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Crise économique

La direction d’Airbus agite le spectre de la « faillite » : qu’ils publient donc l’ensemble de leurs comptes !

On l'a vu, Airbus est prêt à tout pour rouvrir les usines au plus vite. Avec un nouvel argument : les risques de « faillite » de l'aéronautique... Les ouvriers, à qui l'on exige de risquer leur vie pour « sauver l'économie », n'ont pas à croire Airbus sur parole. Au contraire, nous devons exiger de contrôler ces chiffres, de connaître les profits, dividendes, salaires et parachutes dorés des dirigeants. Ils n'oseront jamais montrer la réalité, tant l'écart est grand entre leurs discours et la réalité

mercredi 8 avril

Le 2 avril, Médiapart révélait dans son enquête comment le gouvernement avait permis à Airbus de passer en catégorie 2, c’est-à-dire d’être considéré un secteur aussi essentiel que l’alimentaire ou l’énergie, et ainsi utiliser des centaines de milliers de masques pour rouvrir les usines.

Difficile pour Airbus d’expliquer que livrer des avions à des compagnies (dont les avions ne volent pas) soit une urgence vitale. C’est pourquoi la direction cherche à développer un nouvel argument phare pour faire reprendre le travail : le risque de « faillite ». Elle tente aussi avec cet argument de préparer le terrain à d’éventuelles restructurations qui pourraient venir. Selon Reuters, la direction du groupe aéronautique envisagerait déjà une réduction drastique de la production d’A320, le modèle best-seller de la marque et d’autres pourraient venir.

Ils nous parlent de « crise économique » : exigeons de voir leur livre de comptes

Il est certes vrai que les carnets de commandes risquent de ne plus être aussi pleins avec la crise du coronavirus pour les entreprises de l’aéronautique. Mais pourquoi ce serait à nous, comme toujours, les ouvriers, d’en payer le prix, en risquant notre santé et celle de nos proches, en donnant nos jours de congés, en acceptant les licenciements annoncés ? Nous ne qui ne sommes absolument pas responsables de la crise dans laquelle nous plongent les capitalistes.

D’autre part, si les patrons insistent sur les difficultés économiques, on ne connaît rien sur l’ampleur de celles-ci ni sur la stratégie qu’ils comptent adopter. Où sont passés les milliards de profits accumulés depuis des années ? En moyenne depuis 2009, le secteur aéronautique génère une marge d’un peu plus de 10% (EBIT), soit plusieurs dizaines de milliards d’euros. 40 milliards en 2017 par exemple (on parle bien ici de bénéfices, et pas du chiffre d’affaire). Ces bénéfices sont d’ailleurs de plus en plus concentrés dans les donneurs d’ordre, Boeing et Airbus, qui font jouer la concurrence entre sous-traitants. Ils ont donc beau jeu aujourd’hui d’utiliser la « fragilité des petits sous-traitants » comme argument.

Si les patrons veulent utiliser l’argument économique pour nous faire payer leur crise, nous devrions avoir la transparence sur tout l’argent dont ils disposent. Comme nous le disions dans cette vidéo, « Tout ouvrier à qui on demande de risquer sa vie et celle de ses proches a le droit de savoir le salaire de son patron et ce qu’il a cumulé depuis des années, les dividendes versés... On a le droit de savoir tout ça ! »

Or, les profits réels sont un secret bien gardé. Premièrement, les données distribuées aux élus CSE dans les usines sont souvent difficilement interprétables, y compris avec l’aide de cabinets d’expertise, étant donné l’opacité des informations clés. Mais même quand on peut en tirer quelque chose, il est interdit de faire connaître les chiffres aux salariés, confidentialité oblige. Les patrons justifient cette confidentialité par le secret commercial et la concurrence. La réalité, c’est que ceux-ci essaient de cacher au maximum l’ampleur du décalage entre les profits générés d’une part, et les salaires d’autre part. S’il y avait toute transparence, il serait bien difficile pour eux de tenir le même discours...

