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Politique

Réforme des retraites

L’âge de départ à la retraite : symbole des difficultés de Jupiter

Le projet n'a pas encore été présenté qu'il est déjà en train de fissurer (un peu plus) l'exécutif.

lundi 8 avril

“Il n’y aura pas de hausse de cotisation ou de modification dans les cinq ans à venir de l’âge de départ légal” jurait Macron au Figaro le 29 avril 2017. Pourtant depuis quelques semaines, le sujet est bel et bien sur la table. Pas plus tard que jeudi dernier, Bruno Le Maire, le Ministre de l’Économie et des Finances et Gérard Darmanin, le Ministre de l’Action et des Comptes publics, l’assuraient : ce “débat doit rester ouvert”.

Mais parce que cette hausse de l’âge de départ ne figurait pas dans les promesses du candidat Macron, le sujet divise au sein même de l’exécutif. Comme le souligne Nicolas Beytout sur Europe 1 : “les uns disent : on ne peut pas revenir sur une promesse de campagne ; les autres : on ne peut pas faire vivre le système de retraite en l’état”. Néanmoins, les pressions de droite au sein de la “macronie” semblent gagner les faveurs de Jupiter. Mercredi dernier, invité à un débat sur les retraites à Saint-Brieuc, le Président de la République regrettait : "On part aujourd’hui à la retraite à peu près au même âge qu’en 1980”.

Si cette réforme des retraites suscite autant de remous et de peurs, c’est que ceux qui s’y sont risqués n’en sont pas sortis indemnes. Ainsi le rappelait Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques, en mars sur RTL : "la question de l’âge légal est un marqueur politique extrêmement important, avec lequel je pense qu’il ne faut pas jouer". Dans le journal Le Monde, une source “au coeur” de la réforme se confie : “l’exécutif a besoin de financements pour sortir du grand débat. Le relèvement de l’âge légal, c’est une mesure simple, qui rapporte significativement. Mais je ne suis pas sûr qu’ils mesurent les incidences. Ceux qui n’ont pas vécu 2010 ne se rendent pas compte que ça peut mettre beaucoup de monde dans la rue”.

En effet, la marge de manoeuvre financière pour le gouvernement est quasi-nulle. Après l’annonce des 10 milliards, Macron risque de ne pas pouvoir tenir sa promesse d’un budget à l’équilibre. Comme le reproche l’économiste Jean-Yves Archer dans une tribune pour Les Echos : “il y a bien un tournant dans le quinquennat et probablement un renoncement faute de puissance électorale”. C’est donc sous la pression des gilets jaunes comme de la bourgeoisie que Macron envisage les réformes à venir. Cette polémique qui enfle autour de l’âge de départ à la retraite symbolise ici le tiraillement d’un pouvoir voué à se fissurer et s’isoler.

“Jusqu’à quel point peut-on jouer avec le feu ?” s’interroge Solveig Godeluck dans Les Echos. La question est d’autant plus brûlante que le dernier sondage d’ELABE du 4 avril révèle que “79% des Français ne souhaitent pas augmenter l’âge légal de la retraite”. De quoi multiplier les doutes à l’image de ceux du député LREM Florent Boudié : “si on veut donner le sentiment qu’on est passé à côté du mouvement des “gilets jaunes”, mettons au premier plan ce débat”.

Crédits photo : MAXPP




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