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Monde

Un plan qui est une concession totale à la politique d’annexion israélienne

L’administration Trump propose 50 milliards aux Palestiniens pour renoncer à un Etat indépendant

Dans sa présentation au Bahreïn de son plan de paix pour le conflit israélo-palestinien, le gendre de Trump propose 50 milliards de dollars d’investissement pour régler un conflit de plus 70 ans. Il a réussi la prouesse de ne jamais citer les mots :occupation, Palestine ou Jérusalem.

jeudi 27 juin

Crédit photo : montage photo / Sean Gallup / Getty Images

Le « deal du siècle » : le deal de la honte

Le gendre de Donald Trump avait annoncé le « deal du siècle » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. A l’aide d’un magnifique Powerpoint digne du magnat de l’immobilier qu’il est, il a montré l’absurdité et le cynisme d’un plan qui n’a d’optique que d’aller dans le sens de la politique pro-israélienne menée par l’administration de son beau-père.

La seule et unique proposition est d’investir massivement de l’argent et de « libéraliser » l’économie. Pas moins de 50 milliards de dollars. Cet argent servirait à financer de grands travaux, développer le tourisme, créer 1 million d’emplois, multiplier par deux le produit intérieur brut palestinien et réduire de moitié la pauvreté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Le Deal du siècle se résume par cette phrase de Jared Kushner : « Notre vision, c’est de dire que cette prospérité économique est possible par la paix. Demain nous parlerons du droit de la propriété, une composante essentielle pour obtenir des crédits, pour investir et développer un meilleur environnement pour le business ».

Dans l’assistance aucun politique de premier ordre. L’État israélien n’a pas été invité et les Palestiniens ont boycotté avec raison cette parodie de plan de paix. A l’exception du ministre des finances de l’Arabie Saoudite, le prince héritier du Bahreïn, la directrice du FMI Christine Lagarde et le président de la FIFA Infantino, personne n’a voulu donner une légitimité à ce sketch.

Ce n’est pas étonnant. Kushner a réussi à ne pas prononcer « Palestine », « occupation » et « Jérusalem » dans sa présentation selon une source du Monde ayant participé à la présentation. « On se pince pour être sûr de ne pas rêver. C’est Disneyland. » a expliqué au Monde cette source.

Comment proposer une solution sans parler de la source du problème qui est la colonisation des territoires palestiniens par l’État israélien ? En dehors de toute réalité Kushner a appelé à « libérer le potentiel économique » et à « améliorer la gouvernance » de la Palestine. Alors même que la Palestine est sous occupation israélienne et sous blocus de l’État israélien et égyptien. De fait, le port de Gaza est sous blocus et il ne peut être dédié qu’à la pêche. La zone de pêche accordée aux Gazaouis varie selon le niveau de tension. Actuellement, elle est de 15 miles nautiques (27,78 km) suite aux négociations du cessez le feu de mars dernier. Sinon, elle varie entre 3 et 6 miles nautiques (5,56 km à 11,12 km). Une restriction criminelle lorsque l’on sait que la densité de peuplement à Gaza est la plus élevée au monde avec 5 324 habitants par km² d’après les derniers chiffres qui commencent à être datés. De plus, l’aéroport international Yasser Arafat a été détruit par l’armée israélienne début des années 2000.

Les Palestiniens ne sont pas maître de leur frontière. L’économie palestinienne repose sur les aides extérieures. L’électricité est fournie par l’État israélien. A Gaza, ils n’ont que 4h d’électricité par jour. Les factures que l’Autorité Palestinienne doit régler à l’État israélien est exorbitant, plus de 600 millions d’euros par an. Les sources d’eau sont pillées par l’État colonisateur. Les Palestiniens sont expulsés de leur terre par les colons israéliens. Pour les pousser à bout, l’occupant détruit régulièrement leurs plantations.

