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A bas la Françafrique !

L’opération Barkhane se termine mais l’armée française continuera d’opprimer le Sahel

Ce mercredi, Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane à Toulon. Symptôme des difficultés de l’impérialisme français dans le Sahel, la « fin de Barkhane » ne signifie pas le retrait des troupes françaises de la région mais apparaît comme une tentative de camoufler leur bilan après près de dix ans d’occupation.

mercredi 9 novembre

Crédit photo : AFP

La principale opération extérieure française s’achève. « Nos interventions doivent être bornées dans le temps » a assuré le président de la République Emmanuel Macron mercredi à Toulon, en annonçant la « fin de Barkhane ». Après presque dix ans d’existence, « Barkhane » prend donc un point final, du moins sur la forme, puisque sur le fond, le chef de l’Etat compte bien maintenir ses troupes au Sahel.

Plus précisément, cette « officialisation », prémâchée par l’Elysée depuis la veille, de la fin de l’opération qui en 2014 avait pris la suite de Serval (2012) au Mali et Epervier (1986) au Tchad mais aussi au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger ne signifie pas que l’exécutif ait abandonné la « défense » de ses intérêts propres dans la région. En réalité, face aux difficultés rencontrées par ses dernières politiques, l’impérialisme français s’est décidé à recalibrer son intervention.

« Notre soutien militaire (aux Etats africains du Sahel) se poursuivra mais selon des modalités que nous définirons avec eux » a poursuivi Emmanuel Macron. En d’autres termes, plutôt que d’envisager un plan de retrait, le chef de l’Etat a décidé de parer la présence française militaire en Afrique de nouveaux vêtements. Ainsi, les troupes françaises déjà engagées au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon ou encore à Djibouti continueront à l’être. Au total, un contingent de plusieurs milliers de soldats sera maintenu au Sahel.

La manœuvre est double. Il s’agit d’une part de procéder à l’enterrement en catimini d’une opération qui aura multiplié les échecs et contribué à aggraver la situation sur place. La France qui prétendait sous couvert de lutte « contre le terrorisme » rompre avec sa tradition interventionniste, aura fait prospérer les groupes armés et participé à ethniciser le conflit, à grands coups d’exécutions arbitraires, d’humiliations et de sévices dont s’est rendu coupable l’armée française pendant près de 10 ans.

Il est question d’autre part, face au ressentiment légitime exprimé par les populations locales à l’encontre de l’ingérence française au Sahel et sur lequel prolifèrent aujourd’hui d’autres acteurs régionaux et internationaux (notamment la Russie et la Chine non sans contradictions) de tenter de redorer et de préserver ce qui peut encore l’être des positions de l’impérialisme français dans son pré-carré africain historique.

En février dernier, les tensions extrêmes entre les gouvernements français et maliens avaient déjà abouti au retrait des troupes de Barkhane et Takuba du Mali et à leur remplacement provisoire par les miliciens russes de Wagner (désormais rappelés sur le front Ukrainien). Début octobre, le coup d’Etat au Burkina Faso avait plongé à nouveau les militaires de l’opération Barkhane dans l’embarras : les nouvelles autorités se déclarant prêtes à travailler avec tout un ensemble d’acteurs, y compris d’autres puissances impérialistes occidentales, à l’exception de la France. La fin de Barkhane est un nouveau bond en avant dans la chute continue de l’impérialisme français en Afrique.

Mais cette « annonce » ne doit tromper personne. De fait les intérêts de la France dans ses anciennes colonies restent énormes, et les pays de la régions inféodés à l’ancienne Métropole à plusieurs titres (militaires donc mais aussi économiques). Plus que jamais, il faut (encore) le revendiquer : contre le pillage impérialiste du continent et les ingérences dans les Etats africains, troupes françaises et impérialistes hors d’Afrique !



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