^

Politique

Antisystème ?

La NUPES dépose une motion de censure, le RN ne la votera pas pour ne pas « bloquer »

Ce mercredi, la Nupes a déposé une « motion de défiance » contre Élisabeth Borne. Si les conditions ne sont pas réunies pour son adoption, celle-ci permet de démasquer ceux qui comme le RN défendent en définitive le statut quo actuel, au service du MEDEF. Cette motion ne doit cependant pas nous leurrer : Mélenchon cherche avec elle une issue électorale à la crise. Pourtant, seule une irruption des masses par « en bas » pourrait permettre de se saisir des brèches ouvertes par la crise politique.

mercredi 6 juillet

Crédit : AFP/Christophe Archambault

La situation est marquée par une crise politique inédite et sans précédent sous la Vème République. Si pour l’heure la macronie cherche à masquer sa paralysie, il n’a pour l’heure trouvé aucune solution qui permette de résoudre de manière pérenne le blocage actuel qui lui impose, avec une majorité aussi faible, de constituer des accords texte par texte, projet par projet. Une impasse que le remaniement gouvernemental est venu mettre en exergue de manière criante. Autant d’éléments qui montrent que la crise politique est loin d’être résolue, alors que s’aiguisent les tendances à l’instabilité.

Une motion de défiance pour faire tomber le gouvernement ?

C’est dans ce cadre qu’Élisabeth Borne a finalement refusé ce mercredi de solliciter le traditionnel vote de confiance des députés. C’est la première fois depuis 30 ans et la mise en harmonie des mandats présidentiels et législatives qu’un Premier ministre ne se pliera pas à cette démarche. Si le gouvernement justifie difficilement cette décision, c’est une nouvelle illustration de la crise politique dans laquelle il est plongé, sans solution pour la résoudre.

À ce titre Olivier Veran, mets en exergue le risque que ce vote représentait pour la première ministre en assumant ne pas être "certains que les conditions de cette confiance aurait été réunis". Déjà isolé, le résultat du vote de confiance dans la configuration d’une majorité ultra relative aurait en effet mis l’accent sur les faiblesses de la macronie, tandis qu’un vote de confiance gagné grâce à l’abstention du RN aurait mis en porte-à-faux le gouvernement Borne II dont l’autorité est déjà remise en question.

C’est dans ce contexte que la Nupes a déposé ce mercredi, avant le discours d’Élisabeth Borne, une motion de censure qu’ils présentent comme « une motion de défiance » qui sera discutée ce vendredi. En théorie, la motion de censure est le moyen qui permet de forcer le gouvernement et son Premier ministre à démissionner si elle réunit la majorité absolue. Pourtant, malgré la crise politique, les conditions ne seront pas réunies, sauf très grande surprise, pour un tel scénario.

En effet, il faut recueillir la signature de 289 députés pour faire tomber le gouvernement ce qui semble de facto exclu puisque seule la majorité des députés de la NUPES pourrait se prononcer favorablement pour la motion. En ce sens, si le vote de cette motion aura essentiellement un sens symbolique, elle permet de tracer une certaine ligne de démarcation entre ceux qui souhaitent - quelqu’en soit les raisons politiques - maintenir le statu quo gouvernemental actuel.

Ceux qui votent contre la motion se placent dans le camp de la « stabilité » gouvernementale

Le vote d’une telle motion dans ce contexte, malgré son impossibilité d’aboutir, a le mérite de clarifier les positions de chacun par rapport à la crise politique actuelle, et plus généralement de sa place dans les institutions. En effet, refuser de voter une telle motion de censure contre le gouvernement équivaut à un refus de facto d’aiguiser les tendances à l’instabilité politique actuelles, donnant par là des gages au régime.

C’est dans cette perspective que se placent les 89 députés du Rassemblement national qui ont d’emblée rejeté l’idée de voter en faveur de la motion de défiance. Voulant incarner une opposition "constructive" et "responsable", le RN se place de facto du côté du gouvernement, du côté de l’opposition responsable jusqu’au bout. Une position qui se place dans la droite lignée d’une institutionnalisation vitesse grand V depuis la constitution de leur groupe parlementaire qui marque une nouvelle fois l’intégration du RN au régime actuelle avec le plus grand respect au grand patronat

Pour nous soutenir, c’est par ici !

Un vote critique sans illusion : seule la mobilisation dans la rue fera tomber la macronie

Néanmoins, si nous pensons juste d’aiguiser par « en haut » les tendances à la crise politique actuelle, c’est seulement pour élargir les brèches qui s’ouvrent pour une irruption du mouvement de masse par « en bas ». Or, ce n’est aucunement la perspective de Mélenchon qui appelle au contraire à une résolution de la crise par « en haut » sur le strict terrain électoral et institutionnel.

C’est ce que montre notamment le contenu de la « motion de défiance » rédigé par la NUPES qui pointe une « situation nouvelle voulue par les Français [qui] offre une opportunité inédite à l’expression d’un véritable parlementarisme », dénonce le choix du gouvernement « de rompre l’équilibre institutionnel actuel de la première ministre » et souhaite permettre « une expression démocratique par un vote solennel traduisant notre défiance à l’endroit de ce gouvernement ».

Dans la lignée du 4e tour appelé à se passer uniquement à l’assemblée appelé par Jean-Luc Mélenchon dans son blog, cette motion ne vise aucunement à trouver une solution par « en bas » à la crise politique, mais à le maintenir sur le strict terrain des « règles démocratiques » et garanti que l’opposition se jouera essentiellement au Palais Bourbon. C’est ce que nous pouvons comprendre lorsque Mathilde Panot déclarait lundi : « Mme Borne, on ne maltraite pas la démocratie impunément. Nous vous ferons donc venir de force devant le Parlement. Dès ce mercredi, nous déposerons une motion de censure ».

De même, preuve en est les divergences que la proposition d’une motion de censure à provoquer au sein de la Nupes. Si au final les 4 groupes apparaissent unis, le vote final n’est pas encore assuré à en croire des déclarations d’une partie du PCF et du PS qui attendent le discours d’Élisabeth Borne pour se décider. À ce titre comme le rapporte Le Monde, Olivier Faure tient à se délimiter et à clarifier la démarche : «  cela ne veut pas dire que nous voulons bloquer le Parlement.  ».

En fin de compte, la motion de censure ne fera pas tomber le gouvernement. Pour les députés qui voteront cette motion, celui-ci peut permettre d’exprimer sa défiance et son rejet de ce système, et de la politique du gouvernement. Pour autant, la bataille contre Macron et l’extrême droite ne se gagnera pas dans l’hémicycle. À l’image du mouvement des Gilets Jaunes faisant vaciller le pouvoir et la mobilisation contre la réforme des retraites qui a fait reculer le gouvernement, il s’agit d’organiser la riposte dans la rue à partir des récentes grèves pour les salaires qui montrent une combativité certaine de nombreux travailleurs. Le quatrième tour ne peut être victorieux que détaché de toute illusion électoraliste et par l’auto-organisation des travailleurs en toute indépendance des rouages du régime.



Mots-clés

Elisabeth Borne   /    NUPES   /    Macronisme   /    La France Insoumise   /    Assemblée Nationale    /    LREM   /    censure   /    EELV   /    Jean-Luc Mélenchon   /    PS   /    Emmanuel Macron   /    Politique