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Jeunesse

Paris 1

La Sorbonne : un professeur de Droit associe l’homosexualité à la zoophilie et tient des propos transphobes

Dans une vidéo diffusée dans les groupes de promo de Paris 1, un enseignant de l’Ecole de Droit, Aram Mardirossian, tient des propos homophobes et transphobes devant de nombreux étudiants. Ces propos doivent être dénoncés avec la plus grande fermeté, alors que, la semaine dernière, Doona étudiante à Montpellier se donnait la mort après avoir subi de multiples et incessantes agressions transphobes.

mercredi 30 septembre

Des propos homophobes, transphobes et sexistes

Hier, en plein cours, un professeur de l’Ecole de droit de Paris 1 a multiplié les propos homophobes et transphobes de façon décomplexée, assimilant les relations amoureuses homosexuelles à une relation contre nature et zoophile. Devant de nombreux élèves et alors que le cours est retransmis en direct il déclare : « Des partisans en faveur du mariage pour tous, c’est de la novlangue, c’est le mariage homosexuel, on peut être pour, il n’y a aucun problème, moi je suis contre mais admets complètement qu’il y a des gens qui sont pour, c’est eux qui ne l’admettent pas. […] Maintenant, c’est pas de la polémique pour de la polémique, ça va prendre un tour polémique, mais c’est moins le cas d’espèce du mariage homosexuel que les fondements profonds de ce changement paradigmatique qui est que l’homme a écarté la religion. Vous allez voir ou je veux en venir. Le fondement est bien la discrimination, qui est devenu d’ailleurs un fondement pour tout et n‘importe quoi aujourd’hui. Aujourd’hui on voit de la discrimination partout […] mais bon il va y voir forcement quelqu’un un jour qui va aller devant un tribunal et qui va dire : « voilà je suis discriminé. J’ai une jument, je l’aime, je peux pas l’épouser. ».

Un propos qui reprend l’argumentaire traditionnel des opposants au mariage homosexuel, qui assimilent celui-ci à une perversion qui ouvrirait la voie à d’autres « dérives ». Défendue très clairement en arrière plan, c’est l’idée que nos sociétés seraient perverties par de nouvelles pratiques hors normes qui est défendue. Mardirossian regrette un « changement paradigmatique » où « l’homme a écarté la religion », et qui favoriserait des pratiques "délirantes" comme le mariage homosexuel ou la transidentité. Contributeur du journal d’extrême-droite Valeurs Actuelles, et invité par les organes affiliés à l’extrême-droite ou à la droite conservatrice que sont l’Institut Thomas Moreou Radio Courtoisie., Aram Mardirossian a des proximités claires avec la droite la plus réactionnaire.

Dans la même lignée traditionaliste et réactionnaire, l’enseignant n’hésite pas à assener des propos transphobes. « On vit ce qu’on appelle d’un terme un peu flou « la nature », « le biologique », vous voyez ces théories dites du genre où au fond le sexe vous le choisissez, là aussi, objectivement là encore, mettez-vous tout nu devant une glace. Évidemment, sur 1000 personnes il en aura peut-être une où ça sera indistinct c’est vrai, il ne faut pas nier ça. (…) Mais sur 10 000, 9 999 au niveau des organes au niveau biologique pur il y a clairement des éléments visibles et la bascule dans un sexe ou l’autre. Après l‘idée est de dire je nie ça. Je suis peut-être né comme mais je suis autre chose. Là encore pourquoi pas mais il faut bien se rendre compte que c’est l’homme tout puissant face à des éléments d‘ordre biologique et naturel. C’est un choix de société. » Là encore, l’argumentaire renvoyant le « genre » au « sexe biologique » constitue le fondement du discours transphobe.

Mais son discours réactionnaire ne s’arrête pas là et après la transphobie et l’homophobie, viennent les élucubrations sur la PMA. « Il y a la question pure de l’adoption et puis on en arrive à des folies. C’était la semaine ou il y a 15 jours, la Cour de cassation a mis un petit frein. Mais c’est du provisoire. C’était quelqu’un qui de mémoire était une femme, ou un homme j’arrive même plus. Je sais plus si c’était d’abord un homme qui est devenu une femme, bref. Ah si ! C’était un homme qui a engrossé sa femme, qui a fait un enfant à sa femme. Entre temps il a changé de sexe, et donc il a voulu se faire reconnaitre enfin un truc complètement délirant, j’ai oublié l’espèce tellement elle m’a laissée perplexe. (…). » affirme ainsi le professeur, mêlant à la transphobie le sexisme le plus élémentaire en évoquant une femme qui serait « engrossée ».

Une séquence qui passe d’autant plus mal que la semaine dernière, une étudiante montpelliéraine, Doona, se suicidait après avoir été victime de transphobie. Plus généralement, elle pose la question de l’influence de la religion dans nos facs, et en particulier du catholicisme qui infuse la pensée de la droite conservatrice. Une pensée qui conduit des profs de Droit à afficher sans problème leur regret d’un « changement paradigmatique » qui découlerait du fait que « l’homme a écarté la religion ».

Des propos connus de l’Université

Ces propos homophobes, transphobes et sexistes ont immédiatement suscité l’indignation et la colère de nombreux étudiants en droit qui ont massivement relayé la vidéo.

Or, de nombreux étudiants ont souligné que ces propos étaient récurrents et connus depuis de nombreuses années.

Interpellée par des étudiants, la direction, par l’intermédiaire de François Guy Trébulle, directeur de l’Ecole de droit la Sorbonne, a répondu :« regretter que des propos tenus dans le cadre d’un enseignement, quel qu’il soit, puissent heurter, choquer, inquiéter, puissent paraître excessifs et semblent dépasser la mesure communément attendue voire provoquent, ainsi que vous pouvez en témoigner, provoquent la colère » mais s‘est refusée à « prendre quelque mesure que ce soit au-delà du rappel très ferme de la nécessité de respecter chacun » rappelant « la pleine indépendance et entière liberté d’expression des enseignants chercheurs dans leur fonction d’enseignement »

Dans un communiqué : « L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et son administrateur provisoire, le Professeur Thomas Clay, condamnent les propos tenus hier en cours par l’un de ses enseignants titulaires. Les principes de liberté d’expression et d’indépendance des professeurs d’université, aussi fondamentaux qu’ils soient, ne sauraient abriter des propos de nature discriminatoire. L’administrateur provisoire de l’université l’a rappelé dès ce matin à l’intéressé. La référente égalité femmes-hommes, harcèlement et non-discrimination de l’université, Anne-Marie Leroyer, a été saisie de cet incident. Comme les autres, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a une vocation universelle. Elle est un lieu qui accueille et respecte chacun, sans distinction selon ses origines, sa religion, ses opinions ou son orientation sexuelle. ».

Une prise de position tardive, alors que les étudiants dénoncent depuis des années les propos tenus par ce professeur et inconsistante dès lors qu’elle s’arrête à la condamnation de principe. Ce qui est clair c’est le deux poids de mesure qui règne dans la période, entre des étudiantes refusées de siéger dans des commissions d’enquête ou harcelées pour leur voile et des professeurs autorisés à faire les sorties les plus abjectes.

Face à ces propos réactionnaires, les étudiants et personnels de l’Universités doivent dénoncer et se mobiliser pour refuser que les universités puissent être des lieux qui véhiculent des oppressions. Alors que l’an dernier, Paris 1 avait confié une formation au journaliste islamophobe Mohamed Sifaoui, que Le Poing Levé avait dénoncé, il s’agit là encore de revendiquer une fac au service de l’émancipation de toutes et tous, et non au service d’idées réactionnaires.




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