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Monde

Vague de variants

L’OMS appelle à "accélérer la vaccination" en Europe, un aveu d’échec pour les capitalistes

Alors que les variants continuent de se multiplier et de se répandre en Europe, la stratégie vaccinale capitaliste démontre son inefficacité. Devant une situation épidémique inquiétante, l'OMS alerte sur la lenteur de la vaccination en Europe ; tandis que la Commission européenne est mise face à ses échecs dans le cadre d'une « guerre pour le vaccin » dont les conséquences sont d'ores et déjà désastreuses, surtout pour les populations des pays pauvres.

samedi 6 février

Lors de la conférence de presse du gouvernement, jeudi 4 février, Olivier Véran a annoncé qu’en plus des variants anglais et sud-africain, 4 premiers cas du variant brésilien avaient été découverts en France. « Les variants, parce qu’ils sont plus contagieux, sont amenés à remplacer progressivement le Covid-19 dans la forme que nous connaissons », a déclaré le ministre de la Santé. Il a également ajouté que « le variant anglais augmente d’environ 50% par semaine » en incidence dans les résultats des dépistages.

Cette situation épidémique est d’autant plus inquiétante que la stratégie vaccinale est très loin d’être à la hauteur. Dans l’Union Européenne, c’est à peine 2,5% de la population qui a reçu la première dose. La conjonction de l’arrivée des variants et du retard vaccinal rend la situation épidémique assez inquiétante. Ainsi, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a alerté l’Europe sur les risques de cette stratégie catastrophique. Le Point résume ainsi les propos de Hans Kluge, directeur régional de l’organisation : « L’Europe doit s’unir pour accélérer sa campagne de vaccination contre le Covid-19 avec l’appui de tous les laboratoires, a appelé, vendredi, le directeur de l’OMS en Europe, reconnaissant être inquiet sur le risque posé par les variants pour l’efficacité des vaccins. » Il ajoute que « “Nous devons nous préparer” à d’autres mutations problématiques du virus ». Parmi les problèmes pointés par l’OMS, la concurrence entre entreprises : « Des entreprises pharmaceutiques d’habitude concurrentes doivent joindre leurs efforts pour augmenter drastiquement les capacités de production, c’est de ça que nous avons besoin » déclare Hans Kluge. Il a également pointé l’inégalité d’accès aux vaccins entre pays riches et pays pauvres.

Des déclarations qui, si elles témoignent de l’ampleur de la crise, n’en sont pas moins hypocrites de la part de l’agence spécialisée de l’ONU pour la santé publique, dont le principal contributeur n’est autre que la fondation Bill et Melinda Gates, du nom d’un des principaux capitalistes responsable de l’accaparement des brevets de vaccins par les grandes firmes pharmaceutiques. En effet, comme le relate L’Humanité, alors qu’au printemps 2020, les chercheurs de l’université d’Oxford envisageaient de mettre à disposition leurs travaux et leurs technologies afin de produire un vaccin libre de droit, c’est l’ex-patron de Microsoft lui-même qui leur a enjoint se s’associer avec la multinationale AstraZeneca, avec le résultat que l’on connaît.

Et pour cause, les lois de l’économie capitaliste impliquent une forte concurrence entre les États impérialistes d’une part ; et entre ceux-ci et les grands laboratoires pharmaceutiques d’autre part. Avec pour conséquence une « guerre pour le vaccin », qui prouve aujourd’hui son caractère contre-productif pour sortir la population mondiale de la pandémie. Ces dernières semaines, cette concurrence néfaste entre les États s’est illustrée par les déboires entre la Commission européenne et le Royaume-Uni, suite au scandale autour de la pénurie de vaccins AstraZeneca, produit soi-dit en passant grâce aux subventions des États qui se sont élevées à plus 2 milliards d’euros, toujours selon L’Humanité.

Dans une tribune publiée dans le journal belge Le Vif, Franklin Dehousse, professeur à l’université de Liège et ancien fonctionnaire européen, pointe une partie des échecs européens. « “Les dirigeants européens ont commandé trop tard, et ils n’ont parié que sur quelques entreprises. Ils se sont accordés sur un prix dans une procédure européenne typiquement bureaucratique et ils ont complètement sous-estimé l’importance fondamentale de la situation.” Ainsi parlait Markus Söder, ministre-président (CDU) de Bavière. De telles déclarations, multipliées ces dernières semaines, illustrent l’impact très nuisible du déraillement de la stratégie européenne des vaccins. » Il pointe l’« amateurisme » général de l’Union européenne, mais aussi les décisions relevant ouvertement d’un « nationalisme des vaccins » à l’image de la proposition de la Commission pour contrôler les exportations de vaccins, qui « pourrait mener à une catastrophe planétaire dans la vaccination ». Devant le tollé causé par cette mesure, la Commission européenne a rétropédalé.

Sous le feu des critiques, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, donnait cette semaine des interviews à de nombreux médias dont Le Monde ou La Croix. Malgré toutes les preuves du contraire, elle a affirmé dans Le Monde que « La stratégie de vaccination européenne est la bonne ». Dans cette stratégie visant à reprendre la main sur la communication de crise, elle s’est aussi prêtée à une audition de quatre heures, à huis clos, devant les principaux groupes politiques du Parlement européen.

Comme nous l’écrivions précédemment, si Ursula von der Leyen affirmait au forum économique de Davos la semaine dernière que « l’Europe a investi des milliards pour aider à mettre au point les premiers vaccins contre le Covid-19, afin de créer un véritable bien commun mondial », il s’agissait en réalité d’une démonstration d’un grand cynisme impérialiste. L’UE ne s’est pas engagée à développer un « bien public mondial » : au contraire, elle entend se procurer le plus grand nombre possible de vaccins, au détriment d’autres pays. Ce sont les tendances au « chacun pour soi » qui prévalent : les grandes multinationales capitalistes spéculent, comptant engranger des milliards de bénéfices et tirant profit des contrats secrets signés avec les États. Aujourd’hui, elles vendent au plus offrant les doses promises, qui ne sont même pas produites.

Cette irrationalité capitaliste a des conséquences extrêmement graves, car une pandémie ne peut être éradiquée que si l’on parvient à limiter la contagion sur l’ensemble de la planète. Certains experts soulignent que si les plans de vaccination échouent ou si une grande partie de la population mondiale ne bénéficie pas d’une couverture vaccinale, cela pourrait entraîner une mutation du virus, générant de nouvelles souches résistantes aux vaccins déjà administrés, ce qui entraînerait un échec mondial retentissant.

Afin de mettre un coup d’arrêt à la catastrophe sanitaire, nous affirmons qu’il est urgent d’abolir les brevets, ainsi que de mettre toutes les entreprises et laboratoires pharmaceutiques sous le contrôle des professionnels de la santé, au service de plans rationnels de production et de distribution de vaccins et de tests, dans la perspective de nationaliser ces entreprises sous le contrôle des travailleurs, de même que l’ensemble du secteur de la santé. L’augmentation immédiate des budgets de la santé et de l’éducation, ainsi que du personnel de santé pour pouvoir garantir la vaccination et éviter la saturation des hôpitaux, sur la base d’impôts extraordinaires sur les grandes fortunes, sont d’autres mesures urgentes qui devraient être prises et portées par une lutte de l’ensemble du monde du travail et des secteurs opprimés au niveau international.




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