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La RATP annonce le transfert des 19.000 agents du réseau Bus vers le privé d’ici 2025

Le président de la nouvelle filiale RATP CAP Île-de-France a annoncé que les 19.000 agents du réseau RATP Bus seront transférés vers des filiales et des entreprises privées avant 2025, ou licenciés en cas de refus. Au menu, casse des retraites, dumping social et précarité.

mardi 30 novembre 2021

Crédit photo : Ludovic MARIN / AFP

La semaine dernière, Xavier Lety, le président de la nouvelle filiale RATP CAP Île-de-France, annonçait par voie de communication interne, que d’ici 2025 l’ensemble des 19.000 agents du réseau RATP bus ne seraient plus salariés de la société-mère, la Régie Autonome des Transports Parisiens. Les agents seront ainsi contraints d’accepter le transfert vers des filiales et entreprises privées, ou licenciés en cas de refus.

Retraites, précarité et dumping social : une attaque historique contre les acquis des travailleurs de la RATP

Avec la fameuse LOM – Loi Orientation et Mobilité – visant à l’ouverture à la concurrence dans les transports en Île-de-France dès 2025 sur le réseau bus, la RATP se prépare non pas à la concurrence mais à la casse des conditions de travail et de salaire des agents. Afin de pouvoir opérer ce nivellement par le bas, la présidente du groupe RATP Catherine Guillouard a décidé de confier l’ensemble des 25 appels d’offres sur le réseau bus à sa filiale de droit privé RATP Cap. Bien sûr, la filiale utilise la marque RATP pour masquer le fait qu’elle n’est en réalité qu’une entreprise privée lambda qui va externaliser les 19.000 agents actuellement salariés de la régie, qu’ils soient « au statut » du personnel ou contractuels.

Les 19.000 agents font donc face à une offensive historique contre leurs acquis sociaux, comme par exemple leur régime de retraite, qui n’est pas ouvertement remis en cause, mais dont l’avenir est menacé puisque ce régime repose sur les cotisations des agents affiliés à la Caisse de Retraites du Personnel RATP. En effet, avec l’ouverture à la concurrence, plus aucune embauche ne se fera « au statut », ce qui implique que les salariés ne cotiseront plus à la caisse des retraites de la RATP. Par conséquent, le système des retraites des agents RATP disparaîtra et sera intégré au régime général faute de salariés embauchés au fameux « statut » pour le financer. Par ailleurs, il est peu probable que des entreprises comme Transdev ou Kéolis acceptent de conserver des agents avec différents systèmes de retraites, ceux de la RATP cotisant à 19% contre 8,55% pour un salariés du régime général.

La menace qui plane contre les retraites est emblématique de l’ampleur de l’attaque. Il ne faut pas oublier que c’est avec la promesse de pouvoir partir à la retraite un peu plus tôt que beaucoup d’agents RATP ont fait des sacrifices en acceptant les faibles salaires, la pénibilité du travail et les services en horaires décalés. Mais ce n’est ni la seule ni la première attaque prévue, plusieurs mesures étant directement liées aux futurs transferts des salariés vers le privé, comme le déroulement de carrière, les activités sociales, les garanties disciplinaires, ou encore le temps de travail. Le socle minimum de garantie salariale, appelé CST ou « sac-à-dos social », reste loin des acquis sociaux des agents de la régie.

Contre la casse sociale, il faut imposer un plan de bataille à la hauteur !

Interrogé sur cette annonce qui a encore eu peu d’écho dans la presse, Yassine Jioua, machiniste à la RATP au dépôt de Malakoff et syndicaliste CGT RATP, se sent trahi par l’entreprise dans laquelle il fait tant de sacrifice depuis 2009 : « C’est une trahison par rapport à ce qui nous a été vendu à l’embauche, nous avons signé un contrat avec la RATP, et aujourd’hui la direction ne veut plus le respecter ». Le syndicaliste nous explique ainsi l’incertitude qui règne dans son dépôt de bus quant à l’avenir des salariés : « On ne connaît rien de notre avenir dorénavant. Si demain Transdev ou RATP Cap remporte l’appel d’offre sur mon dépôt, les passerelles pour nous vers d’autres métiers comme le métro seront impossibles. Il faut savoir par exemple que les agents des filiales comme RATP Dev ne peuvent même pas bénéficier d’une carte de transports gratuite sur le réseau exploité par la RATP ».

Pour Yassine, pas de doute sur le fait que cette annonce va changer considérablement les conditions de travail et de salaire des agents. « C’est une attaque centrale contre nos acquis, car nos salaires ne sont pas extraordinaires, mais on nous a toujours vendu la possibilité d’évoluer dans l’entreprise, de pouvoir changer de dépôt ou autres. Dans trois ans tout cela sera terminé ».

