Édito

La catastrophe est évitable

Camille Münzer

La catastrophe est évitable

Camille Münzer

Le vendredi 20 septembre, des millions de personnes ont répondu à l’appel à la grève pour le climat dans plus de 150 villes, devenant ainsi la mobilisation mondiale la plus importante depuis les manifestations de 2003 contre la guerre en Irak.

Si les mobilisations les plus massives ont eu lieu dans les capitales occidentales (plus d’un million de personnes à New York, 200 000 à Rome et à Milan, 100 000 à Berlin, 100 000 à Melbourne, etc.) des manifestations ont aussi eu lieu un peu partout en Asie, en Afrique et en Amérique latine. À Paris, quelques 10 000 jeunes ont manifesté. C’est moins, certes, que le 15 mars 2019 quand près de 200 000 personnes s’étaient mobilisées dans toute la France, mais c’est le symptôme que le mouvement de la jeunesse pour le climat est plus qu’un épiphénomène. Ces manifestations constituent un des phénomènes les plus intéressants de la période. Et c’est ainsi qu’on pouvait voir des très jeunes, de 13, 14 ou 15 ans à la manifestation du vendredi 20 septembre.

L’ampleur de la catastrophe qui menace l’humanité n’est pas en reste dans la détermination de la jeunesse mondiale. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alerte sur les conséquences de la montée des eaux et la fonte des glaces : les métropoles côtières, ainsi que plusieurs millions de personnes habitant l’arctique sont, entre autres, directement menacées. Tandis que le rapport de l’Organisation météorologique mondiale affirme que la sécheresse provoquée par le réchauffement climatique est d’ores et déjà responsable de la sous-alimentation de 821 millions de personnes dans le monde.

Quelques jours après les manifestations le Climate Action Summit de l’ONU se tenait à New York. À cette occasion, une soixantaine de pays se sont engagés à la neutralité carbone d’ici 2050, parmi d’autres mesures qui ont été annoncées. Pourtant, au-delà de l’alarmisme et des promesses des leaders internationaux, il semble que ce n’est pas tant l’inaction des gouvernements des pays centraux que la politique active de la bourgeoisie qui est à l’origine de la situation : l’accumulation capitaliste et la préservation de l’équilibre écologique sont antinomiques.

En effet, les causes et les conséquences du changement climatiques ne sont pas les mêmes pour tout les habitants de la planète. Comme le montrait déjà un rapport Oxfam de 2015, les 10 % les plus riches sont responsables de plus de 50 % des émissions de CO2, alors que les 50 % les plus pauvres (3,5 milliards de personnes) n’en produisent que 10 %. C’est en revanche eux qui paient le prix fort des effets du réchauffement climatique par les inondations, les sécheresses et la famine.

Lors du sommet de l’ONU, Emmanuel Macron a promis « des actes » pour le climat après avoir déversé son mépris vis-à-vis des jeunes qui descendaient dans les rues en les invitant à aller manifester en Pologne (un des trois pays qui, avec la Hongrie et l’Estonie, s’était opposé à la proposition d’un engagement européen sur la neutralité carbone d’ici 2050 lors de la rencontre de l’UE à Bruxelles en juin dernier, brisant l’unanimité requise des 28 États membres). La catastrophe de Lubrizol, près de Rouen, a pourtant montré le fossé qui existe entre le discours du président et la réalité des faits. En dépit des discours qui se veulent rassurants, on ne connaît toujours pas les tenants et les aboutissants de l’incendie de l’usine, ni les conséquences que celui-ci pourrait avoir au long terme pour les habitants des communes proches. En attendant, cet incident risque d’accentuer la crise sociale hexagonale dans la mesure où le gouvernement continue d’être questionné « par en bas » sur cette affaire.

Au vu des effets du réchauffement climatique il est de plus en plus difficile pour les gouvernements et les capitalistes de détourner le regard de la catastrophe écologique. Mais pour eux il y a surtout une solution capitaliste à la crise. Comme le rappelle Razmig Keucheyan, le capitalisme n’est pas seulement capable de s’adapter à la crise écologique, il est aussi capable d’en tirer profit. Ce qui montre que la question écologique est devenue un aspect essentiel de la lutte anticapitaliste, dont les révolutionnaires doivent s’emparer.

Dans ce numéro de rentrée de RP Dimanche, nous souhaitons revenir sur les mobilisations de la jeunesse sur les questions écologiques. Pour le moment, le mouvement se cherche encore. Plusieurs sont les jeunes qui sont conscients que la « politique des petits gestes » ne suffit pas, mais beaucoup de questions demeurent à leurs yeux : quel rapport avoir à l’État ? Où chercher des alliés ? À quelles forces politiques s’adresser ? Les partis « verts » sont-ils nos amis ? Autant de questions auxquelles ce numéro de RP Dimanche souhaite contribuer à répondre.

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