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Politique

Blouses blanches

L’amie des patrons Nicole Notat dirigera le « Ségur de la Santé »

À l’initiative du tournant à droite de la CFDT dans les années 90 vers une stratégie ouverte de collaboration de classe, le choix d’Olivier Véran de se tourner vers Nicole Notat pour coordonner le « Ségur de la Santé » est loin d’être anodin.

jeudi 21 mai

Crédit photo : Éric Piermont / AFP

Aujourd’hui âgée de 73 ans, Nicole Notat a dirigé la CFDT de 1992 à 2002. Si ses soutiens mettent en avant le fait qu’elle soit une femme – et qui plus est la première femme à tenir les rênes d’un important syndicat – son parcours politique et professionnel est la preuve qu’elle est loin de défendre les intérêts des travailleurs et des travailleuses.

Son accession à la tête de la CFDT, au début des années 90, a été qualifiée de « putsch » par certains militants. Elle incarne en tous points le tournant conciliateur de la centrale syndicale, allant jusqu’à accepter la réforme de la sécurité sociale d’Alain Juppé en 1995, qui sera pourtant abandonnée grâce à la dernière grande grève des transports – avant celle de l’hiver dernier contre la réforme des retraites.

Ce soutien sans faille au patronat et aux attaques du gouvernement lui vaudra le surnom de « tsarine », et le tournant à droite qu’elle impose au sein de la CFDT créera d’importante crispations en interne. Elle est désavouée lors du congrès de 1995, quand plus de la moitié des délégués voteront une motion qui stipule qu’elle « n’a pas rempli le mandat qu’attendaient les syndicats ».

Ces nombreuses trahisons vis-à-vis des travailleurs et des travailleuses qu’elle était censée représenter entraîneront plusieurs scissions au sein de la CFDT, dont beaucoup de membres rejoindront par la suite les syndicats Sud. Elle profitera du départ des contestataires pour faire de son syndicat le principal interlocuteur du MEDEF et du gouvernement, signant aveuglément l’ensemble des accords pro-patronaux et anti-sociaux de la fin des années 1990.

Mais la suite de son parcours, après son départ de la direction de la CFDT en 2002, illustre encore plus clairement le personnage, qui n’a jamais été du côté des exploités et des opprimés. Tour à tour soutien et conseillère officieuse de Sarkozy et de Hollande, elle rejoint en 2013 un think tank visant à promouvoir l’esprit d’entreprise en France.

Au début des années 2010, elle est également présidente du Siècle, cette « association » élitiste et très select, qui organise les premiers de cordées médiatiques, politiques et patronaux de la bourgeoisie française. Elle fait également partie des soutiens de la première heure de l’actuel président, Emmanuel Macron.

Un CV qui en dit long sur les motivations de Nicole Notat, désignée par le ministre de la santé pour coordonner le « Ségur de la santé » d’où devrait émerger un nouveau plan pour l’hôpital. Dans un communiqué, elle assure qu’elle a « à cœur d’organiser l’écoute réciproque et le dialogue entre l’ensemble des parties prenantes et d’aider à la construction de conclusions le plus partagées possible ».

Mais au vu de ses antécédents, le choix de cette femme pour répondre à la colère qui ne cesse de croître chez les soignants et pour « reconstruire l’hôpital de demain » en dit long sur la feuille de route du gouvernement. Il y a très fort à parier qu’avec Nicole Notat aux commandes, ce sera fort profitable pour le patronat et les actionnaires, et que les travailleuses et travailleurs de la santé devront continuer à se satisfaire des miettes et du mépris de classe du gouvernement.

Celles et ceux qui sont en première ligne depuis le début du confinement l’ont bien compris, c’est pourquoi la colère dans les hôpitaux et les EHPAD est en train de s’organiser. Plusieurs rassemblements ont lieu devant des centres hospitaliers depuis le début du déconfinement et une importante journée de mobilisation est appelée par l’inter-urgence et de nombreux syndicats le 16 juin. Applaudir ne suffit pas, et attendre après le gouvernement non plus. La véritable solidarité avec le personnel soignant se fera dans la rue et par la grève pour exiger une revalorisation des salaires, un investissement massif dans la santé et une diminution du temps et de la charge de travail, ainsi que des conditions décentes pour exercer ces métiers essentiels à nos vies !




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