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Guerre en Ukraine

L’OTAN, une force impérialiste ? La preuve en trois interventions

Remise sur le devant de la scène par la guerre en Ukraine, l'OTAN a depuis le début des années 1990 multiplié les interventions de ses forces armées dans des guerres en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Nous avons sélectionné trois interventions qui montrent clairement son rôle impérialiste : les guerres du Kosovo, d’Afghanistan et de Libye.

2 mars 2022

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Soyons clairs. Nous sommes fermement opposés et condamnons l’intervention militaire de la Russie en Ukraine, engagée par Vladimir Poutine. Le président russe a déclenché une guerre qui va provoquer des milliers de morts, détruire une partie de l’Ukraine, renforcer les inégalités sociales et rendre encore plus difficile la vie des populations ukrainiennes, mais aussi russes. Toutefois, cela ne signifie pas que le déploiement militaire de l’OTAN, ou son implication dans le conflit, soit une bonne chose pour les populations qui subissent la guerre.

En Europe, le discours majoritairement relayé par les réseaux sociaux, les médias et les gouvernements, associe l’OTAN à la « défense de la liberté des peuples contre les gouvernements autoritaires ». Mais l’histoire et les chiffres montrent le contraire. Depuis sa création, sa fonction est de veiller aux intérêts des grandes puissances impérialistes, avant tout les États-Unis, mais aussi l’Allemagne (qui se réarme), la Grande-Bretagne et la France. Là où l’organisation est intervenue, soi-disant pour défendre la paix, elle a en réalité semé sur son passage des milliers de morts et de profondes crises sociales.

L’OTAN, qui avait vu le jour en 1949 pour stopper l’avancée soviétique, aurait logiquement dû disparaitre en 1991, avec la chute de l’URSS. Or, loin de disparaitre, l’organisation s’est renforcée dans les années 1990 et 2000 et a même doublé le nombre de ses membres pendant cette période. C’est également à cette époque qu’elle a été activement impliquée dans plusieurs guerres à travers le monde.

Carte : L’élargissement de l’OTAN depuis sa création

1. La guerre du Kosovo

Avec l’effondrement de l’URSS, les conflits et les luttes d’indépendance se multiplient sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie. En 1998, le Kosovo devient le théâtre d’un conflit entre les forces serbes et les rebelles du Kosovo, qui revendiquent l’autonomie de la région.

La guerre éclate en 1999. L’OTAN décide alors d’intervenir prétendant défendre l’autonomie du Kosovo. Loin d’être dicté par la volonté de défendre le droit à l’auto-détermination des peuples du Kosovo, ou par la volonté de mettre fin à la répression du gouvernement nationaliste serbe qui frappe les populations albanaises et musulmanes du Kosovo, ce choix de l’OTAN vise à installer un gouvernement pro-américain et pro-européen au Kosovo, et à limiter ainsi l’influence de la Russie dans l’ancienne espace soviétique.

C’est à l’occasion de cette guerre que l’OTAN invente l’expression « guerre humanitaire » et « frappes chirurgicales » pour désigner les bombardements massifs que subissent les territoires contrôlés par les serbes. Pendant plus de 70 jours, 600 avions, fournis par les forces armées de 13 pays, vont bombarder massivement le Kosovo, la Serbie et le Monténégro, faisant plus de 10 000 morts, dont la moitié sont attribués directement aux bombardements de l’OTAN, et des milliers de blessés parmi les civils. Des villes entières sont détruites, tandis que l’utilisation de bombes à l’uranium est à l’origine d’une catastrophe environnementale.

Photo : Bombardements de l’OTAN au Kosovo

La « victoire » des forces de l’OTAN s’achève par l’obtention, neuf ans plus tard, de l’indépendance du Kosovo. Une indépendance fictive, dans la mesure où, loin d’être un pays souverain, le Kosovo est devenu dépendant des Nations Unies et des pays de l’OTAN. Les Etats-Unis y disposent, depuis 1999, d’une base militaire qui constitue leur principal point d’appui pour contrôler l’ensemble des Balkans et le reste de l’Europe orientale.

2. La guerre en Afghanistan

Le 11 septembre 2001, l’attaque du World Trade Center, à New York, marque le début de la « guerre contre le terrorisme », selon l’expression employée par Washington. Et avec elle, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan par les forces militaires étasuniennes et européennes en décembre de la même année.

L’invasion de l’Afghanistan est alors justifiée par le fait que Ben Laden, saoudien et chef de l’organisation al-Qaida, à l’origine de l’attentat, s’y abritait. En réalité, les intérêts des États-Unis et de l’Europe dans la région vont bien au-delà d’une prétendue « guerre contre le terrorisme » - « terrorisme » par ailleurs encouragé par les Etats-Unis lors de la précédente guerre en Afghanistan, opposant dans les années 1980 les indépendantistes afghans au régime soviétique.

