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Jeunesse

VIDAL DÉMISSION

L’avenir des étudiants “n’est pas définitivement obscurci” : la nouvelle provocation de Vidal

Dans une interview accordée au Figaro, la ministre de l’Enseignement supérieur affirme, entre autres, que l’avenir des étudiants n’est pas “définitivement obscurci". Ces derniers auraient même trouvé dans l’enseignement en ligne une “autre forme de pédagogie”. Cependant, derrière ces inepties se cache une autre réalité : un décrochage en hausse, une précarité grandissante, une détresse psychologique flagrante, autant de problèmes que le gouvernement ignore voire accentue par des mesures criminelles.

vendredi 2 avril

Crédits photo : Gonzalo Fuentes/Reuteurs

Après de nombreux discours aberrants tenus par les différents membres du gouvernement à propos de la situation des étudiants, Vidal, dans une interview accordée au Figaro, déclare que l’avenir de ces derniers “n’est pas définitivement obscurci par cette période de crise”. Elle minimise ainsi la situation hors de contrôle qui est loin d’être une priorité pour le gouvernement. Dans ce sens, lors de cette même interview, elle explique que “leur formation n’a pas été sacrifiée”. Or, les étudiants se sont retrouvés fortement impactés par le manque de moyens dans les universités qui a été mis en lumière avec le manque criant de matériel, comme par exemple trop peu d’ordinateurs fournis à celles et ceux qui en avaient besoin. Ce manque de moyens structurel a également fait supprimer, par exemple, à l’Université Bordeaux Montaigne, un cours de Travaux Dirigés (TD) d’histoire moderne. De plus, les enseignants, n’ayant pas été préparés à ce dispositif de cours en ligne ou enseignant des matières qui ne sont pas pratiquement dispensables en ligne, se sont retrouvés face à une situation délicate qui nécessitait une adaptation au dernier moment. Les formations ont bel et bien été sacrifiées à cause de la gestion de la crise au sein des universités, bien loin de l’imaginaire créé par Vidal.

Face à la crise, la réalité de la situation des étudiants s’est révélée au grand jour. En plus de devoir tenter de suivre les cours en ligne, beaucoup se sont retrouvés à devoir faire des heures supplémentaires pour remplir leur frigo et payer leur loyers, sans même pouvoir retrouver un semblant de vie sociale en voyant des amis ou des proches, se retrouvant ainsi dans une routine infernale et psychologiquement invivable. D’autres encore ont dû faire la queue pendant des heures pour récupérer un colis alimentaire par manque significatif de revenus, souvent suite à des pertes d’emplois, comme à Paris par exemple, où des centaines d’étudiants, dont beaucoup d’étudiants étrangers se sont retrouvés dans ce cas. C’est en partie ce qui pousse beaucoup d’entre eux au décrochage scolaire. Encore une fois, la ministre de l’Enseignement supérieur est à côté de la plaque lorsqu’elle affirme dans l’interview que “Le décrochage n’est pas plus important que les années précédentes. Il est lié à l’orientation, au fait que les étudiants, une fois leur formation intégrée, ne s’y retrouvent pas. Je ne crois pas que le distanciel soit la cause du décrochage. Certains travaillent même beaucoup plus à distance et trouvent là une autre forme de pédagogie.”. En effet, lors d’une enquête réalisée à l’Université Bordeaux Montaigne par le collectif étudiant Onzième Thèse aux côtés de plusieurs autres organisations à laquelle 4730 étudiants ont répondu, les chiffres parlent d’eux mêmes : 50% des sondés ont eu l’idée d’abandonner leur parcours universitaire et 75% appréhendaient le second semestre. Mis à l’échelle nationale, ce résultat serait sans aucun doute significatif du décrochage massif des universitaires cette année, bien plus qu’auparavant. De plus, il a été possible de voir une hausse importante du mal être psychologique chez les étudiants, qui a pu tendre vers le burn-out voire le suicide dans quelques cas, causé par cette misère et l’incertitude profonde dans laquelle le gouvernement place les jeunes, d’autant plus dans cette période de crise sanitaire.

Cette gestion catastrophique a ainsi approfondi la sélection sociale, d’une part par le décrochage des étudiants les plus précaires, qu’ils aient été contraints de travailler plus à côté de leurs études, laissés à leur sort sans matériel adéquat ou sous la pression de devoir retourner chez leurs parents, et d’autre part en privilégiant le retour en présentiel des étudiants des grandes écoles ou les classes préparatoires, qui sont loins d’être soumis à la même pression. Ce sont donc celles et ceux qui n’ont pas à se demander comment payer leur loyer ou suivre un cours en ligne sans ordinateur qui pourront poursuivre leur cursus comme si de rien était. Rappelons également que ce sont ces universitaires, que la ministre désigne comme “de jeunes adultes qui télétravaillent, à l’exception d’un jour par semaine”, qui justifiaient, selon elle, le fait que les universités ne réouvrent pas. En effet, elle jugeait préoccupant l’étudiant “qui prend un café à la pause” ou encore “un bonbon qui traîne sur la table”. Il était encore une fois question de la responsabilité individuelle au-delà de la gestion catastrophique de la crise au sein du milieu étudiant. A l’heure où l’université ne ferme pas officiellement mais ne compte accueillir ses étudiants qu’un jour par semaine, et face au mépris insultant de la part du gouvernement, il est impératif de s’organiser pour que la jeunesse ne paye pas la crise.




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Frédérique Vidal   /    Précarité   /    Jeunesse