et doivent effectuer de longues heures de travail. Il a aussi contribué à banaliser au mieux, un humour conservateur, au pire, raciste et misogyne.




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