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Entretien

LGBTphobie, précarité et retraites : une aide-soignante trans témoigne

La nouvelle réforme des retraites promise par le gouvernement va condamner certaines catégories de travailleurs à des départs à la retraite très tardifs ou avec des pensions de misère. C’est particulièrement le cas des femmes ou des exilés, mais aussi des personnes LGBTI qui sont constamment confrontées à des discriminations au travail. Entretien avec une aide-soignante trans.

Matthias Lecourbe

13 janvier

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Crédits photo : AFP

La réforme des retraites promise par Borne va augmenter l’âge de départ à la retraite et les années de cotisations nécessaires pour toucher une retraite à taux plein. C’est une attaque majeure contre l’ensemble de la classe ouvrière, qui va avoir des conséquences terribles sur la vie des travailleurs exerçant des métiers pénibles qui risquent d’avoir le choix entre mourir avant l’âge de la retraite ou partir avec des pensions de misère.

L’avancement de l’âge de la retraite sera encore plus important pour les exilés ou pour les femmes qui ne parviennent souvent pas à avoir toutes leurs annuités avant l’âge de départ officiel et se retrouvent à devoir travailler jusqu’à 67 ans. Mais la réforme va aussi renforcer le poids de l’oppression que subissent les personnes LGBTI au travail, qui se traduit souvent par des périodes d’inactivité liées aux discriminations.

Les personnes trans en première ligne des discriminations à l’emploi

Selon une étude de l’Agence de l’Union Européenne pour les Droits Fondamentaux de 2012, 20% des personnes LGBTI disaient avoir été discriminées à l’embauche ou sur leur lieu de travail au cours des 12 derniers mois. Le taux de discrimination au travail sur l’année atteint jusqu’à 30% pour le sous-groupe des personnes transgenres. Ces phénomènes de discrimination peuvent être plus ou moins directs, mais peuvent forcer les personnes LGBTI à rester au chômage ou à prendre des arrêts-maladies sur des périodes parfois longues.

Anna, une femme trans aide-soignante témoigne pour Révolution Permanente : « Je travaillle dans un CHU, avec 10000 employés, on se fond facilement dans la masse. Quand j’ai commencé ma transition, ça a été plutôt bien accueilli dans mon service d’origine mais lors de la crise du Covid en 2020, on a dû partir dans d’autres services, et j’ai rencontré d’autres difficultés du fait que j’étais en pleine transition. J’avais annoncé ma transition il y a 5 ans et pendant toute ma transition j’ai beaucoup bougé dans l’hôpital. »

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Elle continue, expliquant que « dans un service j’ai subi des discriminations très pesantes, de la transphobie et de l’homophobie récurrente. J’étais vraiment pas loin de prendre un arrêt maladie, parfois je pleurais en fin de journée, et même parfois en journée j’étais à deux doigts de craquer face à des réflexions, des rires dans mon dos... J’étais sous anti-dépresseurs à l’époque et ça me fatiguait beaucoup, je tombais malade tout le temps et j’ai tenu parce que je pouvais compter sur un arrêt maladie prévu, lié à une chirurgie de transition pour me remettre. ».

« Des personnes trans qui se font tout simplement licencier lorsqu’on découvre qu’elles sont trans »

Pour Anna, la réforme des retraites risque d’avoir des effets dramatiques sur les personnes trans. Dans ce sens, elle détaille : « Franchement je ne me vois pas rester aide-soignante jusqu’à l’âge de la retraite. J’ai des collègues qui ont 63 ans, j’en ai une autre qui a 59 ans elles n’en peuvent plus physiquement et psychologiquement, c’est très dur, mais les pensions sont ridicules elles se sentent obligées de continuer jusqu’à 63 ans. À seulement 33 ans j’ai le dos et les genoux bousillés, je ne me vois pas continuer comme ça. Et en tant que personnes trans il y a plein d’obstacles qui retardent la retraite : pendant notre transition, on est parfois obligés d’arrêter de travailler à cause de la discrimination, ça a failli être mon cas. Mon encadrant ne peut pas s’empêcher de m’outer à chaque nouvelle personne qui arrive dans le service. Il n’y a pas de discrimination directe mais le changement d’attitude des personnes est pesant, ça me donne envie de quitter mon travail. »

« Mais je connais aussi des personnes trans qui se font tout simplement licencier lorsqu’on découvre qu’elles sont trans, les employeurs ont toujours des arguments concernant l’image de l’entreprise pour le justifier. Pour cette raison, beaucoup de personnes trans sont au chômage ou au RSA, très précaires... Tout ça s’ajoute au retard de la retraite. J’ai eu de la chance de trouver un travail parce que même ça c’est dur en tant que personne trans, mais j’ai peur de changer de travail, c’est difficile, et ça finit toujours par se savoir même en ayant changé de papiers. J’avais un temps plein et je suis passée à 80%, à cause des conditions de travail à l’hôpital, mais la transphobie y joue aussi un rôle. Des personnes commencent à me mégenrer quand elles découvrent que je suis trans, c’est pesant, et je suis passée à 80% pour me libérer un peu, mais ça aussi ça joue sur la retraite à long terme. »

Usée par les conditions de travail à l’hôpital public, auquel s’ajoute le harcèlement transphobe qu’elle subit, Anna, envisage de se reconvertir vers un métier moins pénible mais craint toujours d’être confrontée à des discriminations à l’embauche : « J’ai peur de ma reconversion professionnelle. J’ai postulé pour être conductrice de train à la SNCF et je n’ai pas annoncé ma transidentité parce que c’est personnel mais je vais devoir le révéler à la visite médicale, et on ne sait jamais sur qui on va tomber. Même si il y a des directives « inclusives », si la personne a un fond de pensée transphobe, elle va vous mettre des bâtons dans les roues d’une façon ou d’une autre. J’ai fait les 6 étapes sur 8 du recrutement à la SNCF et je n’ai plus de réponse depuis quelques mois. Il se passe sûrement plein de choses chez eux qui expliquent ce retard, et je n’aime pas avoir ce genre d’idées, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est peut-être parce que je suis trans, parce que ça arrive tellement souvent ! Si je cherche du travail ailleurs, même si je ne dis rien, je peux être exposée à de la transphobie qui a un impact sur ma vie professionnelle et en dernière analyse sur ma retraite. »


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