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Genres et sexualités

Justice pour Guillaume

L’enquête sur le suicide de Guillaume, initiateur du MeTooGay, classée sans suite comme des milliers d’autres

Un peu plus d’un an après le suicide de Guillaume, la plainte déposée contre les deux militants du PCF, Maxime Cochard et Victor Laby, que le jeune homme avait accusés sur les réseaux sociaux de l’avoir violé, a été classée sans suite. Pendant que les deux hommes demandent à réintégrer leurs fonctions, les proches de Guillaume réaffirment que leur combat pour la vérité n’est pas terminé.

dimanche 29 mai

Crédits photo : Twitter

Le 9 février 2021, Guillaume, jeune étudiant et militant de 20 ans, mettait fin à ses jours sans laisser de mot derrière lui. Le 26 janvier, soit quelques semaines auparavant, il avait posté plusieurs messages sur Twitter accusant un élu PCF, Maxime Cochard, et son compagnon Victor Laby de l’avoir violé en 2018. Le 9 février, les deux hommes sont de nouveau mis en cause par un autre témoignage. Les deux militants nient alors catégoriquement les faits dont ils sont accusés. Le 18 février, la famille de Guillaume et leur avocate déposent « une plainte contre X pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Un an plus tard, après l’enquête judiciaire, la plainte a été classée sans suite a affirmé l’AFP ce vendredi, précisant que cette « qualification criminelle » impliquait « de démontrer une volonté de l’accusé de porter une atteinte physique à la victime et que cette atteinte soit la cause directe de la mort. »

Les réactions du côté des accusés ne se sont pas faites attendre sur les réseaux sociaux, ces derniers assurant avoir été victimes pendant un an d’une cabale mensongère aux conséquences lourdes sur leur militantisme. En effet, dans l’attente de la décision de justice, Maxime Cochard et Victor Laby avaient été suspendus de leurs fonctions par le PCF. Pour autant, comme le révélait une enquête de Mediapart le 13 février 2022 : « le parti n’a pas clairement indiqué si une procédure interne à la commission de régulation des conflits était en cours. Ou si une enquête de la cellule dédiée aux violences sexuelles était ouverte. ». Le PCF s’en est ainsi pleinement remis à la justice, permettant aux deux militants de pouvoir continuer à s’afficher et à militer publiquement sur leurs réseaux sociaux.

Une décision du PCF questionnable étant donné la part des plaintes pour agression sexuelle qui sont classées sans suite. Les chiffres fournis par le ministère de la justice parlent d’eux-même : en 2017 ce sont 76 % des enquêtes pour viols qui ont été classées. En effet, celles-ci échouent dans la majorité des cas faute de preuves suffisantes aux yeux de la justice qui renvoie la parole de la victime et celle de l’accusé dos à dos. La question demeure : pourquoi le parti n’a-t-il pas lancé une procédure d’enquête interne ? Pourquoi Guillaume n’a-t-il pas été reçu et entendu par le PCF immédiatement après son témoignage, et les deux militants confrontés ? Comment se fait-il que les deux militants aient continué à militer et à s’afficher publiquement via leurs pages personnelles ?

Le suicide de Guillaume a été l’origine du MeTooGay mais est également venu alimenter un débat de fond (et d’actualité) sur la question des violences sexistes et sexuelles dans les organisations politiques. L’enquête de Mediapart souligne ainsi des questionnements légitimes quant à la gestion de l’affaire en interne au PCF. Aujourd’hui c’est en partie cette gestion qui permet à Maxime Cochard et Victor Laby de pouvoir crier victoire sur les réseaux sociaux suite au classement sans suite, alors même qu’une telle décision ne signifie pas que la vérité a été établie et que Guillaume ne peut plus témoigner aujourd’hui.

Les deux hommes réclament désormais de pouvoir réintégrer leurs fonctions, pendant que les proches de Guillaume ont annoncé qu’ils s’exprimeraient dans les prochains jours. D’autres recours juridiques sont envisageables pour eux. De notre côté, nous continuerons de rappeler que la parole de Guillaume compte, que nous le croyons et d’exiger la vérité, pour lui et pour les autres victimes de violences patriarcales.



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