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Politique

La solution au chômage, ce n’est pas la négociation, mais un travail pour toutes et tous !

La CGT pour un code du travail plus « protecteur », chiche ? Grève nationale le 9 mars !

Damien Bernard Alors que la mobilisation du 9 mars est désormais actée dans les consciences, sous l’impulsion notamment d’organisations de la jeunesse, de fédérations de syndicats combatifs, et de salariés, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a présenté ses propres propositions de réforme. A la loi Travail, il oppose la baisse du temps de travail et le renforcement pour les syndicats des conditions de négociations avec le patronat. Mais par-delà la négociation pour un véritable « dialogue social » qui nourrit le fond de ces propositions, on est en mesure de se poser la question suivante : la CGT se donne-t-elle réellement les moyens de ses très timides « ambitions » ?

mercredi 2 mars 2016

La semaine de 32h, droit à la déconnexion, réaffirmation du principe des accords majoritaires, négociation en lieux neutre, nouveau statut du salarié, telles sont les propositions de la CGT. Celles-ci visent à opposer à la loi El Khomri un train de contre-propositions, pour un code du travail « plus solide pour tous les travailleurs ». « La loi El Khomri propose des recettes qui existent depuis 30 ans. Le chômage a-t-il augmenté ou baissé avec ces mesures ? Il a augmenté. On prend les mêmes recettes, et on a le même résultat », a lancé le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez au micro d’Europe 1 lundi.

La semaine des 32 heures ? Mille fois oui, mais la question c’est comment ?

Alors que le gouvernement et sa loi El Khomri visent à augmenter le temps de travail, jusqu’à 60 heures dans certains cas, la CGT ressort de son chapeau sa mesure phare : celle de la baisse du temps de travail. Elle insiste ainsi sur la mise en place de la semaine de 32 heures au lieu de 35 et l’encadrement « rigoureux » des heures supplémentaires. Déjà en octobre dernier, Philippe Martinez affirmait qu’une application stricte des 35 heures pourrait permettre de créer 2 millions de poste et que 2 millions d’emplois supplémentaires pourraient être créés en passant à quatre jours de travail par semaine.

Certes, nous ne pouvons que souscrire à cette proposition de la CGT. A salaire égal et couplé au partage du temps de travail pour profiter à toutes et tous, avec la fin de la précarité, l’interdiction des licenciements, et la nationalisation sous contrôle des salariés des secteurs clés de l’économie, c’est la seule solution qui puisse réellement contrer le chômage de masse, alors même que leur système capitaliste est en crise. En face, le gouvernement et sa loi Travail visent, en encourageant les « accords d’entreprise » et par la facilitation des « licenciements », à augmenter considérablement le temps de travail à salaire égal. En réalité, cette loi vise à un démantèlement généralisé les 35 heures, pourtant déjà bafouées, à travers la suppression des RTT dans certaines entreprises par exemple. De la semaine des 35 heures, la direction d’une entreprise pourra, à travers les accords d’entreprise, fixer une augmentation de temps de travail au salarié le pistolet sur la tempe, moyennant chantage à l’emploi.

Cependant, bien que nous partagions ce mot d’ordre de la semaine à 32 heures, nous ne pouvons qu’interpeller la CGT sur les moyens mis en œuvre pour l’imposer au gouvernement et au patronat. En effet, bien que pressé par sa base, la CGT n’a pas appelé à une grève nationalement, le 9 mars, préférant se rallier timidement en appelant à « des initiatives multiples dans les entreprises » tout en invitant les salariés à « participer aux rassemblements et manifestations unitaires en construction ». Ainsi, nous ne pouvons que nous interroger sur l’attentisme de la CGT. Avant de parler de la baisse du temps de travail à 32 heures, comment imposer le retrait total du texte en appelant à de simples « initiatives multiples » le 9 mars ? Alors qu’il s’agirait d’appeler à une grève nationale pour être réellement en mesure d’opposer un recul définitif au gouvernement !

Cela est d’autant plus possible qu’un bon nombre de fédérations et de syndicats, comme la CGT PSA, ont d’ores et déjà posés de multiples préavis de grèves, certains syndicats interpellant directement Martinez, comme l’illustre la lettre ouverte de la CGT Archives à ce dernier. Ainsi, ce ne sont pas par les effets d’annonce pour la baisse du temps de travail à 32 heures que l’on fera reculer ce gouvernement, mais bien par nos méthodes de lutte et un véritable calendrier de grève et de mobilisations, la grève du 31 mars ne suffisant pas.

