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UN CAPITALISME EN CRISES

L’Inde limite les exportations de blé : vers une aggravation des tensions alimentaires mondiales ?

Alors que l’Inde connaît depuis plusieurs semaines une canicule et une sécheresse inédites, le pays exportateur a décidé de préserver ses récoltes céréalières en direction de son marché intérieur. Ce lundi, les cours du blé ont ainsi atteint de nouveaux records, laissant craindre une aggravation des tensions alimentaires et géopolitiques à l'international.

lundi 16 mai

La flambée des cours du blé se poursuit, conséquence de l’annonce faite samedi par l’Inde, deuxième producteur mondial, de la suspension de ses exportations de cette céréale. Et pour cause, le pays connaît une vague de chaleur historique ces dernières semaines, avec des températures dépassant les 45°C et des conséquences désastreuses sur les récoltes.

Alors que le pays prévoit une diminution d’au moins 5% de sa production de blé par rapport aux 109 millions de tonnes récoltées en 2021, l’Inde a déclaré privilégier son marché intérieur et sa sécurité alimentaire à ses exportations. Alors que les prix des matières premières ne cessent de grimper depuis le début de la guerre en Ukraine, cette situation fait craindre des pénuries alimentaires au niveau international et révèle les troubles induits par la crise écologique.

Une sécheresse inédite, produit du réchauffement climatique

Depuis plusieurs semaines, l’Inde et le Pakistan font en effet face à une intense canicule, avec des températures allant jusqu’à dépasser les 50 degrés dans certains territoires pakistanais, provoquant des pénuries d’eau mais aussi d’électricité en raison d’une importante utilisation des climatiseurs. Cette vague de chaleur d’une intensité anormale perdure, de manière « cohérente » avec le changement climatique, selon l’Organisation mondiale des Nations unies (OMM).

Face à la sécheresse et au risque d’instabilité alimentaire dans cette région d’Asie du Sud, la plus densément peuplée au monde, l’Inde a décidé de restreindre considérablement ses exportations, afin de garantir l’approvisionnement de ses vastes programmes sociaux et la subvention des produits alimentaires de base à destination de millions de familles pauvres.

Crédits photo : Nariden Nanu/AFP

La crainte de pénuries alimentaires

Ainsi, si l’Inde honorera les contrats conclus précédemment, les futures exportations seront soumises à des autorisations spéciales, délivrées au cas par cas par l’Etat. Deuxième puissance exportatrice mondiale de blé, avec 7,21 millions de tonnes vendues l’année passée, l’Inde entendait pourtant renforcer ses échanges internationaux, alors que de nombreux pays connaissent des difficultés d’approvisionnement en céréales en raison de la guerre en Ukraine - les deux belligérants étant parmi les principaux fournisseurs mondiaux de produits céréaliers et oléagineux.

Conséquence de ces annonces, les cours du blé ont atteint un nouveau record ce lundi à l’ouverture du marché européen, atteignant 435 euros la tonne, alors même que son cours sur les marchés mondiaux avait déjà augmenté de 40% ces trois derniers mois, du fait de la guerre en Ukraine mais aussi des sécheresses que connaissent également les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest.

Une nouvelle flambée des prix qui laisse craindre des pénuries dans les pays dépendants de ces importations et une rupture de l’équilibre alimentaire mondial. Alors que le coût de la vie s’envole dans différentes régions du monde, avec de lourdes conséquences sur les couches populaires, de nouvelles explosions sociales pourraient voir le jour face à ce scénario géopolitique instable, dont on constate les premières étincelles au Sri Lanka, en proie à une situation économique et sociale convulsive.



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