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Notre classe

« La SNCF coûte 215€/Français » : quand la Cour des Comptes sert la soupe à Macron

En pleine campagne de calomnie et dénigrement des cheminots, un ancien magistrat de la Cour des Comptes affirme que la SNCF coûte 215€ à chaque Français « qu'il prenne ou non le train » ! Ça c'est de la démonstration chiffrée incontestable, on vous dit ! Incontestable ? Vérifions tout de même...

vendredi 15 novembre

Là, ce ne sont plus de simples allégations, c’est du solide : M. François ECALLE, ancien magistrat de la Cour des Comptes en fait la démonstration chiffrée, et certainement impartiale (quand on vient de la Cour des Comptes et qu’on est magistrat…) : c’est un scandale, c’est une gageure, la SNCF coûte 215€ par Français, qu’il prenne le train ou non !
La preuve semble établie, les cheminots sont bien les détrousseurs sans vergogne du bon peuple de France ! Ah les... y a pas de mot...

Mais d’où sort ce chiffre ?
Eh bien, c’est d’une extrême simplicité, le « magistrat » a fait le total des aide publiques au ferroviaire et a divisé par 67 millions de Français : 14,4Mds/67 Millions = 215€/personne !
Imparable, on vous dit !

Détaillons tout de même un peu pour comprendre

Regardons d’où vient ce chiffre de 14,4Mds d’€ :
Il s’agit d’additionner :
- 2,9Mds payés par l’état pour participer aux frais de fonctionnement de la SNCF

- 5,3Mds payés par les différentes régions pour les transports régionaux (Transiliens et TER)

- 3,4Mds pour les investissements du ferroviaire

- 3,3Mds pour la caisse de retraite
Chiffres extraits du rapport de François ECALLE

Ce qui fait 14,9Mds d’€ auxquels il convient de retrancher 0,5Mds reversés par la SNCF au titre de diverses taxes.

L’Etat verse 3,4Mds pour les investissements, ce qui est bien le minimum, le réseau ferroviaire étant un outil d’aménagement du territoire qui devrait permettre (tant qu’il est un service public) d’éviter les déserts ruraux.

5,3Mds sont versés par les régions, ce qui est également normal (et d’ailleurs le transport par bus est financé au même niveau) puisqu’il s’agit de favoriser l’activité économique locale.
Sans cette participation (qui représente environ 60 à 70% des abonnements pour aller au travail), l’activité économique chuterait considérablement.
Cette subvention représente donc un investissement qui rapporte en termes de taxe professionnelle sur les entreprises qui en profitent.
Mais admettons qu’on le mette dans la balance de cette façon…

Un vrai calcul de dupe !

Mais le chiffre le plus contestable est celui de l’abondement à la caisse de retraite pour la mettre à l’équilibre. En effet, on ne peut nier que la caisse de retraite des cheminots est déficitaire et que l’argent du contribuable la renfloue. Mais pour quelle raison ? Par manque de rentrée des cotisations. Cela a été dit et n’est pas nié non plus. Les cheminots étaient 500 000 après guerre et sont 145 000 aujourd’hui. Le manque de cotisation a creusé le déficit et puisque la SNCF était jusqu’à présent une entreprise publique, ce sont donc des décisions politiques qui ont abouti à cette somme. Et comment la SNCF a-t-elle réduit autant son personnel ? De deux façons :

- En externalisant. Donc en sous-traitant certains services à des entreprises privées ce qui fait peser les réductions des coûts sur les conditions de travail salariés. Notamment, la construction et l’entretien des voies, l’accueil et les services en gare, etc…

- En développant la partie privée du groupe SNCF et notamment GEODIS (4ème transporteur d’Europe) qui reporte le transport de marchandises par rail, sur la route. Et dans cette configuration, c’est la SNCF elle-même qui attaque les conditions de travail.

Donc, cet abondement à la caisse de retraite des cheminots, décidé politiquement, a permis de développer des entreprises privées ET la partie privée du groupe SNCF. Ce n’est donc pas un abondement mais une subvention directe pour embaucher des salariés hors statut et ainsi privatiser la SNCF (et qui profite à quelques entreprises de sous-traitance au passage) qui s’est développé au détriment des cheminots et du ferroviaire (et de la population en polluant la planète au passage…).

Un montant de 0,4Mds d’€ de remboursement pour les tarifs spéciaux et sociaux (militaires, familles nombreuses notamment), devrait être également déduit puisque ces tarifs sont imposés à l’entreprise. Le vrai chiffre à retenir devrait donc être le suivant : 14,4 – (3,3+0,4) = 10,7Mds. Soit divisé par 67 millions de Français : 159,70€.

Cela fait tout de même un peu moins ! Et tout cela pour se comporter comme un patron voyou du privé avec des salariés précarisés et exploités...
Voir les différents articles sur GEODIS.

Mais un chiffre sans comparaison ne représente rien...

