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Politique

Crise économique et sanitaire

L’Eurogroupe dans l’impasse : l’UE s’enlise dans la crise

Echec de l’Eurogroupe malgré un accord minimal sur un plan économique d’aide aux entreprises. La question de l’endettement pour faire face à la crise économique et sanitaire fait ressurgir les conflits apparus déjà dans la crise économique de 2008 et les tensions autour de l’austérité budgétaire.

mercredi 8 avril

Mauro Ferrari président du conseil de la recherche européenne qui a démissionné

Après 16h de réunion, les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont échoué ce mercredi matin à parvenir à un accord. « Les ministres n’ont pas pu s’entendre sur un rapport plus approfondi pour les dirigeants de l’Europe des 27 qui exposerait les mesures européennes contre la crise et un plan de rétablissement post-pandémie », résume le Financial Times.

La crise s’approfondit pour l’UE

Alors que l’UE souhaitait désormais écrire une réponse commune face à la double crise sanitaire et économique, cet échec met en lumière les divisions persistantes entre Etat membres et l’incapacité de l’UE à répondre à la crise. Depuis le début de la crise sanitaire, l’UE a en effet été invisible, abandonnant à son sort l’Italie malgré ses appels à l’aide. Pire, l’une de ses raisons d’être était remise en cause par les fermetures unilatérales des frontières au sein de l’espace Schengen et les réquisitions nationales de matériel sanitaire.

A l’échec de l’Eurogroupe s’est par ailleurs ajoutée la démission de Mauro Ferrari, président du conseil de la recherche européenne depuis janvier. Dans une lettre, il dénonce « l’absence complète de coordination des politiques de santé entre Etats membres, l’opposition récurrente à des initiatives cohérentes de soutien financier, la fermeture unilatérale généralisée des frontières et la très faible marge d’initiatives scientifiques en synergie ». Cette démission met en tout cas en exergue la faiblesse de l’UE à proposer une réponse sanitaire à la crise.

Sur le plan économique, les difficultés sont tout aussi importantes. Si un plan économique minimal d’aide aux entreprises a été acté, basé sur la BEI (Banque Européenne d’Investissement), prévoyant une aide de 100 milliards d’euros concernant le chômage partiel et en soutien aux entreprises, cet accord minimal ne permet pas aux pays les plus touchés par le coronavirus de faire face à la situation critique.

Tensions maximales autour de la question de la dette

Le désaccord s’est ainsi cristallisé autour de la question de l’endettement auprès des institutions européennes. Les discussions autour d’un plan d’aide à apporter aux pays les plus fragilisés par la situation n’ont pas abouti. Deux blocs s’opposent en effet.

D’un côté, plusieurs pays dont la France, l’Italie et l’Espagne défendent les « coronabonds », une forme de mutualisation de la dette entre pays membres. Cette solution permettrait d’éviter de faire reposer sur les pays aux économies les plus affaiblies des taux d’intérêt qui pourraient vite devenir exorbitants. A titre d’exemple, l’échec des négociations a entraîné un rebond des taux italiens. Mais cette proposition s’est vue opposer une fin de non-recevoir par l’Allemagne et les Pays-Bas notamment qui refusent d’émettre de la dette collectivement. Ils souhaitent au contraire s’en tenir au MES (Mécanisme Européen de Stabilité), proposant une « aide » financière en échange de contreparties, une austérité budgétaire pour le pays débiteur, suscitant l’opposition de l’Italie notamment, durement frappée par la crise.
Ces tensions exacerbent les conflits latents depuis la crise de 2008. Le premier ministre des Pays-Bas a ainsi fustigé une inconstance budgétaire de la part des pays sud-européens, dénoncé par son homologue portugais comme une « attitude répugnante ».

Au-delà de ces postures, les pays membres font face à des contradictions internes et des tensions nationales importantes que l’UE est incapable de dépasser. En effet, le contexte sanitaire avec des dizaines de milliers de mort dans les pays les plus touchés, et le contexte de crise économique avivent les tensions et des contestations sociales majeures s’annoncent, dont on observe déjà les prémisses. Les pays tels l’Allemagne font eux aussi face à des pressions internes populistes dénonçant le « coût » de l’Union européenne.

L’absence d’accord y compris sur la question du Mécanisme européen de stabilité est ainsi un indicateur de la profondeur de la crise du projet européen instauré par la bourgeoisie après-guerre. Déjà fragilisée depuis 2008, l’incapacité de l’UE à résoudre la crise actuelle pourrait avoir des conséquences sur sa survie même.




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