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Politique

Élections Européennes

L’allié « progressiste » de LREM en Espagne, allié à l’extrême-droite en Andalousie

Alors que Nathalie Loiseau, la tête de liste LREM aux européennes, se félicitait de la victoire des « progressistes » Ciudadanos aux élections espagnoles, cette dernière a « omis » de préciser que l'allié de LREM est allié avec le parti d'extrême-droite Vox en Andalousie.

mardi 30 avril

« Félicitations à Ciudadanos pour son score aux élections espagnoles. Mais la percée de l’extrême-droite nous rappelle que partout en Europe les progressistes doivent se rassembler. »

Ainsi Nathalie Loiseau se félicite-t-elle de la victoire de ce qu’elle considère être les « progressistes » espagnols, au détriment de l’extrême-droite. Derrière les enfumages habituels se cache une réalité moins reluisante, qui vient ternir largement l’arsenal rhétorique mobilisé par LREM, qui cherche à opposer les populistes de tout bord aux « progressistes ».

Ciudadanos est l’expression de la fragmentation de la droite espagnole

La crise historique des partis de la bourgeoisie espagnole s’exprime notamment par une fragmentation accrue sur la droite, séparée entre le Partido Popular, Ciudadanos et Vox. Ce bloc des droites (PP, Ciudadanos et Vox) représente une volonté de sortie très dure sur la droite de la crise du régime : un projet en faveur de la monarchie espagnole et de l’oppression des peuples autonomes, contre les femmes et les personnes LGBTI, les migrants, les travailleurs, la jeunesse, et contre les droits démocratiques.

Ainsi, Vox soutient notamment l’interdiction des partis indépendantistes qu’ils accusent de coup d’État en Catalogne, et défend la nostalgie du franquisme. Leur discours se porte également contre les musulmans et les immigrés et contre les organisations “féministes radicales” que le parti souhaite interdire, défendant la famille chrétienne comme pilier de la société et attaquant les mouvements des femmes au prétexte qu’ils criminalisent les hommes. Au point de lutter pour l’abrogation des lois qui reconnaissent la violence de genre (quand bien même celles-ci restent timorées).

Le problème pour LREM consiste principalement dans l’alliance de Ciudadanos et Vox, un rapprochement autour notamment d’un durcissement de la politique migratoire, dans une atmosphère réactionnaire anti-indépendantiste et ouvertement hostile aux minorités sexuelles LGBT. Nathalie Loiseau dispose pour le moins d’un concept élastique de « progressisme. » En effet, comme le rapporte Mediapart : « La question espagnole reste également pendante alors qu’il y a quelques mois, LREM pensait avoir trouvé en Ciudadanos un allié naturel et emblématique du renouveau politique européen. Mais le positionnement national du parti espagnol a obligé la majorité présidentielle à faire marche arrière, du moins à mettre en attente tout accord avec la formation, devenue un allié gênant. En cause : Ciudadanos a défilé dimanche 10 février aux côtés du parti d’extrême droite Vox pour demander des élections en Espagne et s’est allié au très conservateur Parti populaire en Andalousie.

Ce qui, comme le rapport Mediapart, n’a manqué de plonger dans l’embarras LREM, compliquant d’autant plus sa tentative de trouver des alliés en vue de composer un bloc majoritaire au Parlement Européen : « Nous sommes très attentifs à la stratégie nationale de Ciudadanos, confirme Garance Pineau. C’est donc en suspens. » Pour Roland Lescure, le cas espagnol reflète les difficultés rencontrées à propos des alliances. « L’environnement politique demeure très instable en Europe », complète-t-il, espérant avoir une vision claire au lendemain du scrutin. » (JARDINAUD Manuel, Mediapart, En Espagne, l’allié gênant de LREM, 15 février 2019)

Si Ciudadanos ne constitue en rien quelque rempart que ce soit à l’extrême-droite, adoptant un programme éminemment réactionnaire emprunté à la droite la plus dure, le fait de défiler côte à côté avec l’extrême-droite vient porter un coup à la belle histoire macroniste vendue par Nathalie Loiseau. Loin de s’opposer, donc, la « percée de l’extrême-droite » s’effectue en alliance avec les « progressistes » de Ciudadanos. « Le positionnement très droitier des deux partis sur l’immigration indique une convergence de vue sur cette question spécifique, écrit Mediapart dans le même article. En Espagne, le PP, devenu allié de circonstance pour Ciudadanos, a fortement durci sa ligne politique sur la question des migrants, rompant avec une tradition espagnole d’accueil. « Il n’y a pas de place pour la démagogie en matière migratoire », avait insisté Casado au cœur de l’été 2018. « Nous devons être responsables et non populistes », car « ce que les Espagnols veulent, c’est un parti qui dise clairement que ce n’est pas possible qu’il y ait des papiers pour tous ». Comme l’écrivait Mediapart à l’époque, son principal concurrent à droite, le leader de Ciudadanos Albert Rivera, n’a pas tardé à s’aligner sur les positions de son rival, après avoir relayé des discours de solidarité par le passé. Un positionnement qui n’est pas loin d’évoquer le virage droitier du gouvernement sur les questions migratoires, au moment de la loi asile et immigration votée par LREM. »

Une difficulté de plus qui vient compliquer le pari de Macron, qui consiste à miser sur la fragmentation politique à l’œuvre en Europe pour recomposer un bloc majoritaire au Parlement en unissant les « progressistes » européens. Pourtant, la liste Renaissance de LREM peine à voir le jour : à l’heure actuelle, elle ne dispose d’aucun allié de poids dans les pays européens centraux (Italie, Grande-Bretagne, Allemagne). « Cette « inertie politique », indique Mediapart, impose donc à LREM d’aller chercher d’autres alliances en Europe, au risque donc de ne récupérer que les miettes électorales de petites formations naissantes ou de second plan. »

Alors qu’à un mois des élections le RN vient de passer devant la liste LREM dans les intentions de vote, la situation se complique grandement pour Macron, l’enjeu du scrutin, bien qu’européen, restant largement saturé d’enjeux nationaux. Un risque pour Macron qui pourrait voir ces élections se transformer en référendum. « Emmanuel Macron est déjà très impopulaire. Il a cruellement besoin d’une victoire électorale, même relative, dans un mois, pour se remettre en selle et repartir de l’avant. C’est l’objectif qui a été publiquement assigné à ses troupes. Un échec serait lourd de conséquences. », écrit Stéphane Dupont, éditorialiste aux Échos.

A ce titre, le message de Nathalie Loiseau, loin d’être anodin, ou l’énième faute d’une novice en politique, exprime en partie l’enjeu pour LREM de mobiliser un électorat de la droite conservatrice, principale réserve de voix pour les Européennes. « Seule bonne nouvelle pour le mouvement présidentiel : l’électorat de François Fillon, qui avait rallié Emmanuel Macron, ne revient pas vers Les Républicains, pour le moment », toujours selon Stéphane Dupont. Toutefois, cet électorat est loin de lui être acquis : « Mais il n’est pas exclu qu’il le fasse dans le mois à venir. Ce sera la clef du scrutin. Si tel était le cas, « ce serait une tout autre histoire qui s’écrirait », prévient Bruno Jeanbart d’OpinionWay. C’est en tout cas ce que doit à tout prix éviter Emmanuel Macron. »

Car avec un mouvement des Gilets Jaunes qui perdure, et un 1er mai qui s’annonce comme une journée potentielle de convergence des luttes, le risque est grand pour Macron de poursuivre l’enlisement de son quinquennat.




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