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Débats

Après le succès du 30 janvier

L’état d’urgence et les défis du Nouveau Parti Anticapitaliste

A droite toute. Voilà le slogan qui définit au mieux la politique actuelle du gouvernement et plus largement du champ politique institutionnel. L’instrumentalisation par le gouvernement des attentats de Paris a été poussée à son comble dans le cadre de l’état d’urgence et se heurte désormais à des premières expressions de contestation. Ce début de changement dans la situation met l’extrême-gauche face au défi d’œuvrer à la construction à la fois d’un mouvement unitaire d’ensemble et d’une alternative politique indépendante du gouvernement et de la gauche réformiste.

mercredi 3 février 2016

Restriction des libertés, délire sécuritaire, criminalisation des mouvements sociaux, lois racistes, escalade guerrière. En quelques mois seulement le gouvernement aura déployé un arsenal considérable de mesures réactionnaires, en profitant de l’émotion engendrée par les tueries odieuses du 13 novembre. Dans l’actualité immédiate, l’annonce d’une nouvelle prolongation de l’état d’urgence, ainsi que du projet de loi raciste sur la déchéance de nationalité, ou encore la condamnation récente de huit salariés de Goodyear à une peine de prison ferme, tissent le tableau. Mais dans ce tableau s’invitent aussi désormais des premières expressions consistantes de contestation.

Le 30 janvier, début d’un mouvement démocratique large ?

La journée de mobilisation contre l’état d’urgence et le projet de loi sur la déchéance de nationalité du 30 janvier a été un succès. A l’initiative de deux cadres unitaires larges, des dizaines de manifestations et rassemblements ont eu lieu partout en France et ont réuni plus de 40 000 personnes, avec le plus gros cortège à Paris, où entre 10 000 et 20 000 personnes ont manifesté sous une pluie battante. Sur certaines universités, des assemblées générales ont eu lieu, et les étudiants étaient fortement représentés dans les manifestations.

Seulement quelques jours après, une nouvelle échéance de rue a lieu ce jeudi 4 février en soutien aux 8 salariés de Goodyear, et devrait regrouper très largement le milieu syndical au sein duquel la condamnation à deux ans de prison dont 9 mois fermes suscite un émoi profond et une importante vague de solidarité. L’appel à la grève pour cette journée du 4 février de la part de la CGT RATP en est un exemple frappant.

Dans plusieurs villes, des collectifs unitaires locaux se sont mis en place pour organiser la journée du 30 où se pose objectivement la question des suites. La Confédération CGT a lancé également un appel à la constitution de comités locaux de soutien aux condamnés de Goodyear. Unifier ces comités, les multiplier dans les lieux de travail et d’étude et leur doter d’une activité d’explication et de mobilisation en vue d’une nouvelle journée d’action, et pourquoi pas de grève, pourrait permettre d’élargir cette contestation naissante et lui donner la perspective d’un grand mouvement contre l’état d’urgence et la criminalisation des mouvements sociaux.

C’est à cette tâche que devra s’atteler dans les prochaines semaines l’extrême gauche et le Nouveau Parti Anticapitaliste en son sein, en œuvrant à la construction d’un front large des organisations politiques, syndicales et associatives pour contrer l’offensive liberticide et antisociale du gouvernement.

Une alternative politique indépendante

En même temps, sur le plan politique, les derniers mois ont été aussi ceux de la faillite du Front de Gauche, dont les différentes composantes se sont pliées face au chantage à l’union nationale et ont voté la première prolongation de l’état d’urgence, se sont abstenues l’intensification des frappes aériennes en Syrie et en Irak, et ont même fait souvent liste commune avec le Parti Socialiste au deuxième tour des élections régionales.

C’est dans ce contexte que surgit la proposition de « primaires de toute la gauche », récemment reprise par les députés frondeurs du PS, et qui rajoute de la crise à la crise au sein d’un Front de gauche déjà très divisé sur une nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Face à ce que même certains de ses membres considèrent être la faillite du Front de gauche, il manque aujourd’hui une extrême-gauche forte, audible, capable de confluer avec une partie de ces milliers de jeunes et de salariés qui commencent à se mettre en mouvement, et de constituer avec eux une alternative politique indépendante des grands patrons, du gouvernement et de la gauche réformiste. C’est aussi la seule façon d’éviter qu’une partie, même minoritaire de notre classe, se tourne vers la démagogie réactionnaire du Front National.

C’est en quelque sorte l’enjeu de la Conférence Nationale du Nouveau Parti Anticapitaliste qui aura à trancher en mars prochain sur la politique du parti en vue des prochaines élections présidentielles. Trancher entre une énième version de la politique qui a conduit le NPA à une crise durable, celle des appels « unitaires » adressés à une gauche réformiste en pleine faillite politique, d’un côté, et celle d’une candidature indépendante autour d’un programme anticapitaliste et révolutionnaire. C’est à l’évidence la deuxième que nous aurions pour notre part voulu étendre à des organisations comme Lutte Ouvrière, qui correspond au mieux à la situation et aux défis qu’elle impose au Nouveau Parti Anticapitaliste et à l’ensemble de l’extrême gauche.




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