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Politique

Scandale en temps de coronavirus

La boulangerie industrielle Neuhauser veut détruire 800 à 1200 palettes de denrées alimentaires

Aberration s'il en est, à l’heure où la direction de Neuhauser, groupe Soufflet, enchaîne les décisions productivistes, quitte à mettre en danger son personnel pour faire du stock, elle décide aujourd’hui de jeter de nombreuses palettes de denrées alimentaires dont certaines considérées comme étant de première nécessité (baguettes, croissants, paste di nata…). Un scandale.

mercredi 29 avril

[Crédits : DAVID ADEMASC archives

La direction de l’entreprise, à grand renfort de notes internes, courriers recommandés et autres interventions sur le terrain (comprenez par là : la menace, le chantage ou la culpabilisation à outrance) fait travailler ses employés sans protection, ni respect des mesures barrières. Il est important de noter que les salariés ont été dans l’obligation de faire valoir massivement leur Droit de Retrait car la direction cherchait à faire travailler les salariés à plein régime, sans les protections nécessaires, dans le seul et unique but d’assurer ses arrières en remplissant ses chambres froides et ses entrepôts (plus de 50 000 palettes de denrées alimentaires stockées sur tout le territoire).

De plus, alors que les opérations de communication menées par le gouvernement ne cessent de marteler à ces ouvriers du secteur agro-alimentaire combien leurs emplois sont vitaux « à la Nation », la direction du groupe a tout de même décidé de tirer avantage du dispositif de chômage partiel mis en place pour aider les entreprises touchées par la crise.

Mais pour quelle raison faudrait-il aujourd’hui détruire ces palettes ? La DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale) de ces produits, bien que congelés, arrivera à son terme dans les mois à venir. La direction estime que du fait que les discounters du marché (Action, Noz…) soient fermés actuellement, les ventes seront moindres.
Une aberration quand on sait que la situation dans les quartiers populaires se dégrade. La faute à la gestion catastrophique et pro-patronale de la crise sanitaire, de plus en plus de familles ne parviennent plus à remplir leur frigo. Sans compter le dispositif du chômage partiel qui limite à 84% leur salaire.

Une aberration quand Neuhauser prévoit de jeter des millions produits à la poubelle car faire cela rapporte plus que les distribuer à diverses associations…
Encore une fois, les capitalistes nous montrent que le profit est plus important que la vie des travailleuses et des travailleurs. Au lieu de nourrir la population, l’entreprise préfère stocker au maximum quitte à jeter le surplus.

C’est dans ce contexte que la réquisition des stocks semble essentielle

En effet, plusieurs entreprises du secteur de l’agro-alimentation préfèrent jeter leurs produits car un produit qui n’est pas vendu est un produit perdu. Mais perdu pour qui ? Pas pour les millions de travailleurs et personnes issues des milieux populaires qui se retrouvent dans une situation plus que précaire du fait de la crise actuelle qui commence à impacter fortement leurs vies, s’ils ne s’y trouvaient pas déjà…
Le contrôle ouvrier de la production devient un enjeu essentiel, car seules les travailleuses et les travailleurs sont capables en toute connaissance de cause de planifier la production, ainsi que la distribution des produits, en fonction des besoins et non des profits.

Les agissements de ces grands patrons capitalistes, dont fait partie SOUFFLET, sont criminels ! En effet, comment peut-on jeter des millions de produits propres à la consommation alors que des gens meurent de faim dans le monde et aussi en France ?

Les médias au service de ces mêmes grands capitalistes n’hésitent pas à parler de « crise de la faim » dans les quartiers populaires, dont sont issus ces travailleuses et travailleurs les plus précaires. Ce sont les mêmes qui portent à bout de bras cette société qui les a méprisés avant la crise, les dénigre pendant la crise et les brisera au sortir de la crise.

Une crise sanitaire qui, entraînant d’ores et déjà des conséquences économiques sur des millions de personnes, est le reflet d’un système capitaliste qui, à l’image du virus, étouffe des populations à l’agonie… C’est à nous, travailleurs et travailleuses, d’apporter une réponse de fond, et pour cela il est indispensable de reprendre nos affaires en main.

Dernière minute (30/4/2020 à 20h) : la direction de Neuhauser revient sur sa décision

Grâce à l’intervention de travailleuses et de travailleurs en lien avec la CGT et notamment au relais médiatique via le site Révolution Permanente, la prise de conscience de la classe ouvrière a porté ses fruits.

En effet, face à l’indignation suscitée par l’annonce du projet de la direction de destruction de plusieurs tonnes de produits invendus, la direction NEUHAUSER n’a eu d’autre choix que de revenir sur sa décision. Les produits concernés ne seront plus destinés à la destruction mais seront redistribués aux associations ainsi qu’aux salariés. Si d’aventure les stocks n’étaient pas écoulés par ce biais, ils seront directement redistribués à la population, notamment par un système de « drive », géré par des salariés eux-mêmes, impliqués et conscients des enjeux. Ce « drive » sera établi sur le site de Folschviller.

Si ce revirement est une petite victoire, il s’agit avant tout d’un tout premier pas dans une expérience de contrôle ouvrier sur la production à laquelle les salariés de Neuhauser pourraient bien prendre goût.

Précision apportée par la CGT Neuhauser




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