L’éditorial du Monde résume cette situation terrible et le cynisme de l’administration Trump : « Le plan appelle à faire de la Cisjordanie et de Gaza un carrefour commercial, bien qu’aucun de ces territoires ne contrôle ses frontières et ne dispose d’un port ou d’un aéroport. Il promet la 5G aux Palestiniens, alors que ceux-ci viennent à peine d’obtenir la 3G, après douze années de tractations avec l’armée israélienne, qui a le monopole des fréquences dans les territoires occupés. Il les exhorte à mieux protéger la propriété privée, pour stimuler les investissements, en passant sous silence le fait qu’en Cisjordanie le principal risque pesant sur le foncier provient des colons juifs, maîtres en spoliation. »

Un soutien poursuite de la politique d’annexion

Trump a reconnu Jérusalem comme capitale de l’État israélien allant à l’encontre de tous les accords internationaux. Il a reconnu les annexions illégales israéliennes notamment sur le plateau du Golan. Netanyahou pour le remercier a nommé une colonie au nom de Trump. De plus, comment développer une telle aide en sachant que la bande de Gaza est aux mains de Hamas, considérée comme une organisation terroriste par les USA et la Cisjordanie aux mains de l’Autorité Palestinienne. On n’ est pas à une ineptie prêt avec Kushner puisque celui ci a, pour illustrer ses propos sur le financement, pris en exemple l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (l’UNRWA) et l’agence de développe états-unien, USAID. Or Trump a coupé son financement pour l’agence onusienne et a arrêté les opérations de l’USAID. Comme le résume le Washington Post : « Soulignant l’humeur politique du moment - et le sentiment de triomphalisme ressenti par le gouvernement israélien - l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, a écrit cette semaine dans le New York Times un article d’opinion exhortant les Palestiniens à "abandonner" leur quête d’une patrie en échange des subventions économiques demandées par Kushner. Danon a suggéré que l’aspiration à un État palestinien "engendre une culture de haine et d’incitation" et qu’il aimerait voir "un suicide national de l’éthique politique et culturelle actuelle des Palestiniens". »

De fait, un tel plan revient à nier tout simplement aux Palestiniens le droit à l’autodétermination. En réalité, aujourd’hui, l’avenir des palestiniens ressemble de plus en plus à un avenir qui laisserait Israël dominer une grande partie de la Cisjordanie par une série d’annexions régulières, les enclaves palestiniennes restantes, trop déconnectées pour former un État, seraient laissées à elles-mêmes, niant le caractère colonialiste de l’État israélien et le système d’apartheid mis en place vis à vis du peuple palestinien.

Le même éditorial du Monde offre un résumé lapidaire de ce « deal » : « La particularité de l’approche du trentenaire new-yorkais réside dans son mépris ostensible du droit à l’autodétermination des Palestiniens. Au principe de la terre contre la paix, socle de toute résolution du conflit, sauf à s’aventurer sur le terrain miné de l’État binational, il veut substituer le principe de l’argent contre la paix. Cinquante milliards de dollars en échange du renoncement des Palestiniens à un État digne de ce nom. Si le mot « occupation » n’apparaît pas dans le plan Kushner, c’est parce qu’il a vocation à la perpétuer.

Ainsi, les 50 milliards de dollars ne servent pas à aider la Palestine à se construire économiquement, impossible avec la colonisation israélienne, mais servent tout simplement à servir la posture de Donald Trump. Avec cette offre cynique, Trump répond à des logiques de politique intérieure, et cherche à montrer à sa base sociale que lui , avec ses millions, a tenté de résoudre le problème israélo-palestinien, pour ensuite accuser les derniers de sabotage.

C’est pourquoi même les alliés états-uniens du Golf qui se rapprochent de l’État israélien face à l’Iran ont été plus que frileux à participer à la conférence au Bahreïn. Intérieurement, ils ne peuvent assumer une telle politique en faveur de l’État sioniste, envoyant un message qui serait très mal perçu par leurs propres populations. Le peuple palestinien lui même n’est pas dupe puisque des milliers d’entre eux ont manifesté ce mardi en Cisjordanie occupée.




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