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Politique

Augmentation des salaires

La direction de la CGT de retour aux « négociations » : il faut définitivement rompre avec le dialogue social !

Après avoir suspendu sa participation aux concertations avec le gouvernement suite aux réquisitions des raffineurs, la direction de la CGT a annoncé ce mardi son retour à la table des négociations. Ce retour express au « dialogue social » désarme les travailleurs sur la lutte pour les salaires, à seulement deux jours de l'appel à la grève du 10 novembre.

mardi 8 novembre

Ce mardi après-midi, pour la première fois depuis la réélection de Macron, les représentants de l’ensemble des centrales syndicales rencontraient ceux des organisations patronales au siège du Medef, pour inaugurer une nouvelle session de négociation interprofessionnelle. Celles-ci s’ouvrent sous l’impulsion du gouvernement, qui a fixé des axes de réflexion sur lesquels doivent plancher les partenaires sociaux pour améliorer le « partage de la valeur ».

Au programme les objectifs de « « généraliser le bénéfice des dispositifs de partage de la valeur pour les salariés, notamment des plus petites entreprises », la « modernisation » de la formule de la participation et son articulation avec la prime Macron rebaptisée « prime de partage de la valeur » et l’orientation de l’épargne salariale « vers les grandes priorités d’intérêt commun » » synthétisent Les Echos.

L’objectif est clair pour la macronie : il s’agit de clore la séquence de la grève des raffineurs, qui a mis au centre du débat public l’augmentation des salaires et de leur indexation sur l’inflation, en calmant la colère par des propositions alternatives, acceptables par le patronat. Comme le soulignent Les Échos : « Alors que le partage du profit est au cœur de nombreux conflits sociaux, comme chez TotalEnergies ou à la RATP, le ministre de l’Economie mise sur la création d’un « dividende salarié » pour apaiser les tensions. »

Emblématique de la logique du gouvernement, le « dividende salarié », présenté par Bruno Le Maire comme « le profit pour tous et pas pour quelques-uns », actualise la stratégie bourgeoise d’association des salariés à l’objectif d’accumulation de profit de ceux qui les exploitent. Un moyen d’évacuer la perspective de l’augmentation des salaires et celle de leur indexation sur l’inflation, remplacés par une forme d’augmentation aléatoire, momentanée et surtout très hypothétique des revenus.

Par ailleurs, le choix de la macronie de s’appuyer sur l’article 1 du Code du travail pour laisser la discussion, cadrée par le ministre du Travail, entre les mains des « partenaires sociaux », en inscrivant ce nouveau cycle de négociation dans la continuité des « grandes conférences sociales » de l’ère Hollande, est loin d’être anodin. Il vise à mettre en scène le « dialogue social » pour contenir les directions du mouvement ouvrier dans une période potentiellement explosive.

Dans ce cadre, la décision de la direction confédérale de la CGT d’acter son retour à la table des négociations, après avoir refusé de siéger aux côtés du gouvernement suite à la réquisition des raffineurs, interroge. Si celle-ci a annoncé vouloir se saisir du rendez-vous pour « parler augmentations de salaires », cette participation à une discussion impulsée par le gouvernement ne peut apparaître que comme un recul par rapport à l’enjeu de la construction d’un mouvement de grève pour les salaires.

Un recul que n’ont pas manqué de remarquer les journalistes. « Vous vous rappelez la grève des raffineurs ? », a ainsi ironisé mardi matin un journaliste de BFMTV en s’adressant à Philippe Martinez à propos de cette décision. « On s’est opposés aux réquisitions et c’était pour marquer le coup, mais c’était avec le gouvernement », a répondu le secrétaire général de la CGT en tentant de justifier ce revirement de façon peu convaincante.

En réalité, en s’en remettant au « dialogue social » après les deux journées de grèves isolées les 18 et 27 octobre et à quelques jours de la mobilisation du 10 novembre, la direction de la CGT semble donner le signal d’un abandon de toute perspective de construction d’un plan de bataille sérieux pour arracher des augmentations générales des salaires. Une attitude qui cautionne la manœuvre du gouvernement sur le terrain des négociations et qui désarme les travailleurs.

En effet, comme l’ont montré les cinq dernières années, ce n’est que par le rapport de forces qu’il sera possible d’arracher des revendications d’urgence face à la crise. Aussi, il est urgent que la base de la CGT dénonce ce retour aux négociations, et exige un plan de bataille face au patronat et au gouvernement. Un plan qui aurait par exemple impliqué de faire de la mobilisation de jeudi un réel point d’appui pour la construction d’un mouvement en reconductible.

Le retour du gouvernement au « changement de méthode », promis par Macron à l’aube de son nouveau mandat, ne prépare qu’une offensive sociale plus large, et notamment la réforme des retraites, qui ne pourra être combattue que dans la rue et sur nos lieux de travail.



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