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La Troïka veut humilier Syriza

La Grèce à la croisée des chemins

Josefina L. Martinez La Troïka fait pression sur le gouvernement grec pour qu’il mette en place plus de coupes budgétaires et Tsipras se trouve piégé. Parallèlement, la fuite des capitaux se poursuit tandis que la date limite pour arriver à un accord s’approche. Quels sont les scénarios les plus probables pour la Grèce ?

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« L’Europe doit sauver la Grèce pour se sauver elle-même », affirmait ce lundi Timothy Garton Ash dans The Guardian. Dans son article il avance qu’il existe actuellement deux visions dangereuses concernant la Grèce au sein des pays du nord du continent. La première consiste à dire que ce jeu du « chat et de la souris » entre la Grèce et l’Allemagne, en dernière instance, finira forcément avec un compromis. La seconde vision estime elle que même en cas de sortie de la Grèce de la zone euro, cela ne serait pas si grave.

Face à ces « illusions dangereuses », le journaliste britannique considère que le risque d’un Grexit est toujours présent, et peut-être moins éloigné qu’on pourrait se l’imaginer. Concrètement, il fait référence à la fuite des capitaux des banques grecques qui continue, et à la nécessité pour le gouvernement de mettre en place un contrôle de ces capitaux pour éviter une faillite complète.

Mais même dans le cas où les autres économies européennes pourraient résister aux conséquences d’un tel scénario, les risques sont posés pour le long terme. En premier lieu, la majorité de la population de Grèce subirait une chute drastique du niveau de vie, alors que celui-ci a déjà chuté de 30% doit-on rajouter. Le journaliste, lui, prévient que « mis à part un miracle, cela aurait pour conséquence la formation d’un nouveau gouvernement plus radical, populiste et nationaliste, qu’il soit de gauche ou de droite ».

Sur le plan géopolitique, cette situation pourrait amener la Grèce à s’appuyer davantage sur de « nouveaux partenaires » comme la Russie ou la Chine, qui ont déjà les yeux rivés sur le pays, ainsi que des affaires importantes en cours avec lui.

Le correspondant économique du Financial Times en Grèce, Ferdinando Giuliano, a également consacré dimanche dernier un article analysant les risques d’un scénario impliquant le contrôle des capitaux. Il pointe que la situation de la Grèce se rapproche plus de la fin chaotique de la parité entre le peso argentin et le dollar que de celle du contrôle « ordonné » de capitaux à Chypre en 2013.

Le journaliste du Financial Times passe alors en revue la situation de l’Argentine en 2001, quand on fut mis en place le « corralito » (contrôle rigide des mouvements de capitaux) qui a provoqué une dévaluation soudaine de la monnaie nationale. Il affirme que cela peut prendre des années pour que les investisseurs fassent à nouveau confiance à la Grèce après un tel évènement. Cela pourrait condamner l’économie à une longue paralysie.

Ambrose Evans-Pritchard, écrit dans The Telegraph que l’aile gauche de Syriza exige un défaut « à l’islandaise » sur sa dette, alors que le bras de fer grec devient de plus en plus compliqué. Face à la vision « rassurante » qu’en fin de compte Syriza finira par adopter toutes les exigences de la Troïka, il cite les déclarations de plusieurs ministres grecs qui, pendant le weekend, ont affirmé qu’il n’y aura pas d’autres réductions de retraites et de salaires, ou d’augmentations de la TVA pour l’électricité. Il pense que le gouvernement doit arriver à un compromis qui soit acceptable par le parlement et ainsi maintenir une certaine stabilité.

Tous ces analystes coïncident sur le fait qu’au point où se trouvent les négociations, il n’est pas souhaitable pour l’UE de forcer une sortie de la Grèce de la zone euro avec des exigences qui soient complètement inacceptables par le gouvernement grec, comme la question des pensions et des salaires. Pour eux, il faudrait plutôt chercher d’autres voies pour appliquer des coupes budgétaires.

Pourquoi la Troïka insiste-t-elle autant sur la nécessité de couper les pensions grecques ?

La porte-parole de la politique économique de la Commission européenne, Annika Breidthardt, a défendu lundi les propositions de la Troïka, précisant, que,« Pour éviter tout malentendu il faut dire que c’est un grand travestissement des faits que d’affirmer que les institutions ont exigé des coupes dans les retraites individuelles ». La réforme visera « l’élimination progressive des retraites anticipées, pour prolonger l’âge de départ à la retraite et empêcher les encouragements incorrects à prendre une retraite anticipe ».

Quant aux salaires, elle a reconduit l’euphémisme sur la « modernisation » pour parler des coupes, en affirmant que les « institutions ne sont pas en train de demander de nouvelles coupes dans les salaires » mais une « modernisation des catégories salariales du secteur public et un maintien des pratiques salariales dans le secteur privé, en accord avec les meilleures pratiques internationales en prenant en compte le taux élevé de chômage ». Enfin, elle a déclaré que « Cela n’implique pas nécessairement des coupes dans les salaires mais plutôt de les aligner avec la productivité et les nécessités de compétitivité de l’économie grecque ».

Autrement dit, les propositions de la Troïka (au-delà de la façon de les présenter) impliquent une coupe dans le système de pensions, le blocage de toute augmentation réelle du salaire et son indexation sur productivité, des attaques contre les droits des négociations collectives, en enfin une augmentation de la TVA.

Si le gouvernement grec venait à accepter toutes ces exigences, cela signifierait une capitulation totale et le mettrait dans une situation politique plus que délicate avec, le risque de perdre le soutien d’une grande partie de ses votants devenant majeur. Et cela, cinq mois seulement après son arrivée au pouvoir. Mais en même temps s’il ne cède en rien, la possibilité est celle de l’explosion de l’accord, la réalisation du scénario de défaut et la fuite massive des capitaux. Telle est la croisée des chemins face à laquelle se trouve le gouvernement grec.

Mais c’est sa stratégie de « pression amiable » sur la Troïka, l’orientation consistant à accumuler les concessions en vue d’atteindre un « accord satisfaisant », qui a mis le gouvernement grec dans un tel dilemme. La Troïka en profite pour continuer de forcer jusqu’à l’extrême limite ses exigences afin d’obliger le gouvernement de Tsipras à une plus grande capitulation politique (ce qui a commencé avec l’accord du 20 février dernier).

D’autres facteurs politiques plus généraux interviennent. Les victoires des candidatures de la « gauche radicale » dans les principales villes de l’Etat Espagnol lors des élections du 24 mai dernier et une possible défaite du Parti Populaire (PP – droite) lors des élections générales, « accélèrent les temps » pour les institutions. C’est pour cela que « laisser tomber » la Grèce pour « en faire un exemple » n’est pas une option qui peut être écartée, même si ce n’est pas celle qui est la plus privilégiée.

Il est fort probable que lors des prochains jours ou semaines Tsipras fasse de nouvelles concessions de nature à faciliter la signature d’un nouvel accord confirmant la soumission économique et politique du pays à la Troïka. Cependant, l’alternative plus catastrophique ne peut pas être exclue. La nécessité d’une mobilisation indépendante qui mette au centre la question du non-paiement de la dette et un véritable programme à destination des travailleurs et des classes populaires pour faire face à la crise continuent de ce fait d’être des plus urgents.

16/06/15


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