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Politique

L’art de manier la matraque

La Macronie veut relégitimer les forces de répression face à la colère sociale

Budget, déclarations, prises de position… Dans le discours et dans les actes, la Macronie a décidé de choyer la police, la justice et l’armée. Une tentative de relégitimer l’arsenal judiciaire et répressif, pour mieux appliquer ses contre-réformes, à coups de matraque s’il le faut.

jeudi 26 septembre

« Avec la réforme des retraites, il y a là de quoi faire sauter plusieurs gouvernements » déclarait Michel Rocard en 1991. Mais Macron, lui, est bien décidé à mener cette réforme structurelle jusqu’au bout, en dépit de la colère sociale qui s’amplifie – en témoigne l’appel à la grève illimitée dans des secteurs du transport à partir du 5 décembre. Et pour cela, le gouvernement essaie de manier la carotte et le bâton. Surtout le bâton.

Car la mobilisation des Gilets jaunes a révélé la faiblesse d’un gouvernement n’ayant rien de jupitérien, un gouvernement délégitimé qui avait comme seule réponse à apporter à une révolte légitime la répression policière et les lourdes condamnations judiciaires. Un gouvernement impuissant qui, sans réussir à s’assurer le consentement et la passivité de pans entiers du monde du travail et de la jeunesse, a choisi la solution de la force. Au risque de délégitimer également l’institution policière à ses ordres, comme l’attestent les réactions qui ont suivi l’opération de « maintien de l’ordre » qui a conduit à la mort de Steve en juin dernier.

D’abord, il y a le retour aux vieilles recettes, le « j’ai changé » de Macron qui joue la temporisation, remâche le grand débat et les concertations pour donner l’illusion qu’il se préoccupe un tant soit peu de ce que souhaite la population. Une opération séduction pour lui, qui s’est trouvé fortement affaibli après l’année écoulée.

Mais il y a aussi et surtout une large tentative de relégitimer les institutions coercitives, dans le discours et dans les actes. Ainsi, Castaner a annoncé au micro de RTL qu’il allait poursuivre Mélenchon en justice pour ses propos sur les policiers « barbares », alors que le syndicat Alliance appelait à manifester devant le siège de la France insoumise.

C’est avec la même logique que ce même ministre était intervenu en déclarant sur le plateau de BFMTV qu’il ne « retenait pas » les chiffres annoncés des féminicides, car « seule la justice donne des chiffres, pas un compte Twitter ». Une vaste opération de comm’ gouvernementale autour du Grenelle contre les violences conjugales, visant en première instance à faire regagner en popularité une police et une justice qui pourtant sont loin d’être étrangères aux violences faites aux femmes, tout en tentant de coopter une partie du mouvement féministe. Cette volonté de renforcer l’image et le pouvoir des forces de coercition s’est aussi traduite par une nette augmentation du budget alloué à l’armée – 10 milliards de plus selon Florence Parly.

Tout cela sans oublier les augmentations de salaires, primes et décorations reçus par les membres des forces répressives il y a quelques mois, en plein mouvement des Gilets jaunes.

Autant de symptômes indiquant l’évidente volonté du gouvernement de renforcer son arsenal répressif afin de pouvoir s’y appuyer pour appliquer l’ensemble de ses réformes anti-sociales. Mais un gouvernement qui a besoin d’un tel recours aux forces coercitives dévoile avant tout ses faiblesses. Aujourd’hui Macron compte sur un renforcement de la police, la justice et l’armée pour parvenir à ses fins, parce qu’il marche sur une corde raide, et que face à lui des secteurs entiers du monde du travail s’organisent. La grève à la RATP vendredi 13 septembre l’a démontré : la colère est vive et la volonté de « tous ensemble » est profonde.

Crédit photo : Serge d’Ignazio




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