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Politique

L’application de livraison Stuart radie des travailleurs sans-papiers en première ligne pendant le confinement !

La start-up Stuart, filiale de la Poste depuis 2017, a « déconnecté » au moins 24 livreurs sans-papiers, du jour au lendemain, avec pour seule explication qu’ils « n’étaient plus en règle ».

mercredi 14 octobre

Crédit photo : AFP

La start-up Stuart, filiale de la Poste depuis 2017, spécialiste de livraisons entre commerçants et particuliers, a « déconnecté » au moins 24 livreurs sans-papiers, du jour au lendemain, avec pour seule explication qu’ils « n’étaient plus en règle », ou que les documents fournis « étaient falsifiés ». Dans un article de l’Obs, les livreurs concernés témoignent du choc ressenti lorsqu’ils ont vu leur compte être désactivé, alors qu’ils s’étaient inscrits avec leurs papiers actuels, ce qui ne posaient visiblement aucun problème à l’entreprise jusqu’à lors : « J’ai d’abord pensé qu’ils s’étaient trompés en voyant que mon compte de livreur avait été désactivé (...) Il y a trois ans, je me suis inscrit exactement avec le même passeport sénégalais, alors pourquoi ça pose problème maintenant ?  »

Et ils sont plus d’un dans ce cas. Algériens, sénégalais, maliens tous ont été en première ligne pendant le confinement, avec des cadences de travail qui pouvaient doubler voir tripler, tout en étant acclamés en héros parce qu’ils étaient confrontés de plein fouet aux risques sanitaires – sachant qu’ils livraient de la nourriture mais aussi des médicaments : «  J’ai bossé pendant le confinement, j’ai risqué la contamination ! Ce qui nous fait mal, c’est de se dire qu’il y a quelques mois on recevait des notifications de remerciement, des messages pour nous dire qu’on était des héros. Stuart nous a même fait suivre des messages de clients qui nous félicitaient ! » Tout en permettant à l’entreprise de continuer à engranger des bénéfices. Alors qu’au mois de mars, les livreurs « auto-entrepreneurs » faisaient face très durement à la crise sanitaire voyant que leur statut leur fermait la porte aux droits salariaux -même minimaux- dont ils auraient pu bénéficier. Ce sont ces mêmes statuts, extrêmement précaires, qui « permettent » qu’ils puissent perdre leur emploi du jour au lendemain.

Dans les bureaux de Stuart, la direction se dédouane de toute responsabilité en s’appuyant sur les conditions générales, qui certifient que pour s’inscrire il est nécessaire d’avoir : « la nationalité française, la nationalité d’un pays membre l’espace Schengen ou un titre de séjour vous permettant d’être micro-entrepreneur. ». Une belle excuse, d’une hypocrisie sans nom, puisqu’à l’inverse du discours de la direction, les livreurs expliquent qu’ils ont commencé à travailler avec les papiers qui ne sont aujourd’hui plus considérés « en règles ». Pour se justifier, la direction explique qu’ils ont entamés une « lutte contre la fraude » qui s’inscrit sur le long terme.

En réalité, il est probable que la direction ait également pu être effrayée par la lutte des Frichti. Dans cette autre entreprise de livraison qui employait des travailleurs sans-papiers, et qui après le confinement, a tout simplement supprimé le droit de travailler à ceux qui n’avaient pas de titre de séjour, ce qui excluait près de 600 livreurs ! Après que 200 d’entre eux se soient mis en grève pendant 1 mois et demi, mettant en lumière la réalité que vivait les travailleurs des entreprises de livraison, la direction de Frichti a accepté de régulariser 100 travailleurs. C’est alors à ce même moment à la fin septembre que la direction de Stuart s’est activée, craintive des conséquences de la mobilisation des Frichti sur l’ensemble des travailleurs des entreprises de livraison, a commencé à exiger aux livreurs de fournir de nouveau une pièce d’identité, menant à la radiation à laquelle on assiste aujourd’hui.

A travers ce cas, ce qui apparaît c’est non seulement l’hypocrisie de l’entreprise, mais également celle du gouvernement, qui avait laissé entendre après le confinement l’hypothèse d’une régularisation des travailleurs sans-papiers qui étaient en première ligne de la crise sanitaire. Depuis bien enterrée, cette proposition, bien que largement insuffisante, aurait été un premier pas pour ces travailleurs. D’autant plus que les personnes sans-papiers doivent faire face très durement à la crise économique, dans un contexte où le virus circule activement et tue parmi les plus précaires.

Aujourd’hui, les livreurs organisaient une manifestation des livreurs de Stuart devant le siège de l’entreprise à Paris, pour demander à être reçus par la direction. Alors que les personnes sans-papiers avaient inauguré en mai dernier le retour des luttes après le confinement avec d’importantes manifestations, 5 marches des solidarités venant de la France entière se dirigent en ce moment vers Paris pour converger à l’Elysée le 17 octobre. Une participation des livreurs de Stuart à cette marche sur Paris permettrait de visibiliser leur situation et de s’unir avec les manifestants pour revendiquer la régularisation de tous et toutes les sans-papiers, les fermetures des centres de rétention et des logements décents pour tous !




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