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Culture et Sport

Coupe du monde féminine mais patriarcale

La FIFA ou la censure des messages féministes

Après l'exclusion samedi de deux supporters à cause des slogans imprimés sur leurs tee-shirts : « Laisser les femmes iraniennes rentrer dans les stades » et « pas forcées à porter un hijab », la FIFA « regrette », et définit l'égalité hommes-femmes comme une priorité. Belle hypocrisie quand sont expulsés des stades tous les signes de la lutte pour l'IVG.

lundi 24 juin

Crédit photo : DR

Nouveau « scandale » dans les gradins de cette décidément très politique Coupe du Monde de foot féminin. Après l’interdiction d’accéder au stade pour assister au match France / Argentine à des supportrices vêtues de vert ou portant des foulards à la couleur de la lutte pour le droit à l’avortement en Argentine il y a quelques jours, ce sont de nouveaux tee-shirts qui ont posé problème au service de sécurité à l’occasion du match Canada/Nouvelle-Zélande samedi dernier.

En effet, lors de ce match qui a vu s’imposer les Canadiennes 2 à 0 face à l’équipe de la Nouvelle-Zélande, c’est un autre événement, intervenu avant même le coup d’envoi, qui a fait parler de lui. Dans les gradins, quelques minutes avant le début du match, deux supporters iraniens se sont ainsi vus aborder par un agent de la sécurité, qui leur a demandé de quitter le stade. La raison ? Des slogans dérangeants arborés sur leurs tee-shirts : « Pas forcées à porter un hijab » et « Laisser les femmes iraniennes rentrer dans les stades ». Ces messages évoquent l’interdiction pour les femmes, depuis la révolution islamique de 1979 en Iran, d’assister aux événement sportifs masculins. Cela les contraint à se déguiser en homme pour pouvoir entrer clandestinement dans les stades ou à se heurter à des portes solidement fermées lors de toutes les rencontres. Des milliers d’Iraniens se mobilisent contre ce règlement à travers le mouvement OpenStadiums.

Hypocrisie de la FIFA qui « regrette » cette censure d’une revendication « sociale »

Si les agents de sécurité, à l’image de ce qu’ils avaient fait pour les militantes pour le droit à l’IVG, se sont empressés de reconduire ces supporters embarrassants vers la sortie, la FIFA a ensuite communiqué dans le sens contraire au micro de France Info, exprimant même son « regret » que des personnes demandant l’égalité entre les hommes et les femmes aient été exclues : « Le message permettant aux femmes d’accéder aux stades de football en Iran est une affaire sociale et non politique. On n’aurait pas dû demander à ces supporters de retirer leur tee-shirt ou de quitter le stade. ». « La promotion de l’égalité des sexes est une priorité […], [elle] fera de son mieux pour que de telles situations ne se produisent pas lors de prochains matchs de la compétition ».

L’égalité entre les hommes et les femmes n’a rien de politique, donc, pour la direction de la FIFA. Pourtant lorsque celle-ci interdit le port de foulard ou tee-shirt vert (couleur symbolique de la lutte pour le droit à l’IVG en Argentine) dans le stade, c’est un acte politique. Le football est politique ; la FIFA fait de la politique. Lorsqu’elle vend la coupe du monde au Qatar qui utilise des esclaves pour construire les stades, Infantino et le ponte de la FIFA regardent ailleurs. Pour eux, réclamer que les stades soient ouverts aux femmes iraniennes est acceptable, tandis que la lutte pour l’IVG ne l’est en aucun cas.

Une censure aussi politique que les luttes qu’elle tente d’étouffer

Comme quoi, il ne suffit pas de « promouvoir » le football féminin pour s’improviser féministe ou progressiste ! Et c’est sans maquiller son hypocrisie que la FIFA le montre, dans une démonstration teintée d’islamophobie et d’impérialisme. Plus que le coté « social », c’est le coté « consensuel » de la lutte pour l’égalité aux yeux des pays impérialistes, qui est défendu par la FIFA. De plus, il n’est pas anodin de dénoncer l’Iran dans cette période où la tension avec les USA est à son comble. C’est ainsi sans trop se mouiller qu’est fait le choix d’une part d’accepter des messages portant sur des lois liberticides pour les femmes édictées par un régime islamique, mais d’autre part d’étouffer les luttes féministes comme celles pour le droit l’avortement.

En effet, défendre ces deux supporters samedi, c’est ici fustiger la législation de l’Iran, sa politique vis-à-vis des femmes, soulignant le coté réactionnaire de ce pays du Moyen-Orient et, en filigrane, de l’Islam. En revanche, le droit à l’avortement est encore contesté aux femmes dans de très nombreux pays du monde – notamment en Argentine. Et même s’il est légal dans certains pays, il y reste très polémique, difficile à obtenir dans les faits, et constamment remis en question, que ce soit par des politiques (notamment aux États-Unis), des manifestations réactionnaires type « Marche pour la vie » en France, ou encore par les hauts représentants de la religion catholique, avec par exemple les dernières déclarations du pape comparant l’IVG à l’action de « tueurs à gage ». Ainsi, c’est sans surprise à l’Iran que la fédération choisit de faire la leçon, tout en couvrant le pouvoir argentin qui continue d’interdire l’IVG, face à une mobilisation immense.

Ne laissons pas censurer nos luttes : à bas le patriarcat !

Ce nouvel incident montre bien la tension des responsables de ce grand moment médiatique qu’est, pour l’une des première fois, la Coupe du Monde de football féminin. En ces temps politiques assez mouvementés et surtout à l’heure d’une nouvelle vague des mobilisations massives des femmes dans de nombreux pays, la FIFA, organisatrice de l’événement est à l’affût, pour éviter tout incident, toute mise en lumière des luttes ouvertes pour les droits des femmes contre les différents gouvernements et leurs politiques réactionnaires. Cela s’illustre par un service de sécurité sur le qui-vive, constamment prêt à censurer le moindre message politique qui pourrait être repéré et relayé.

Face à ces politiques conservatrices et réactionnaires, aux entraves aux droit des femmes, et à toutes les manifestations du patriarcat, nous n’avons pas à choisir celles qui sont le plus ou le moins acceptables. S’il est juste – et politique, n’en déplaise à la FIFA ! – d’exiger l’ouverture des stades de foot pour les femmes, il est urgent d’obtenir le droit à l’avortement, le droit à disposer de son corps. Il n’y a pas un coté politique et un coté social du patriarcat ! Il n’y a pas non plus de formes d’oppressions qui seraient tolérables ou à passer sous silence !

N’en déplaise à la FIFA, nous continuerons à nous battre, dans les stades de foot et partout ailleurs, pour une émancipation totale des femmes et pour la mise à mort du patriarcat.




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