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Politique

Conflits d’intérêts

L’enquête autour de Geneviève Legay est menée par la femme du commissaire en cause

Après une tentative de subordination de témoins, dans l’affaire Geneviève Legay, cette septuagénaire blessée par la police à Nice, on apprend que la femme chargée de l’enquête est la compagne du commissaire directement mis en cause.

mardi 9 avril

Au cours de l’acte 19, Geneviève Legay, militante de 73 ans à ATTAC, avait été grièvement blessée suite à une violente charge policière, à Nice. Symbole de la répression d’État et de ses victimes, les vidéos concernant son histoire sont devenues virales sur les réseaux sociaux, à l’instar du hashtag #GenevieveLegay.

L’affaire avait déjà franchi un cap lorsque les filles de cette manifestante blessée avaient témoigné auprès des journalistes du Monde des allers et retours de policiers dans la chambre de leur mère, pour tenter de la convaincre qu’ils n’étaient pour rien dans sa chute – alors même que plusieurs images prouvent le contraire. Une version des faits confirmée par Geneviève Legay elle-même dans une interview qu’elle a accordée à Mediapart :
« « Ils ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée. Or, c’est faux. Je me rappelle avoir été poussée par un policier et je le leur ai dit. Mais ils insistaient sur le journaliste. »

Des déclarations qui interviennent dans un contexte où les médias et le gouvernement ont tout tenté pour étouffer l’affaire. Le procureur de la République de Nice lui-même avait dû revenir sur ses premières prises de position, lorsqu’il affirmait que la chute de Geneviève Legay n’était pas due à des policiers.

Mais c’est un nouveau rebondissement que provoquent des révélations faites par Mediapart ce lundi. En effet, la chef de la sûreté départementale des Alpes-Maritimes en charge de l’enquête s’est avérée être la compagne du commissaire Souchi, chef de la sécurité publique en charge des opérations le jour de l’Acte 19 à Nice.

Geneviève Legay se souvient d’ailleurs parfaitement de sa présence au moment des faits :
« Je sais que le policier qui m’a poussée a reçu des ordres de sa hiérarchie, du commissaire Souchi, du préfet de police, du ministère de l’intérieur […] Je me souviens très bien, au début de la manifestation, de ce commissaire Souchi et de son regard. Il semblait animé de colère à notre égard. »

Le procureur de Nice a affirmé qu’il était « tout à fait au courant, au moment de l’ouverture de l’enquête préliminaire, de [ces] liens de concubinage » et qu’il « ne [voyait] pas en quoi cela pose problème ».

En dépit des affirmations du procureur, qui ne cesse de se contredire au fur et à mesure que des éléments de l’affaire sont rendus publics, il est évident que la relation entre la personne chargée de l’enquête avec l’un des policiers les plus impliqués dans la charge qui a blessé Geneviève Legay, représente un conflit d’intérêt majeur. Une nouvelle fois, la justice et la police semblent fonctionner main dans la main, unies dans la répression.




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