L’Afghanistan est en effet une zone-clé pour les Etats-Unis, en raison de sa situation géopolitique particulière, qui permet de tenir en échec la Russie et la Chine. La guerre était également un moyen pour les entreprises des pays envahisseurs de se partager les énormes réserves de pétrole présentes sur place.

« Guerre asymétrique », cette nouvelle guerre en Afghanistan voit s’affronter les puissantes armées de l’OTAN face aux armées irrégulières, aux groupes armés ou aux milices afghanes. Malgré leurs méthodes extrêmement violentes, ces dernières ont rencontré un large soutien de la part des peuples envahis, qui les ont perçues comme le seul moyen de se défendre face à l’agression impérialiste.

Photo : Les troupes de l’OTAN en Afghanistan

La guerre en Afghanistan a duré deux décennies et s’est terminée par le départ humiliant des armées de l’OTAN, après que le pays se soit à nouveau retrouvé aux mains d’un gouvernement taliban. La population en ressort dévastée : l’âge moyen de la population afghane est de 18 ans, des centaines de milliers de personnes ont trouvé la mort pendant la guerre et le pays est dans une situation de guerre civile larvée. Autre conséquence, la guerre en Afghanistan a renforcé les politiques xénophobes et la discrimination à l’encontre des populations musulmanes dans les pays membres de l’OTAN et plus largement en Europe.

3. La guerre en Libye

En 2011, pendant cinq mois, l’OTAN est intervenue militairement et a bombardé la Libye, avec l’aval de l’ONU, sous le prétexte d’une résolution visant à « prendre les mesures nécessaires pour protéger les civils ». Plus de 20 pays ont participé au conflit avec du personnel militaire et des armes, y compris la France, qui a réintégré le commandement militaire intégré de l’OTAN en 2007, après une « pause » de 40 ans.

L’action de l’OTAN visait à reprendre l’offensive dans la région, en profitant du processus révolutionnaire qui avait débuté au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, connu sous le nom de « printemps arabe ». Ces mobilisations populaires inédites, qui voient des millions de personnes descendre dans la rue, provoquent la chute du régime en Egypte, en Tunisie, mais aussi en Libye, où Mouammar Kadhafi, président de la Libye pendant 42 ans, est assassiné par une foule d’opposants. Proche de l’URSS, puis de la Russie, le gouvernement libyen se détériorait depuis des années. Les États-Unis et l’Europe, en plus de leur participation militaire, ont financé les groupes rebelles en leur fournissant des armes et des formations.

L’OTAN a profité de ces soulèvements non pas pour apporter une « aide humanitaire », mais pour conclure des accords et accroître son contrôle du bassin méditerranéen, grâce à un nouveau gouvernement favorable aux intérêts occidentaux. La Libye joue en effet un rôle clé dans la géopolitique de la Méditerranée, en raison de ses importantes réserves de pétrole et de gaz, ainsi que de sa position stratégique dans le contrôle des réfugiés fuyant la famine et les conflits en Afrique subsaharienne. Dans cette guerre, la France et la Grande-Bretagne ont mené d’importantes opérations militaires et ont également tiré le plus grand profit des transactions pétrolières libanaises.

Photo : Les conséquences de la guerre civile en Libye pour l’OTAN

Loin d’avoir apporté la paix, l’intervention de l’OTAN a permis le développement de milices, dont une, proche des militaires kadhafistes, est aujourd’hui à l’origine d’un génocide dans la région de Tarhouna, les droits de tous les peuples ont été violés et des millions de personnes ont été déplacées en raison de la famine et de la destruction de villages entiers. Aujourd’hui encore, la Libye est toujours en proie à une guerre civile, avec une division du pays en deux gouvernements sous la pression des puissances de l’OTAN, qui utilisent cette fois l’ONU pour se donner une légitimité à l’international.
Ces trois exemples, qui montrent le vrai visage de l’OTAN, ne sont pas les seuls qui révèlent son rôle central pour l’impérialisme étasunien. On peut aussi évoquer l’intervention de l’OTAN lors de la guerre des Malouines, îles au large de l’Argentine, pendant laquelle l’organisation a apporté son soutien aux Britanniques contre la souveraineté nationale argentine. On peut aussi évoquer la seconde guerre d’Irak, débutée en 2003, déclenchée au prétexte de la découverte d’armes de destruction massive – qui n’ont jamais été retrouvées. Autre exemple, la Géorgie, où les forces de l’OTAN ont été déployés en 2008 pour collaborer avec la population locale contre les Russes.

L’Ukraine ne fera pas exception. Ni l’intervention européenne et étasunienne, ni l’invasion de Poutine, ne peuvent être des réponses progressistes aux besoins de l’un des peuples les plus pauvres du continent. Si la guerre se poursuit, nous savons déjà à quoi nous attendre : des contrats de plusieurs milliards de dollars et une puissance militaire accrue pour les grandes puissances, une misère et des conditions de vie encore plus dures pour des millions de personnes de chaque côté de la frontière.

Adaptation d’un article de Claudia Ferri par Tristane Chalaise.


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