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Politique

Interview

La Courneuve. Des parents s’organisent : « nous voulons un droit de contrôle dans les écoles »

A la Courneuve, en réaction à la réouverture progressive des écoles à partir du 11 mai, des parents d’élèves se sont organisés pour exiger leur intégration dans le processus de réouverture. Ils exigent un droit de regard et de contrôle sur l’application des mesures sanitaires. Révolution permanente a interrogé Youssef, un des parents d’élèves.

mercredi 13 mai

 Crédits photo : AFP / Loic VENANCE 

Révolution Permanente : Est-ce que tu pourrais nous raconter la situation quant à la réouverture des écoles à la Courneuve ?

Youssef : A la Courneuve nous avons un maire du PCF, Gilles Poux, on pensait qu’il serait signataire, au côté des près de 350 autres maires d’Ile de France, de la pétition exigeant le report de la réouverture des écoles. Pour nous c’était naturel. Mais à la suite du passage d’Emmanuel Macron, il y a une quinzaine de jours, il a annoncé vouloir rouvrir les écoles.

Nous, les représentants des parents d’élèves, étions très étonnés et donc nous l’avons un peu bousculé sur les réseaux sociaux. On lui a demandé comment cela se faisait que cette décision ait été prise sans que nous ayons été consultés. On a eu le droit à une réponse avec l’organisation d’une réunion en visioconférence. On a tous été invités, on pensait pouvoir donner notre avis. Mais tout était déjà acté. L’ouverture des écoles était déjà organisée, la mise en place du protocole sanitaire était déjà prévue.

Révolution Permanente : Comment vous avez réagi à l’annonce de cette décision ?

Youssef : Déjà il faut savoir qu’à la Courneuve, en tant que représentants des parents d’élèves, on a déjà du mal à obtenir du savon ou des fontaines d’eau. Et si plusieurs écoles ont été rénovées ces dernières années, d’autres sont pratiquement en ruines. Alors on a interpelé le maire, on lui a demandé comment il comptait réussir à mettre en place le protocole sanitaire alors même qu’il n’arrive pas à avoir assez d’agents pour faire le ménage, à avoir du savon, des fontaines à eau.

Nous nous sommes donc positionnés contre la réouverture des écoles. On sait qu’il y a des enfants en décrochage, des enfants qui ont besoin d’aller à l’école assez rapidement mais dans ces conditions ça n’est pas tenable. Mais le maire a refusé d’écouter nos propositions. Il nous a dit prendre la responsabilité de la réouverture. Nous avons alors revendiqué un rôle dans prise de décision, qu’il nous intègre à la décision. Nous les parents d’élèves et les Courneuviens nous devons avoir le droit de donner notre avis, de participer à la mise en place de la réouverture et de ses mesures sanitaires. Les Courneuviens sont majoritairement opposés à la réouverture mais on n’a pas été pris en compte.

On a donc dans un premier temps été écarté de la décision, comme ils ont l’habitude de le faire. On a donc commencé à s’organiser entre parents d’élèves et délégués des parents d’élèves. On a monté une discussion WhatsApp pour se regrouper dans laquelle il y a une cinquantaine de délégués des parents d’élèves. On a écrit plusieurs lettres au maire, dont une lettre ouverte pour revendiquer notre droit à contrôler la mise en place du protocole sanitaire et avec une série de revendications. On a également noué des liens avec certains professeurs qui sont contre cette rentrée précipitée. Dans notre groupe de délégués des parents d’élèves il y a des instituteurs

Révolution Permanente : Quelles sont vos exigences pour une réouverture des écoles ?

Youssef : Nous avons envoyé une liste de questions au maire. Pour lui la sécurité va être au rendez-vous. Nous on sait que ça ne sera pas le cas. Mais pour nous le plus important c’est que nous soyons des acteurs de la mise en place de la réouverture. A la rentrée on veut être là pour contrôler les mesures de sécurité, pour voir si nos enfants sont en sécurité.

On ne lui fait pas confiance sur ce point. A la Courneuve tous les ans des agents de la maternelle ne sont pas remplacés. Il manque du personnel. Tous les syndicats appellent chez nous à ne pas travailler, à ne pas rouvrir les écoles. Mais le maire met la pression sur les vacataires, sur les contractuels pour qu’ils viennent travailler à la place des agents municipaux qui refusent de prendre leur poste parce qu’ils veulent garder leurs enfants. En même temps il met la pression au service des Sports, qui n’est actuellement même pas en mesure de nettoyer ses locaux, pour qu’ils viennent en renfort. On n’a pas les moyens humains, pas les moyens financiers, ils font du bricolage.

Dans l’école où je suis parent d’élève, il devait y avoir une rentrée pour 60 élèves. Mais les instituteurs nous ont prévenu qu’ils ne pourraient accueillir que 15 enfants faute de personnel suffisant pour nettoyer les locaux.

Révolution Permanente : Quelle a été la réaction du maire ?

Youssef : Hier, après trois jours de négociations et de campagnes sur les réseaux, le maire a accepté de nous faire visiter une école « témoin », l’école Louise Michel, qui était restée ouverte pendant le confinement, pour les enfants de pompier, de docteurs, … C’est une école qui tourne déjà avec le protocole. Mais cela ne résout en rien le problème, nous savons très bien qu’ils nous feront visiter une école modèle. Nous ce que nous voulons c’est un droit de contrôle sur les autres écoles. Mais l’accès aux écoles est interdit pour les parents, selon les règles mêmes du protocole. Nous n’avons pas de droit de regard, ils sont les seuls à pouvoir contrôler un protocole qu’ils ont eux-mêmes mis en place.

Mais aujourd’hui nos revendications ont finalement été entendues. Nous avons finalement appris du maire que nous aurions le droit de contrôler chaque école, que nous aurions un droit de regard sur la mise en place du protocole sanitaire. C’est une grande victoire pour nous.

Des enfants et le personnel municipal vont être mis en danger. Dans le 93 on est toujours dans le rouge, des personnes meurent toujours du virus. Mais avec l’association de parents d’élèves qu’on a monté si le maire avait continué à nous refuser un droit de contrôle, nous l’aurions pris tout seul. Et jeudi prochain, nous serions allés devant les écoles pour demander à rentrer. Et si la réponse était négative on aurait réagi, peut être qu’on aurait bloqué les écoles. On se serait organisé par rapport à cela.




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