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La BAC : des jeunes des quartiers populaires aux Gilets Jaunes

Des quartiers populaires aux Gilets Jaunes, cette unité de police se comporte comme des "chasseurs" dans une "jungle".

lundi 4 mars

Récemment revenu sur le devant de la scène médiatique avec le mouvement des Gilets Jaunes, les pratiques barbares de la BAC s’exposent désormais, bien au-delà des quartiers populaires. Il y a quelques jours encore, dans la nuit de samedi à dimanche, deux jeunes de 17 et 19 ans ont trouvé la mort dans un accident de scooter en cherchant à fuir cette unité de police ; dans le même quartier du Mistral à Grenoble, un jeune aurait été éborgné, probablement des suites d’un tir de LBD. Ce drame n’est pas sans rappeler la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, marquant le début des émeutes de 2005, causant 4 morts et 2 921 personnes interpellées.

Pour saisir cette “militarisation de la force publique” pour reprendre les mots de Didier Fassin, auteur de La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers, il n’est pas sans intérêt de revenir sur l’histoire de cette Brigade Anti-Criminalité. Ses pères fondateurs, qui lui donnèrent naissance pour la première fois en 1971 à Paris, en banlieue, puis sur tout le territoire français en 1994, sont Pierre Bolotte et Charles Pasqua. Ce dernier est l’un des créateurs du Service d’Action Civique, la milice privée du Général De Gaulle. Quant à Bolotte, il avait “fait ses preuves” auprès de l’Etat français en tant que haut fonctionnaire aux colonies en Guadeloupe en réprimant violemment les émeutes de mai 67, causant des dizaines de morts. La guerre d’Algérie n’est jamais loin.

Des pratiques de ces brigades, concentrées arbitrairement sur ces territoires ciblés, rappellent des schémas hérités tout droit d’un passé colonial. Comme le rappelle Didier Fassin dans Mediapart : "les territoires ciblés par la police, notamment les zones urbaines sensibles (ZUS), n’ont pas des taux de criminalité et de délinquance supérieurs au reste de l’agglomération dans laquelle elles se situent. Le ciblage sur ces quartiers n’a pas de raison d’être du point de vue de la sécurité publique.” Il poursuit, révélant derrière cette contradiction, l’une des véritables missions de la BAC, maintenir un ordre politique raciste, héritage du colonialisme : “C’est une situation étonnante, sauf à considérer que l’objectif n’est pas d’ordre public, mais d’ordre social.

C’est cette dernière fonction qui s’est exercée, non plus seulement dans les cités mais également à l’encontre du mouvement des gilets jaunes. Débordé par le niveau de radicalité de ce mouvement de masse, l’Etat s’est vu dans l’obligation de mobiliser la BAC, qui transpose son « savoir-faire » à la répression du mouvement social en général.

Lors du mouvement, la BAC s’est ainsi illustrée, aux côtés de la BRI à l’intérieur des DAR (Détachement d’Action Rapide). Ces détachements, mobilisant des techniques de "maintien de l’ordre" issue de l’expérience dans les quartiers populaires, là où l’impunité des forces de répression règne, ont été constitués suite au changement de dispositif après la journée du 1er décembre. Ce sont eux, précise Le Monde dans un article, « qui utiliseraient le LBD à outrance. (...) Ce sont des agents, précise le journal, qui sont issus d’unités davantage habituées à gérer des émeutes en banlieue que des situations de maintien de l’ordre, explique une source policière haut placée. Le problème pour eux, c’est que quand ils tirent au LBD dans les quartiers, ce n’est pas filmé sous tous les angles, et les personnes visées ne viennent pas se plaindre devant les caméras. »

Des unités qui, des quartiers populaires aux Gilets Jaunes, se comportent comme des « chasseurs » dans une « jungle » . Une même répression qui appelle à se rassembler dans un même front.

Crédits photo : © AFP Jacques Demarthon




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