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Politique

Impunité policière

L’IGPN : cette machine à couvrir les violences policières

En pleine vague de mobilisation contre le racisme et les violences policières, Mediapart publie un dossier sur les dessous de l’IGPN. Une nouvelle fois, la « police des polices » apparaît complètement façonnée en vue de couvrir et légitimer les violences des forces de répression.

vendredi 12 juin

Crédit photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Si la réputation de l’inspection générale de la Police nationale (IGPN) avait déjà pris un coup avec le mouvement des gilets jaunes, qui avait révélé sa déconcertante partialité en faveur des forces de répression (seulement trois renvois de policiers devant un tribunal correctionnel), en pleine vague de mobilisation contre le racisme et les violences policières, ce dossier publié par Mediapart ajoute au dossier déjà chargé de faits attestant de la véritable fonction de l’institution, celle de trouver « les meilleurs moyens de préserver les forces de l’ordre » selon les mots de David Dufresne et Pascale Pascariello.

Pour rappel, déjà en novembre 2019, Médiapart mettait en lumière les coulisses de l’impunité policière en révélant des méthodes de dissimulation de preuves, l’expédition du travail d’enquête, et la ferme volonté de la part de ce service de blanchir les policiers mis en cause. Entretemps, de nombreux épisodes se sont accumulés, et ont écorché à une très large échelle les quelques illusions susceptibles de résister péniblement dans l’opinion publique à l’égard des « boeufs-carottes ». Parmi lesquels, l’enquête préliminaire ouverte suite à cette scène de passage à tabac de gilets jaunes réfugiés dans un Burger King, où l’on pouvait voir la grande brutalité des forces de répression :

Résultat : aussitôt ouverte, l’enquête fut aussitôt expédiée, avec seulement deux policiers sur les quatorze qui ont pénétré dans le restaurant, prétextant ne pouvoir reconnaître les agents présents. Des affaires comme celle-ci sont nombreuses, comme le démontre le travail important réalisé par Dufresne et Pascariello : « Pendant six mois, nous avons donc épluché des milliers de pages d’« enquêtes » pour tenter notamment de comprendre quel type de matériau et quelles conclusions étaient transmis aux procureurs ». En fin de compte, sans grande surprise, « L’analyse globale met au jour des techniques récurrentes permettant à la police des polices de blanchir massivement les forces de l’ordre ». Entre enquêtes bâclées, souvent au rythme de mystérieuses anomalies et “erreurs malheureuse” telles que des « vidéosurveillances trop tardivement réquisitionnées, des armes non expertisées, des enregistrements radio non saisis », et pression sur les victimes et journalistes, comme en mai avec la convocation de la journaliste de de Mediapart qui a révélé l’affaire Legay, l’IGPN s’avère décidement une machine efficace à couvrir les violences policières. Efficace, à ceci près que son autorité, pour tenter de légitimer les violences exercées de la part du bras armé de l’Etat pour réprimer les mobilisations sociales, semble s’effriter toujours davantage au fil des affaires. Une crise d’autorité que relève, ici aussi dans Mediapart, le sociologue Sebastian Roché : « Le côté sombre, c’est l’absence de sincérité dans la recherche de la transparence vis-à-vis du public, qui se traduit par la pauvreté et la partialité des informations communiquées au public. Cela s’explique par le fait que ni le ministre de l’intérieur, ni le premier ministre, ni le président, ni l’Assemblée nationale n’exigent de l’IGPN et de sa sœur l’IGGN [Inspection générale de la gendarmerie nationale] de progresser ». C’est dans ces conditions, avec le même souci que pour dévoiler les violences policières avec Allô Place Beauvau, que David Dufresne a lancé Allô IGPN afin de mettre à nu les méthodes de ce service « visant à blanchir les policiers, vu apparaître des constantes, des modes opératoires ». Ainsi, sur 65 plaintes suivies, nous y relevons seulement 3 condamnations, et 21 plaintes classées sans suite.

Face à cette impunité policière organisée, dans un contexte où les violences des forces de répression explosent dans les quartiers populaires suite aux mesures prises durant le confinement, révélant une fois encore le caractère raciste de l’Etat impérialiste français, et alors que les vagues de protestations contre ces injustices se multiplient partout à travers le monde après la mort de George Floyd, soyons nombreux à répondre présent à l’appel du Comité Adama pour manifester samedi notre colère dans toute les villes de France et exiger vérité et justice pour toute les victimes de violences policières et du racisme, sans attendre quoi que ce soit de services tel que l’IGPN : nous ne sommes décidément pas dans le même camp.




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