^

Jeunesse

Sélection sociale et crise économique

"L’université ne sera pas épargnée par la crise qui s’annonce" : lettre aux professeurs de La Sorbonne

A l'université Paris 1, les étudiants ont obtenu une victoire sans précédent : aucune note en-dessous de 10/20 ne sera délivrée pour le second semestre. Cette victoire est le fruit d'une longue bataille contre la présidence, le gouvernement, mais aussi l'Ecole de droit de La Sorbonne. Cette dernière refuse d'appliquer les modalités d'examens décidées en CFVU et appelle à la "résistance". Nous relayons la lettre ouverte des élus Poing Levé aux enseignants et à l'EDS.

jeudi 7 mai

Depuis maintenant plusieurs semaines l’université Paris 1 est plongée dans une bataille qui oppose la Présidence à la majorité des étudiants. En pleine pandémie, nous, élu.e.s du Poing Levé, aux côtés de la quasi-totalité des organisations étudiantes, mais aussi avec l’appui d’un certain nombre de syndicats professionnels regroupant des professeurs et BIATSS de l’université, avons engagé le combat pour que cette année ne soit pas celle de la honte.

En effet, en pleine épidémie de Covid-19, alors que le monde fait face à une crise sanitaire et économique d’une violence inouïe, nous estimons que la seule politique juste est celle de ne pas faire payer le coût de la crise aux étudiant.e.s. Si nous souhaitons la validation de l’année pour toutes et tous, c’est parce que la jeunesse subit de plein fouet la situation, et que l’université est loin d’être épargnée.

Aujourd’hui, après plusieurs semaines de bataille, nous avons enfin obtenu que la CFVU vote le cadrage que nous avions rédigé. C’est une immense victoire pour l’ensemble des étudiants et enseignants. En effet, tous les partiels en dessous de 10/20 ne seront pas comptabilisés dans le calcul des moyennes du second semestre et les élèves qui auraient en dessous de 10 verraient la moyenne dispensée et le semestre validé.

Si nous écrivons aujourd’hui, c’est tout d’abord pour remercier tous ceux qui ont partagé cet objectif avec nous, mais c’est aussi pour appeler les directions d’UFR au respect de la motion ainsi adoptée. Alors que la présidence n’a cessé de bafouer les principes, déjà bien légers, de la démocratie universitaire, c’est au tour des enseignants de l’Ecole de Droit de la Sorbonne d’en appeler à la « résistance » et au contournement du cadrage. Les mêmes qui n’ont cessé de fustiger la « conjuration des médiocres » en criant à « l’illégalité » au nom du maintien de la « valeur du diplôme » n’hésitent pas, à nouveau, à afficher leur mépris de la décision prise par une instance compétente.

Loin d’être objectif, leur argumentaire est truffé de motifs idéologiques vieux comme le monde, qui divisaient déjà les universités à la suite des événements de mai 68. Ce qui se cache derrière une apparente joute juridique, c’est la défense consciente d’un projet pour l’université. Car si la valeur du diplôme est menacée, ce n’est pas en raison des modalités d’examen mais de l’immense vague de chômage et de précarité qui s’annonce avec la crise. En 2008, le taux de chômage des jeunes était passé de 14 à 22% et le chiffre de contrats précaires occupés par ceux-ci avait bondi pour atteindre 38%.

Notre combat n’a rien à voir avec la médiocrité : il s’agit d’empêcher que la crise sanitaire soit utilisée pour avancer plus encore dans la sélection des étudiants, qui reproduit et accroît les inégalités sociales. De fait, ceux qui ne peuvent pas réviser sont les mêmes qui continuent à remplir les rayons des grandes surfaces ou à livrer des repas à emporter. Pour les autres, il faut compter avec la faim - qui fait les titres des grands médias et qui n’a pu échapper à personne -, les logements insalubres, l’angoisse, la solitude.

Alors que nous avons connu une année marquée par la lutte contre la réforme des retraites, qui nous promet des retraites de misère, et contre la LPPR, qui vise à casser l’enseignement supérieur et la recherche, il est urgent de joindre le geste à la parole. Pendant des semaines, vous vous êtes mobilisés contre la précarité à l’université et son impact sur nos conditions d’étude. Nombre d’entre nous vous avons soutenu. Aujourd’hui, il est central que vous vous positionniez et permettiez l’application du 10 améliorable. Cette mesure est une victoire pour les étudiants, une tranchée contre la sélection, et un précédent important qui pose la question de la voix des étudiants dans l’université et du refus explicite du mythe d’une université épargnée par les profondes secousses qui s’annoncent. Tout ce qui fragilise le projet de soumettre l’université aux impératifs gestionnaires, aux injonctions à la sélection, aux règles du marché du travail, renforce ceux qui revendiquent une université au service de l’intérêt général. Alors que des voix s’élèvent depuis l’EDS pour appeler a désobéir à la décision de la CFVU, c’est à ce titre que vous devriez faire entendre votre voix.

Le Poing Levé




Mots-clés

Crise sanitaire   /    Crise économique   /    Coronavirus   /    Jeunesse   /    Université Paris 1   /    Sélection à l’université   /    Jeunesse