« Ce sera toujours moi et mes collègues au volant, simplement avec des conditions de merde. »

Pourtant, hors de question de se résigner. Le jeune syndicaliste qui a fait plus de deux mois de grève contre la réforme des retraites en 2019, en appelle au réveil de la base : « Il n’y a pas de fatalité, si nous préparons un plan de bataille à la hauteur des enjeux, je suis convaincu que nous pouvons les faire plier. Il faut tirer le bilan des grèves à la SNCF en 2018 et récemment chez Transdev pour partir en grève avec un plan de bataille offensif, contre la précarisation et le dumping social. Nous voyons qu’en réalité les patrons n’ont que faire de nos conditions de travail, la seule chose qui les intéresse c’est l’argent et mettre les ouvriers en concurrence pour toujours niveler vers le bas ». Pour lui, il n’y a rien à négocier dans cette affaire. « C’est une illusion de penser que nous pouvons négocier la régression sociale, quand aujourd’hui la boite met la pression et réorganise pour se préparer à nous livrer clé en main. De l’autre côté Catherine Guillouard la PDG, s’est augmenté de 50000€ fin 2019, alors que pour nous les salaires sont gelés depuis près de 10 ans ».

Si les salariés des transports ne luttent pas ensemble, peu importe l’entreprise, pour éviter la dégradation de leurs conditions de travail à tous, ce machiniste de 34 ans ne se fait aucune illusion sur son avenir. « Quand je vois la lutte qu’on a mené avec les camarades de la SNCF en 2019 face à la réforme Delevoye ou encore nos liens avec la grève des Transdev pendant 8 semaines, je me dis que nous avons des intérêts de classe commun, et je nous souhaite de pouvoir lutter rapidement ensemble pour être agents d’une même entreprise avec les meilleures conditions de travail possible », explique-t-il.
Il adresse également un message aux usagers de la RATP qui seraient tentés de croire à l’illusion des « bienfaits » de l’ouverture à la concurrence : « Ce n’est pas une ouverture à la concurrence, dans le sens où il n’y aura pas 3 ou 4 compagnies qui feront ma ligne 388 entre Porte d’Orléans et Bourg-La-Reine, permettant aux usagers de choisir. Au contraire ce sera toujours moi et mes collègues au volant, simplement avec des conditions de merde et des horaires qui seront supprimés pour la rentabilité. Finalement ce sont les usagers et les agents qui perdront, mais pas les patrons
 ».

Coordonner les luttes des salariés des transports, pour une entreprise publique unique sous contrôle des travailleurs et des usagers

Finalement l’après-Covid ressemble à l’avant, avec toujours la même volonté des patrons et des politiciens bourgeois de tout casser. La crise sanitaire et les confinements à répétition ont pourtant démontré à quel point la dégradation des services publics est une catastrophe pour les classes populaires.

Dans les transports en commun, les conditions de travail s’aggravent, ce qui a poussé les salariés de Transdev en Île-de-France à mener une lutte inédite pendant huit semaines en grève reconductible contre la casse de leurs conditions de travail. À la SNCF également, les grèves locales et les journées de mobilisations s’additionnent, souvent sans aucun appui des directions syndicales, pour lutter contre les réorganisations et la marche forcée vers la privatisation. La direction qui commence elle-même à sentir la colère monter, a pris rapidement les devant lors des négociations annuelles le 17 novembre dernier en annonçant quelques primes alors que les directions syndicales restent l’arme au pied. Cela montre qu’il y a une colère à la base, qu’il est possible de se coordonner entre les différentes entreprises des transports pour lutter ensemble dans l’intérêt de tous les travailleurs !

C’est pourquoi notre candidat à la présidentielle 2022, Anasse Kazib, également cheminot à Paris Nord et figure importante des derniers mouvements de grève contre les retraites et le pacte ferroviaire, porte dans son programme la nécessité d’unifier l’ensemble des transports public en une seule est même entreprise, sous contrôle des ouvriers et des usagers :

« Il ne peut y avoir de transition écologique, sans des transports gratuits et de bonnes conditions pour les travailleurs dans une seule et unique entreprise publique sous contrôle des ouvriers et usagers. C’est à ceux qui font les transports et à ceux qui l’empruntent quotidiennement de décider de l’orientation et non à des politiciens bourgeois qui font la politique des patrons.
C’est uniquement à travers la lutte de classe que nous arriverons à arracher les moyens de productions aux patrons, mais c’est avec une stratégie et dans l’unité que nous devons mener ce combat prochainement. Il sera primordial d’en finir avec les luttes corporatistes et les guerres de chapelle, c’est d’un véritable plan de bataille dont nous avons besoin de nous doter pour arracher tout.
 »



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