Un chiffre dans l’absolu et sans comparaison n’est absolument pas parlant (à part pour un « magistrat » de la Cour des Comptes, même si on peut commencer à se demander s’il sait de quoi il parle…), surtout dans un budget d’état. Par exemple, prenons un autre chiffre du même ordre : la subvention totale pour l’entretien des routes, qui s’élève à 25Mds d’€. Ce qui fait par Français : 25Mds/67 millions = 373€ !
Et notre « magistrat » aurait certainement ajouté, d’un ton outré : qu’il possède une voiture ou pas ! Bon, ça c’est s’il avait été capable de faire ce calcul-là…

En tout cas cela représente plus du double de ce qui est payé réellement par chaque Français à la SNCF. Et il faut également préciser que les infrastructures routières sont principalement abîmées par les poids lourds. Les chiffres varient beaucoup, un poids lourd équivaudrait au passage de 1000 à 1 000 000 de voitures. Il s’agit donc d’une subvention de 373€/Français versée au transport routier. A ce sujet notre « magistrat » reste pourtant muet.

Et il convient de comparer à d’autres chiffres (extraits du rapport de DATALAB, ministère de la transition écologique et solidaire, donc pas des gauchistes).
Chiffres 2016 de tués et blessés :
- Le ferroviaire 80 tués et 48 blessés

- La route 3 477 tués et 72 645 blessés

Il s’agirait également de prendre en compte le coût social pour la collectivité (notamment sur la sécurité sociale qui prendra en charge les blessés) de ces deux modes de transports plutôt que de communiquer sur un chiffre dans l’absolu ! D’ailleurs, les camions (subventionnés avec nos impôts) sont impliqués dans 28% des accidents mortels, alors qu’ils ne représentent que 5,2% des véhicules (2016). Pas de chiffres pour les blessés, mais on peut deviner qu’ils sont bien impliqués aussi...

Et un chiffre peut aussi être remis dans un contexte

Intéressons-nous à d’autres chiffres issus de DATALAB, comme la consommation d’énergie des différents modes de transport. Le rapport indique que le ferroviaire consomme 1,8% de l’énergie des transports, quand le routier consomme 94,1% ! Quel est donc le moyen de transport le plus coûteux pour l’environnement ?

Également le BEE (Bureau Européen de l’Environnement) fournit une donnée intéressante quand il annonce que la route produit 95% des gaz à effet de serre (50% les voitures, 45% les camions qui ne représentent que 5,2% des immatriculations, rappelons-le) alors que le ferroviaire ne représente que 0,3%.

Il faut toutefois préciser, par honnêteté intellectuelle (oui, on n’est pas « magistrat » à la Cour des Comptes nous) que ce chiffre de 0,3% est biaisé par la production d’électricité nucléaire, considérée à tort, comme peu productrice de gaz à effet de serre. Mais avec une production d’électricité plus propre, le ferroviaire reste un moyen de transport (de voyageurs comme de marchandises) peu polluant par rapport à la route.

Médisez, calomniez, il en restera toujours quelque chose espèrent nos dirigeants

Bref, une nouvelle preuve que la réelle signification des chiffres n’est pas toujours évidente, et que ce gouvernement, aidé par des pseudos experts peu scrupuleux, « magistrat » ou pas, est prêt à tous les mensonges pour calomnier les cheminots. Car, tout de même, on peut difficilement estimer qu’un « magistrat » de la Cour des Comptes est incapable de décortiquer des chiffres que tout le monde peut trouver sur internet. Ce n’est pas un crétin tout de même ! Serait-ce donc une question d’intérêts ?
Il en est de même pour les journaux, à la botte du pouvoir et pas à un mensonge près, qui titrent comme un seul homme sur ce scandale dénoncé par un « magistrat », sans vérifier quoi que ce soit. Notamment Le Figaro bien sûr, « Le coût alarmant de la SNCF pour le contribuable français », ou Contribuables Associés (sous-titre : trop de dépenses publiques, c’est trop d’impôts !), avec « La SNCF vous coûte très cher, même si vous ne prenez jamais le train »...
AUCUN journal n’a remis en question cette pseudo-information, ce pseudo-calcul mensonger ! Et aucun ne s’offusque des 25Mds pour un transport routier, imposé par la casse du ferroviaire, qui nous tue, nous et la planète...

Il est un adage qui vient des Romains et toujours utilisé en droit français qui énonce que « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Ce qui signifie : on ne peut demander réparation d’un préjudice causé illégalement par soi-même. Et nul ne peut en effet rédiger un contrat volontairement illégal dans le but de le faire casser ensuite. C’est pourtant ce qu’ont fait les différents gouvernements jusqu’à présent : casser le service public et les droits des salariés du public, pour ensuite les montrer du doigt comme des escrocs et des voleurs !

Bref, tout un festival de désinformation qui montre bien que ce gouvernement de Tartuffes-sociopathes aux abois, n’a d’autres choix que diviser la population en montant les gens les uns contre les autres pour justifier la casse sociale en cours. Il lui faut désigner un ennemi pour justifier ses politiques anti-sociales et anti-ouvrières. Là ce sont les régimes de retraites des cheminots SNCF et RATP pour faire accepter une réforme des retraites nocive pour tout le monde. Mais, dans le même type de démarche, ce sont aussi les femmes musulmanes, pour détourner l’attention des autres problèmes, en tentant désespérément de créer de toutes pièces un « ennemi intérieur » ! Jusqu’à la prochaine communauté ou profession, jetée en pâture à l’opinion publique avec l’aide d’une certaine presse (souvent la même) ou de prétendus experts...

Le 5 décembre, nous devons tous refuser cette division artificielle et absurde et être tous en grève pour de nouveaux droits, pour la justice sociale et écologique !




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