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Politique

Mort de Steve : la Pj contredit l'IGPN

L’enquête sur la mort de Steve rebondit : il « bornait » au moment de la charge des policiers

Révélation du Canard Enchaîné : l’enquête judiciaire contredit celle de l’IGPN : 77 minutes d’écart entre l’heure énoncée et l’heure réelle de coupure du téléphone de Steve. « Erreur ou mensonge ? » s’interroge le « Canard »… et nous avec lui…

mercredi 11 septembre

Crédits photos : LOIC VENANCE / AFP

Comment un portable devenu muet parle très fort

A la sortie du rapport de l’IGPN, Edouard Philippe et Philippe Castaner s’étaient précipités sur le perron de Matignon pour annoncer solennellement qu’il n’y avait « pas de lien entre l’intervention de la police et la disparition » de Steve. L’argument massue tiré du rapport de l’IGPN, et utilisé illico par les ministres trop soulagés de pouvoir blanchir leur police, était que le dernier appel émis par le portable de Steve avait eu lieu à 3h16, soit plus d’une heure avant l’intervention de la police. Une soi-disant preuve qui, pensaient-ils, pouvait passer grâce à son allure absolument technique et factuelle.

Sauf que, l’enquête judiciaire qui a suivi a sérieusement ébranlé, sur son propre terrain technique, la preuve salvatrice. Pour savoir si un portable est perdu corps et bien avec son possesseur au fond de la Loire, il y a un moyen technique simple, le suivi du « bornage ». Or, comme le rapporte le Canard Enchaîné, le dossier établi par l’enquête judiciaire mentionne « que le portable de Steve a continué d’émettre jusqu’à 4h33, soit treize minutes après le début de la charge policière ».

Cet écart a été constaté à partir de l’enregistrement par les télécoms du dernier signal « ping » qu’envoie tout appareil resté en mode veille, même s’il est inactif, ce qui est évidemment bien plus signifiant que le dernier sms émis.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’IGPN n’a pas fait de zèle. Que la police des polices se soit limitée à la première donnée, le sms, sans s’enquérir de la deuxième, le bornage, donne réponse à l’ironique question du « canard » : « Erreur ou mensonge ? ». Dans une telle circonstance, après le tollé qui s’est levé chez les gilets jaunes et dans une grande partie de la population contre les violences policières, il fallait absolument voler au secours du pouvoir macronien, de ses ministres, de ses préfets, et des policiers bras armé de leurs basses œuvres.
Hélas pour eux, sur ce coup-là, la PJ ne leur a pas emboîté le pas et Edouard Philippe doit se mordre sérieusement les doigts, d’avoir sauté trop vite sur « l’occase ».

Remue-ménage dans le « Landernau » de l’appareil d’Etat

La découverte du fameux écart de 77 heures entre les conclusions de l’IGPN et celles de la PJ et ses lourdes implications quant aux hypothèses concernant la mort de Steve ont provoqué une véritable crise au sein de l’appareil d’Etat. Furax d’une manipulation aussi grossière, les deux magistrats nantais chargés de l’affaire ont demandé et obtenu leur dessaisissement. Le dossier est désormais transféré entre les mains de deux nouveaux juges, à Rennes.

Quant à l’exécutif, très embarrassé par les conséquences politiques d’une telle affaire, il sait désormais qu’il ne pourra pas tirer grand-chose de l’enquête administrative lancée par Matignon et qui se borne essentiellement à examiner les consignes données par la préfecture le soir de la fête de la musique à Nantes.

Il s’interroge sur les « signaux forts » qu’il pourrait donner pour se tirer de ce mauvais pas et éviter d’être éclaboussé. La difficulté pour lui est de trouver une issue qui calme l’opinion tout en ne fâchant pas les policiers et leurs syndicats dont il a fait son principal moyen d’action.

Le plus simple semble être pour lui de couper quelques têtes. Le Préfet de Région, le commissaire commandant la troupe le 22 juin sont dans la ligne de mire. Mais est-ce que ce sera suffisant pour calmer la légitime indignation de cette large frange de la population que les méfaits de la police indignent chaque jour un peu plus ? Rien n’est moins sûr.

Et la vérité dans tout ça ?

Au bout du compte, « Il y a peu de chances que l’on sache comment et pourquoi Steve est tombé à l’eau, » avoue l’un des enquêteurs. Il invoque diverses hypothèses : panique, réveil en sursaut, mouvement de foule, une façon comme une autre de laisser entendre qu’il est vain de chercher à savoir et de replacer la cause du phénomène du côté de la victime ou des manifestants, ou tout simplement de « la faute à pas de chance », mais en tout cas pas du côté de la seule cause réelle et première, la charge de la police.

Les témoignages potentiels ne manquent pourtant pas et la recherche de la vérité pourrait se faire via les médias indépendants dont le rôle d’information devient de plus en plus déterminant dans un monde d’omerta et de fake news.
Un témoin raconte par exemple, sur les réseaux sociaux, que aveuglé comme lui par les lacrymos, Steve est tombé en même temps que lui dans la Loire, qu’il l’a vu se débattre mais n’a pas pu le sauver….à creuser. Mais un tel travail a-t-il été fait par les médias patentés et que risqueraient ceux qui se lanceraient dans de tels témoignages ?

Que s’est-il passé vraiment, le soir de la fête de la musique sur les Bords de la Loire ? On ne peut renoncer à le savoir, pour la mémoire de Steve mais aussi pour la défense de tous ceux qui ont été et pourront être victimes des violences policières.




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