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Travail en présentiel "recommandé" : quand Total cherche à contourner l’obligation de télétravail

Alors que le nouveau protocole sanitaire national, présenté après l’annonce du reconfinement la semaine dernière, stipule que le télétravail doit être « la règle pour l’ensemble des activités qui le permettent », la direction de Total a cherché à la contourner en incitant ses salariés à venir au bureau... avant de rétropédaler partiellement.

mercredi 4 novembre

Source : AFP

Elisabeth Borne, ministre du Travail, rappelait le 1er novembre sur les plateaux du « Grand Jury RTL-LCI-Figaro » que « le télétravail n’était pas facultatif » et que « si 100 % de vos tâches peuvent être faites à distance, vous devez être 5 jours sur 5 en télétravail ». Pour autant, la direction de Total ne s’est visiblement pas sentie concernée, puisque dès le 30 octobre, elle envoyait une note aux salariés travaillant au siège du groupe à la Défense concernant la mise en place de ces nouvelles mesures, en leur recommandant « le travail présentiel à hauteur de deux jours par semaine  ».

Les arguments avancés par la direction s’appuient sur les déclarations du gouvernement concernant les salariés ne pouvant pas être en télétravail à 100 %. Lors de la conférence de presse du 29 octobre, la ministre du travail citait l’exemple des salariés travaillant : « dans un bureau d’études pour un ingénieur ou un technicien, ou pour un architecte qui a besoin d’équipements spécifiques pour travailler », tandis que le nouveau protocole sanitaire national recommande aux employeurs de « veiller au maintien des liens au sein du collectif de travail et à la prévention des risques liés à l’isolement des salariés en télétravail ». Deux points d’appui pour la direction de Total, qui s’est empressée de les appliquer à ses salariés, comme les extraits de la note ci-dessous en témoigne :

« S’agissant des sièges et des bureaux, pour protéger la santé des collaborateurs, le télétravail est privilégié. Cependant parce que certaines activités nécessitent un travail en équipe et dans le souci de préserver le lien social, nous recommandons le travail présentiel à hauteur de deux jours par semaine afin de permettre, d’une part, l’accomplissement des tâches collectives (réunions de comités de management, réunions budgétaires, réunions de projets, bureaux d’études, bilans intermédiaires, réunions opérationnelles d’équipes…) et d’autre part, les activités nécessitant l’accès à des outils, informations ou documents disponibles que sur site (logiciels spécialisés, accès à des données sensibles, accès à des documents papiers…). »

Un message aux managers qui contredit les recommandations gouvernementales, dénoncé dans un communiqué de la CFDT Total datant de ce lundi : « Si elle n’interdit rien, elle incite les managers à désobéir aux recommandations de l’Etat en imposant la règle de deux jours de travail en présentiel ». Une mesure qui semble avoir été appliquée puisque, selon un témoignage d’un salarié du groupe dans Capital, son manager a imposé ces deux jours de présence dans les bureaux, sous couvert des « recommandations ». La formulation « de recommandation » est de toute façon bien illusoire puisque derrière cette formule se cache une véritable pression exercée par la direction sur ses salariés pour leur imposer la venue en présentiel, démontrant encore une fois qu’entre la santé des salariés et le business as usual, Total a fait son choix.

Face à l’esclandre que cette note et sa médiatisation a provoquée en interne du groupe, la direction a reculée hier en plaidant une pseudo « incompréhension des managers » et en déclarant qu’elle enverrait une nouvelle note qui cette fois propose « sur la base du volontariat » aux salariés qui en auraient besoin de se rendre aux bureaux deux jours par semaine, mais aussi « dans un souci de préserver du lien social ». Un mea culpa qui ne change pas vraiment le propos, tant on sait les pressions réelles qui s’exercent sous couvert de "volontariat"...

Alors que le gouvernement porte un discours de fermeté sur le télétravail, la réalité, en particulier dans les grands entreprises, est toute autre. Plusieurs appels à témoignages, lancés dans des médias comme 20 minutes ou Capital révèlent que de nombreux salariés sont forcés de se rendre sur leurs lieux de travail tous les jours, alors que leur emploi pourrait être exercé en télétravail, car leurs employeurs seraient inquiets de « perdre le contrôle sur leurs salariés avec une baisse de productivité ». Un des témoignages provenant de Capital explique par exemple : « On m’a refusé le télétravail à mon équipe et moi pour la simple et bonne raison que mon patron estime qu’un de mes collaborateurs serait moins productif en télétravail qu’en présentiel alors que le télétravail à 100 % pendant le premier confinement et que cela s’était bien déroulé ».

Derrière les mesures du gouvernement, les directions d’entreprises qui aménagent le télétravail à leur sauce pour pouvoir continuer à exercer la plus forte pression possible sur les salariés ont donc les mains libres, et ce alors que la situation sanitaire est catastrophique et que les entreprises sont les principaux lieux de clusters. De fait, face à la deuxième vague, le gouvernement et le patronat marchent main dans la main pour imposer le maintien des profits, et ce au détriment de la santé des travailleurs. Dans ce cadre, ce sont les salariés eux-mêmes qui doivent s’organiser pour imposer leur propre protocole sanitaire, à l’image des personnels de l’éducation nationale qui se mobilisent actuellement !




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