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Politique

Crise sanitaire

« L’auto-confinement » : la stratégie de Castex pour masquer l’absence de plan sanitaire à la hauteur

A l’approche des fêtes de fin d’année, Jean Castex appelle à « l’auto-confinement », « à chaque fois que cela est possible ». Faute de stratégie sanitaire à la hauteur, de moyens pour les hôpitaux et de tests massifs, le gouvernement en revient encore et toujours à la culpabilisation individuelle et à la matraque.

mercredi 16 décembre 2020

Ce matin sur Europe 1 Jean Castex a passé en revue l’ensemble de l’actualité politique et est revenu sur la stratégie sanitaire du gouvernement à l’aune du déconfinement et de l’instauration d’un nouveau couvre-feu. Si ce mardi à 20h commencera la deuxième phase du déconfinement, force est de constater que la stratégie gouvernementale est déjà caduque au regard des dernières données épidémiques.
 
Le 28 novembre dernier, Emmanuel Macron, lors de son allocution, s’était donné pour objectif de descendre sous le seuil des 5.000 contaminations quotidiennes. Un chiffre loin d’être atteint alors que le nombre de contaminations journalières stagne autour des 11.000 cas quotidiens. Une situation qui interpelle légitimement quand, dans un horizon de plus en pressant, se dessinent les fêtes de fin d’année et que la crainte d’un scénario à l’américaine - Thanksgiving avait accouché d’un important rebond épidémique - se fait de plus en plus probable.

 Castex en appelle à la responsabilité individuelle avec l’ « auto-confinement »

Lundi, le conseil scientifique plaidait pour un « auto-confinement » d’une semaine à l’approche des fêtes et appelait parallèlement à recourir aux tests, les mercredi et jeudi, précédant les réveillons de Noël et du Nouvel An. Dans une « note d’éclairage » publiée lundi 14 novembre, l’instance rappelait qu’il était nécessaire de « limiter au maximum les réunions familiales et amicales en particulier durant cette période de fin d’année, en en discutant les raisons avec son entourage ». Dans le cas contraire, elle préconisait un confinement préventif la semaine du 24 au 31 décembre par le télétravail ou des congés.

Ce matin, Castex, a repris l’appel à un « auto-confinement, en exhortant par exemple les élèves à faire l’école buissonnière jeudi et vendredi, après avoir appelé à une tolérance des établissements sur les absences. Dans le même temps, si le premier ministre s’est déclaré favorable aux tests pour les personnes symptomatiques et cas contacts, il s’est opposé à un dépistage massif et automatique, affirmant que le « test n’est pas un totem ». Et ce dans la droite lignée d’Olivier Véran qui mettait hier en garde contre le risque d’ « engorgement » des laboratoires et pharmacies, en cas d’afflux massifs.

Neuf mois après le début de la pandémie toujours la même gestion : austéritaire, pro-patronale et policière

Pour le gouvernement, il s’agit une nouvelle fois de faire reposer l’évolution de l’épidémie sur la responsabilité individuelle. Incapable, près d’un an après le début de l’épidémie, de mettre en place un dépistage massif, le gouvernement semble toujours naviguer à vue. Ainsi le jour même de la levée du confinement, le premier ministre presse travailleurs et écoliers de s’astreindre à un auto-confinement. A l’aune de nombreux regroupements familiaux, un dépistage massif apparaissait pourtant comme la seule perspective à même de limiter un potentiel nouveau rebond épidémique. Si nouvelle vague de contaminations il y a, il s’agira à nouveau d’interroger la responsabilité du gouvernement quand les moyens nécessaires à une stratégie sanitaire à la hauteur n’ont toujours pas été mis en place, alors que l’hôpital public, éreinté par une deuxième vague à peine en voie de recul, a du faire avec les moyens du bord, réduits à peau de chagrin par les politiques libérales des dernières décennies.

Face au Covid, le gouvernement propose toujours la même stratégie : pallier l’inconsistance de sa stratégie sanitaire par la responsabilisation individuelle sous contrôle des forces de police. En ce sens, la levée du confinement de ce mardi rimera davantage avec répression qu’avec allégement des mesures de restriction. Et si le gouvernement essaye de relâcher la pression de l’opinion publique avec la fin de l’attestation dérogatoire, c’est en réalité pour imposer un nouveau tour de vis sécuritaire, quand le déconfinement se fera sous le signe de la matraque et de 100.000 policiers pour le nouvel an.

Castex ne s’est pas trompé ce matin, en brossant dans le sens du poil les forces de police qui sont aujourd’hui le principal garant de sa stratégie sanitaire, en affirmant que « les policiers sont les principales victimes de violence » dans une séquence politique marquée par une importante contestation dans la rue des violences policières. Ainsi le locataire de Matignon cajole l’institution policière qui réclame, en réaction à la mobilisation populaire, davantage de moyens pour réprimer, comme en témoignent les rassemblements de policiers tout au long de la semaine.
 
Par ailleurs l’appel de Castex à l’« auto-confinement » s’inscrit dans la droite lignée d’une gestion pro-patronale de la crise sanitaire. Plus que jamais il s’agit de faire reposer les efforts de la lutte contre le Covid sur la responsabilité individuelle en laissant libre cours à la vie économique et aux profits du patronat en laissant les entreprises fonctionner et en déconfinant les commerces sans mesures sanitaires à la hauteur. Une nouvelle fois les travailleurs, et en première ligne ceux de la santé, les jeunes, mais aussi les petits commerçants – Castex a expliqué ce matin ne pas pouvoir « garantir la réouverture le 20 janvier des bars et restaurants » - paient le prix de l’incapacité du gouvernement à faire face à l’épidémie de Covid-19.
 
A contre-courant des mesures liberticides et inefficaces du gouvernement, il s’agirait d’imposer une stratégie fondée sur l’alliance des professionnels de santé et de la population, qui puissent s’auto-organiser sur les lieux de travail, d’étude, et dans les quartiers pour trouver des solution face au virus, à l’image des profs qui ont mis en place, par eux-mêmes, la division des classes en deux. Une stratégie qui, avec un respect collectif et solidaire des « gestes barrières » pour éviter au maximum les contaminations, s’appuierait sur un dépistage précoce et rapide (avant apparition des premiers symptômes) des personnes contaminées et des « cas contacts » ainsi que leur isolement. A contrario, en imposant un confinement made in MEDEF, puis un déconfinement pro-patronal, les promoteurs de la casse de l’hôpital et des logiques austéritaires appliquées à la santé nous ont mené droit dans le mur. Face à la menace et à l’incurie du gouvernement, plus que jamais il s’agit d’imposer un programme alternatif dont puissent s’emparer les travailleurs, les professionnels de la santé et la population, pour imposer des mesures sanitaire à la hauteur et enfin endiguer cette épidémie.




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