Non au nouveau statut : opposons un contrat qui permette un travail pour toutes et tous !

Alors que Martinez ne se donne absolument pas les moyens de ses ambitions sur la question des 32 heures, le secrétaire de la CGT veut « bâtir un Code du travail plus fort, plus solide pour tous les travailleurs d’aujourd’hui, plus engageant parce que sans surprise pour les employeurs ». Pour cela, la CGT propose un « Nouveau statut du travail salarié » (NSTS) qui serait un « socle » de droits « cumulatifs, progressifs et transférables » d’une entreprise à l’autre, d’une branche à l’autre, de la sortie du système scolaire à la fin de la carrière professionnelle. On pourrait notamment faire une analogie de cette proposition avec le compte personnel d’activité, attaché à la personne et non au statut, que propose la CFDT et le projet de loi El Khomri.

Tandis que le gouvernement nous oppose la « précarité pour tous » pour régler la question du chômage, la proposition de la CGT, plutôt que de nous unir face à la division imposée entre salariés en CDI « protégés », et « chômeurs », nous individualise. Face à cette fausse solution, que la CFDT aurait bien pu proposer, le seul contrat qui vaille pour les salariés, les précaires, les intermittents, les auto-entrepreneurs, les agriculteurs en colère, c’est un travail stable pour toutes et tous, avec un salaire indexé sur l’inflation.

Rompre définitivement avec le « dialogue social ». En grève le 9 mars !

Dans ses propositions, la CGT ne remet pas en cause les « accord d’entreprise », mesure pourtant phare, que gouvernement et CFDT de concert plébiscitent. Martinez veut conserver le principe de l’accord majoritaire : tout accord collectif doit être reconnu valide par la signature d’organisations représentatives ayant recueilli plus de 50% des voix aux élections professionnelles. Les accords d’entreprise dérogatoires prévus dans le projet de loi El Khomri « n’ont pas lieu d’être car ils font dépendre les droits et garanties collectives des salariés du rapport de force existant au niveau d’une branche et, de plus en plus, au niveau de l’entreprise » selon la CGT.

Pourtant, ces « accords d’entreprise » que le gouvernement souhaite généraliser, sont déjà à l’œuvre dans certaines d’entre elles. Et ce par exemple à Smart Hambach, où après le refus par référendum de 61% des salariés de passer à 39 heures, payées 37, la direction a sorti l’arme lourde. Ce n’est plus avec un couteau sous la gorge, mais avec un pistolet sur la tempe, qu’elle a fait chanter individuellement tous les salariés. Des avenants individuels au contrat de travail leur ont été distribués, avec 8 jours pour les accepter ou les refuser. Les arguments de la direction étaient sans équivoque. Si tous « les avenants n’étaient pas signés, au 1er janvier 2017 ils fermeraient l’entreprise ». Ainsi qu’il s’agisse d’accords majoritaires à 30% ou à 50%, cette différence de degré, le patronat peut s’en accommoder par toute sorte de stratagèmes, chantage à l’emploi à l’appui.

Donc non il n’y a rien à négocier ni avec le gouvernement ni avec le patronat. Il ne s’agit pas non plus de réclamer un « lieux neutre » pour discuter avec le MEDEF de la découpe de l’assurance chômage, ou des retraites complémentaires. Un changement de lieux ou même d’interlocuteur ne changera rien à l’affaire. Ainsi l’ensemble des propositions de Martinez révèlent une logique d’un retour au « dialogue social », comme au début du quinquennat.

Mais il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui souhaitent, d’autant plus aujourd’hui avec la loi Travail, remettre en cause l’ensemble des acquis du mouvement ouvrier, fruit de dizaines d’années de luttes. La seule réponse qu’on puisse attendre de la CGT et de Martinez, c’est qu’elle applique non seulement le mandat des salariés, des syndiqués, des fédérations et syndicats en lutte, mais qu’elle propose un véritable plan de bataille pour opposer un recul au gouvernement. Le 9 mars en grève !




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