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Société

28h de garde-à-vue pour une blessure au doigt

L’État tente d’intimider Kévin Vacher, un des porte-paroles des mal-logés à Marseille

Depuis l’effondrement de deux immeubles et la mort de huit personnes, rue d’Aubagne, le 5 novembre dernier, la ville est endeuillée et un collectif dit « du 5 novembre » tente de mettre fin au phénomène du mal-logement à Marseille. La mairie et l’État poursuivent leur mépris et la répression, le seul langage qu’ils semblent connaître.

mardi 17 septembre

Crédit photo de couverture : MarsActu

Lundi 5 novembre 2018, deux immeubles de la rue d’Aubagne, une rue populaire du centre-ville de Marseille s’effondrent et coûtent la vie à huit personnes. L’un appartenant à Marseille Habitat, la société d’économie mixte pilotée par la Mairie, l’autre à des propriétaires privés dont Xavier Cachard, conseiller régional LR. Les premiers mots du maire, Jean-Claude Gaudin, ont été de se déclarer « effondré » et de mettre en cause les intempéries dans ce drame.

Depuis maintenant plus de 24 ans, sa municipalité n’a de cesse que de tenter de chasser les pauvres du centre-ville à coups de grands projets de gentrification, des lignes de tramway se superposant aux lignes de métro dans une ville en manque de transport public, l’ouverture de centres commerciaux (Terrasses du Port à la Joliette, Le Prado au sein du Stade Vélodrome…) laissant à l’abandon l’habitat et les écoles des quartiers populaires de la ville. Trois autres élus LR marseillais (Bernard Jacquier, Thierry Santelli, André Maltrait) ont été épinglés pour louer des logements insalubres.

Dix mois plus tard, aucun des responsables de la mairie, aucun marchand de sommeil n’a été jugé et condamné. Près de 3 500 personnes ont été délogées. Le 9 septembre dernier, 21 personnes (dont enfants et une femme enceinte) ont été évacuées illégalement sans aucune prise en charge du 36 rue Curiol, propriété de Marseille Habitat. Les logements ont été ensuite détruits à la masse par des employés du propriétaire, rendant ainsi l’immeuble inhabitable.

Le collectif du 5 novembre a veillé à ce que les occupants de l’immeuble soient relogés en occupant les locaux de Marseille Habitat. Dans le cadre de l’accompagnement des familles, une employée de Marseille Habitat déclare avoir été blessée au doigt, le prétexte rêvé pour Marseille Habitat pour déposer plainte contre Kévin Vacher, l’un des militants les plus actifs du collectif du 5 novembre.

L’État, pour lequel ce bobo au doigt semble visiblement beaucoup plus grave que les huit personnes décédées le 5 novembre dernier, a décidé de mettre en garde-à-vue Kévin Vacher ce lundi 16 septembre à 14h, la prolongeant le lendemain jusqu’à sa libération ce mardi 17 septembre à 18h, pendant 28 heures, une mesure totalement disproportionnée au vu des actes incriminés.

Durant ces 28 heures de garde-à-vue, les rassemblements de solidarité avec Kévin Vacher se sont multipliés, le lundi soir et le mardi après-midi, n’acceptant pas cette mesure d’intimidation et de criminalisation des collectifs se battant pour un habitat digne dans la ville phocéenne. « On échange Marseille Habitat contre Kévin Vacher » « Libérez Kévin Vacher, enfermez les marchands de sommeil » ont crié des centaines de personnes devant le commissariat de Noailles où était enfermé le militant pour le droit à un logement digne.

La mairie de Jean-Claude Gaudin et l’État d’Emmanuel Macron marchent main dans la main pour maintenir les habitants dans des logements insalubres et tenter de faire taire ceux qui veulent relever la tête. Leur cynisme n’a visiblement aucune limite, ne respectant même pas leurs propres lois pour la salubrité des logements et l’évacuation de ceux-ci, mais invoquant ces mêmes lois et les appliquant de manière totalement disproportionnée pour faire taire ceux qui résistent.

La bande de l’Hôtel de Ville et celle de l’Élysée ne sont visiblement pas capables de comprendre que par leur répression, ils ne font que décupler notre rage de les combattre, pour un habitat digne et pour la levée de toutes les poursuites pour Kévin Vacher.




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