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Monde

Censure en Chine

L’Etat chinois se défend face à la menace d’un enfant subversif de trois ans

mardi 19 avril 2016

Philippe Alcoy

La vidéo a fait le tour de la planète. Au moins sur les réseaux sociaux, aussi bien chinois qu’internationaux. On y voit un petit enfant se « battre » et même menacer avec une barre métallique des policiers. Ce petit chinois de trois ans défendait sa grand-mère dérangée par la police municipale qui entendrait l’expulser de son poste de vente ambulante.

L’image est hilarante car la scène frôle l’absurdité, le surréel. Malgré les rires des personnes autour, y compris des policiers (dont une partie filmait même la réaction de l’enfant), le petit « héros » ne rigole pas, il fait face aux policiers très sérieusement. Il les repousse, les gronde. Il fait des gestes avec ses bras. Il refuse la conciliation et les éloigne à coups de pieds et de poings. Tout un subversif !

La scène est sans aucun doute révélatrice d’une violence récurrente de la part des autorités municipales et ses forces répressives. Ce n’est pas pour rien que dès son plus jeune âge cet enfant identifie les personnes hostiles pour lui et sa famille : la police municipale.

On ne connait pas la fin de l’histoire. On ne sait pas si finalement la grand-mère a été expulsée avec son petit-fils. La seule chose sure c’est que les autorités chinoises ont donné l’ordre de bloquer tous les partages de la vidéo. Surement elles ont jugé que les images ridiculisaient la police, voire que le petit subversif pourrait donner des idées à d’autres. Toute une menace pour la sécurité de l’Etat !

Pourquoi le pouvoir de Pékin a raison de craindre la diffusion de la vidéo ?

Si les images de cet enfant révolté par l’injustice sont surréalistes par certains aspects, la censure de la vidéo par les autorités chinoises semblerait proportionnellement pathétique. Or, le pouvoir de la bureaucratie de Pékin a bien de raisons de faire attention à ce type de « symboles subversifs », même s’ils ont l’air très inoffensifs et insignifiants.

En effet, depuis plusieurs mois la Chine est traversée par une augmentation des conflits sociaux, notamment de grèves ouvrières qui finissent parfois avec des affrontements avec la police et des arrestations des dirigeants des grèves. Une des raisons qui expliquent cette augmentation des conflits sociaux c’est le ralentissement des l’économie chinoise qui se traduit par la dévaluation de la monnaie nationale, le gel des salaires, la fermeture et/ou la délocalisation d’entreprises, les licenciements massifs. Mais certains analystes pointent une autre raison, qui pourrait être plus importante que la crise économique : le manque de respect des droits des travailleurs.

Dans la vidéo le petit se « bat » avec la police municipale, qui dans certaines villes de Chine est réputée pour être très autoritaire et arbitraire, notamment contre les vendeurs de rue. Et pour cette raison ses agents sont détestés. En ce sens, le souvenir des affrontements entre manifestants et policiers qui ont secoué Hong Kong il y a quelques semaines à la suite de l’interdiction des vendeurs de rue de boulettes de poisson est très frais dans les esprits des dirigeants chinois.

Cette situation sociale de plus en plus agitée est un danger pour les autorités centrales mais principalement pour les pouvoirs locaux dont les dirigeants pourraient perdre leurs postes et voir leurs carrières prendre un coup, parfois fatal. C’est pour cela qu’il est inadmissible pour eux de laisser délégitimer et/ou ridiculiser des forces de police qui seront (sont) chargées de réprimer la protestation ouvrière et populaire.

En ce sens, ce qui craint le pouvoir chinois n’est pas tant le petit de trois ans révolté mais le symbolisme que sa vidéo comporte, le message d’insubordination qu’il renvoie. Le réveil du géant prolétariat chinois et les masses urbaines et paysannes serait un cauchemar pour les autorités chinoises et mondiales. Ce serait pourtant une très bonne nouvelle pour les exploités et opprimés à travers le monde. Et l’image de ce petit subversif, révolté contre l’injustice d’un pouvoir autoritaire et arbitraire, nous le rappelle à sa façon.




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