Ils nous parlent de « concurrence », nous voulons voir accès à tous les livres de compte des patrons de l’aéronautique

Il est vrai que, pris dans le jeu de la concurrence qu’ils organisent eux-mêmes, certains patrons peuvent effectivement être « battus » par leurs concurrents. Et si cela arrive, ils chercheront à chaque fois à ce que leurs ouvriers soient la première variable d’ajustement. Voici résumé la situation de la compétition capitaliste où les patrons prennent des « risques », mais jamais pour eux-mêmes : s’ils gagnent, ils emportent le pactole en milliards de dividendes ; s’ils perdent ils font payer la facture aux ouvriers.

C’est face à ce constat, aussi vieux que le capitalisme, que le dirigeant révolutionnaire russe, Léon Trotsky, écrivait dans le Programme de Transition, dans un chapitre sur le secret commercial et le contrôle ouvrier sur l’industrie, qu’il fallait revendiquer d’avoir accès à la comptabilité non seulement des capitalistes isolés mais de tous les patrons pris dans le jeu de la concurrence :

« Aux capitalistes, surtout de petite et moyenne taille, qui proposent parfois eux-mêmes d’ouvrir leurs livres de comptes devant les ouvriers - surtout pour leur démontrer la nécessité de diminuer les salaires - les ouvriers répondent que ce qui les intéresse, ce n’est pas la comptabilité de banqueroutiers ou de semi-banqueroutiers isolés, mais la comptabilité de tous les exploiteurs. Les ouvriers ne peuvent ni ne veulent adapter leur niveau de vie aux intérêts de capitalistes isolés devenus victimes de leur propre régime. La tâche consiste à reconstruire tout le système de production et de répartition sur des principes plus rationnels et plus dignes. Si l’abolition du secret commercial est la condition nécessaire du contrôle ouvrier, ce contrôle est le premier pas dans la voie de la direction socialiste de l’économie. »

Pour résister aux attaques, c’est l’ensemble du régime capitaliste qu’il faut remettre en cause

Dans un secteur où 70% des travailleurs sont dans la sous-traitance, nous ne voulons pas seulement voir les comptes et les chiffres de chaque patron individuel, mais bien de tout le patronat de l’aéronautique, qui cherche à nous faire payer la crise après s’être engraissé pendant des années. Cette exigence, nous devons la porter à chaque fois et dans chaque usine où les attaques à nos droits sont justifiées par les « difficultés économiques ». Cette revendication est d’autant plus d’actualité quand on sait que Airbus et Boeing se lancent aujourd’hui dans une concurrence mortifère pour s’accaparer les marchés sur la santé et la vie des travailleurs.

A l’heure où il y a urgence à défendre pas seulement nos salaires ou nos conditions de travail, mais nos vies et celles de notre classe, le Programme de Transition, écrit par Trotsky en 1938, dans un contexte de profonde crise économique et sociale, se révèle d’une grande actualité et pose les formes de la lutte que devraient mener les ouvriers face à la crise actuelle, de la résistance aux attaques à venir, mais plus largement la remise en cause de l’ordre capitaliste.

« les propriétaires et leurs avocats démontreront l’ "impossibilité de réaliser" ces revendications. Les capitalistes de moindre taille, surtout ceux qui marchent à la ruine, invoqueront, en outre, leur livre de comptes. Les ouvriers rejetteront catégoriquement ces arguments et ces références. Il ne s’agit pas du heurt « normal » d’intérêts matériels opposés. Il s’agit de préserver le prolétariat de la déchéance, de la démoralisation et de la ruine. Il s’agit de la vie et de la mort de la seule classe créatrice et progressive et, par là même, de l’avenir de l’humanité. Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications qui surgissent infailliblement des maux qu’il a lui-même engendrés, qu’il périsse ! La "possibilité" ou l’ "impossibilité" de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport des forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Sur la base de cette lutte, quels que soient ses succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront mieux que tout la nécessité de liquider l’esclavage capitaliste ».




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