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Politique

Aux capitalistes de payer leur crise !

La commission du gouvernement pour nous imposer l’austérité

Castex a lancé vendredi une commission de travail sur « l’avenir des finances publics ». L’objectif est clair vu les personnalités parfois bien connues qui la composent : après l’avoir absorbée avec de l’argent public, « comment leur faire payer notre crise ? » avec une sévère cure d’austérité à venir.

samedi 5 décembre 2020

Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

La fin du « quoi qu’il en coûte » ?

Si beaucoup prennent le lancement de cette commission comme un tournant mettant fin à la formule du « quoi qu’il en coûte » dont avait usé Macron en mars dernier au début de l’épidémie - dans le plus pur respect de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes, épongées par de l’argent public- on peut tout d’abord rappeler que malgré les sommes annoncées, c’est d’abord le coût de la gestion sanitaire désastreuse qui a été payé.

Et si l’Etat français est considéré comme l’un de ceux qui ont le plus appuyé son économie, c’est avant tout en perfusant les grandes entreprises que l’État a tenté de contenir la crise économique. Bien que d’autres mesures aient pu être mises en place, cela n’a en rien empêché les licenciements massifs, les faillites, les restructurations et surtout une saturation des hôpitaux rarement atteinte !

Il n’empêche que les sommes annoncées depuis le début du Covid ne cessent d’augmenter, on parle de 500 milliards d’euros, dont le plan de 100 milliards de cadeaux au grand patronat notamment par la suppression des impôts de production et toutes sortes de cadeaux. Selon Le Monde, ce serait déjà 100 milliards de pertes dues aux facilités fiscales et aux reports de cotisations.

On parle donc maintenant d’une véritable « dette covid » qui a été contractée depuis mars dernier. Mais les travaux porteront sur les dettes en générales, le covid n’étant qu’un prétexte pour accélérer des réformes envisagées de longue date.

Une des seules certitudes concernera les impôts, qui ne devraient pas être augmentés. Si on peut être soulagé que les plus précaires ne subissent pas une nouvelle hausse, le fait qu’aucune taxe ne vienne toucher les plus riches pose évidemment question. Mais on a bien compris que c’est plutôt la logique inverse qui est privilégiée : le gouvernement compte bien se rabattre sur sa variable d’ajustement préférée, les services publics.

On prend les mêmes et on recommence

D’après Matignon, la commission sera composé de dix personnes et sera « équilibré et rassemblant des sensibilités pluralistes  ». Si l’on se penche un peu sur la liste, on retrouve en réalité un panel qui sera sans aucun doute homogène, tous les efforts tendus vers l’austérité. A l’image de l’après 2008, ou en parallèle des fermetures d’usines et des licenciements par milliers, des attaques avaient été menées tous azimuts contre les services publics et contre les retraites par Sarkozy pour récupérer les milliards qui avaient servi à sauver les banques.

Parmi les chefs d’entreprises, on compte en premier lieu Laurence Parisot ancienne présidente du MEDEF de 2005 à 2013. Mais aussi Augustin de Romanet président-directeur générale du groupe ADP, qui entamé de son côté les attaques en annonçant se séparer de 10 % de ses effectifs, de Romanet est aussi passé par la direction du Fonds de réserve pour les retraites, qui s’occupe, entre autre, de faire des placements financiers avec l’argent de nos retraites.

La commission est également composée de plusieurs économistes (Hélène Rey, Natacha Valla, Beatrice Weder di Mauro et Thomas Wieser), tous passé dans un certain nombre de commissions d’institutions du pouvoir ou encore de banques. Également deux « experts de la machine étatique », Raoul Briet et Jean-Luc Tavernier.

Enfin, deux personnalités politiques, le président de la commission, Jean Arthuis ancien sénateur, ministre de l’économie et des finances sous Chirac et proche collaborateur de Macron.

La dernière personnalité n’est autre que Marisol Touraine, ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé sous Hollande. Il est particulièrement ironique de la retrouver dans cette commission de gestion économique post-covid lorsque l’on sait qu’elle est l’une des pourfendeuse du système de santé français, avec la loi dite « Touraine », qui repoussait par ailleurs l’âge de départ à la retraite à taux plein, jusqu’à 43 annuités travaillées pour les personnes nées après 1973. Elle a également fait partie des nombreuses personnes ayant participé à supprimer des lits. Mais nous avions également récemment pu pointer qu’elle était également à l’origine de la liquidation des stocks de masque nationaux

Une fine équipe donc, qui n’hésitera pas à réappliquer les bonnes vieilles recettes de l’austérité néo-libérale, à base de formules pour l’instant floues : «  Il faut réinventer une manière de piloter les finances publiques après ce choc brutal  ». Romaric Godin résumait parfaitement dans Médiapart les perspectives : « Les dix représentent une commission compacte idéologiquement de personnes favorables à l’austérité budgétaire, défavorables à la dépense publique, et partisans de la substitution du secteur privé au secteur public  »




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