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Politique

Nationalisation sous contrôle des travailleurs !

La face cachée des énergies propres aux mains des firmes capitalistes

La transition énergétique est à la mode chez le grand patronat. Total, Shell, Engie, PSA, Airbus… tous ont leur nouvel accoutrement vert, pour mieux passer les turbulences de la crise économique à l’assaut de nouveaux marchés juteux et convaincre une partie de l’opinion publique de leur compatibilité avec le monde de demain. Énergies renouvelables, moteurs électriques, à hydrogène mais aussi biocarburants, technologies à émissions négatives. Pourquoi, dans les mains des capitalistes, ces technologies nous mènent droit dans le mur ?

mardi 16 mars

Crédits photo : Michael Robinson Chavez/Washington Post / Un travailleur de la mine de graphite Jin Yang, Chine.

L’horizon de « solutions » énergétiques que nous offre la bourgeoisie

Différentes solutions sont proposées par la bourgeoisie : l’amélioration de l’efficacité énergétique des procédés, la capture du CO2 par des installations industrielles très énergivores pour le réinjecter, par exemple, dans le Coca ou encore la décarbonation de la production d’énergie à travers les énergies renouvelables. L’utilisation actuelle faite de ces technologies ne remet en aucun cas en question les causes du pillage et de la destruction de la planète.

La réalité de la production des technologies vertes aux mains des capitalistes

La décarbonation de la production d’énergie est recherchée notamment à travers les énergies renouvelables en grande majorité tournées vers l’éolien et le solaire pouvant alimenter des moteurs électriques. L’utilisation actuelle de ces technologies est totalement incompatible avec les scénarios du GIEC pour rester en dessous de 2°C d’augmentation de la température d’ici à 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Les procédés d’extraction des matériaux nécessaires à la production de ces technologies sont très énergivores et polluantes et la question du recyclage est incompatible avec les logiques actuelles.

Ces énergies aux mains des capitalistes ne seront que l’avènement d’une nouvelle ère polluante, celle de l’ère minier, qui n’est guère plus reluisante.

La Chine détient la plus grande partie des métaux rares, notamment les 2/3 du graphite très utilisé dans les technologies vertes et notamment les batteries au lithium des moteurs électriques. Le pays est le premier producteur du marché avec 50% des ventes de la voiture électrique. L’exemple de l’extraction de ce métal est éloquent sur les conséquences sociales et environnementales : les travailleurs de ces mines aussi appelés les « nouvelles gueules noires du XXI ème siècle » meurent de maladie comme le silicose qui transforme les poumons en pierre. Les populations alentour sont contraintes de se déplacer à cause des risques sanitaires, l’eau potable est polluée par des rejets de fluor qui donnent les os de verre, mais aussi par des rejets de thorium, élément radioactif. Le nombre de cancer dans la région croît de façon exponentielle et les terres agricoles près des mines sont rendues infertiles…

Mine de métaux rares Baotou, Chine. Crédits photo : Stringer / Reuters.

Le Nord du Chili qui détient 13% des réserves mondiales de cuivre - très prisé dans les technologies vertes - abrite la plus grosse mine du monde à ciel ouvert, Chuquicamata, connaît des problématiques similaires. « Le Chili est le principal producteur mondial de cuivre, avec 5,7 millions de tonnes produites en 2014. C’est une ressource essentielle pour le pays, qui représente près de 50 % des exportations et contribue à hauteur de 11 % au produit intérieur brut » selon l’Observatoire des multinationales. Or cette industrie rend l’air irrespirable, contamine les eaux de métaux lourds et le nombre de cancers explose dans les villes alentour. Piliers de l’économie chilienne, les dégâts humains et environnementaux de ces industries sont là aussi ignorés. Pour extraire et raffiner le minerais il faut pomper beaucoup d’eau des nappes phréatiques presque vidées - 2000l chaque seconde à Chuquicamata ! - désert où il n’a pas plu depuis 500 ans, selon les données du documentaire Arte la face cachée des énergies vertes. «  Dans ce contexte, la technologie du dessalement de l’eau de mer représente une solution de plus en plus accessible pour faire face à la rareté de l’eau potable et au stress hydro-politique  » selon Maureen Walschot spécialiste de la région, solution éminemment énergivore en électricité. Et cette production électrique au Chili est à 40% au charbon, avec 28 centrales héritées de la dictature de Pinochet et dont 4 appartiennent au groupe français Engie (qui s’autoproclame « entreprise verte »), qui permet d’alimenter en électricité la mine et le dessalement de l’eau… Des énergies « vertes » produites à partir d’énergies polluantes : voilà une belle performance !

La production de ces énergies qui n’ont de “vert” que le nom sont également utilisées dans la communication des entreprises de construction automobile qui vendent leur voiture électrique « verte », l’aviation civile qui utilise de plus en plus de moteurs hybrides ou, en projet, à hydrogène ou encore le projet de taxis volants verts d’Airbus à horizon 2030.

La question du recyclage

Comme le décrit Olivier Vidal, minéralogiste au CNRS, deux modèles contradictoires existent sur l’avenir du cuivre. Certains chercheurs considèrent qu’ « un pic de production primaire apparaîtra en 2050 si l’on continue à suivre les tendances historiques de production primaire (+3% an)  ». Un autre modèle « non plus basé sur la production de cuivre à croissance continue mais sur la demande […] : le pic de cuivre primaire n’existe plus et le cuivre recyclé devient la source majeure au cours de la deuxième moitié du siècle. La baisse de la production primaire n’est pas due à une pénurie de ressource, mais à une stabilisation de la demande qui ne croit plus après 2100 ». Dans le contexte économique qui est le nôtre, le deuxième scénario paraît peu probable. Philippe Bihouix, ingénieur spécialiste des ressources minérales, explique la problématique principale autour du recyclage des énergies renouvelables ou des batteries « vertes » dans le documentaire Arte : « ce qui est extrait des mines coûte moins cher que ce qui est extrait des filières de recyclage », les industriels ont donc davantage intérêt à acheter de la matière première extraite. De plus, il y a de nombreux métaux et de terres rares que l’on ne sait pas encore recycler, puisque cela n’est de toute façon pas rentable.

De nouveaux marchés à forte valeur ajoutée, subventionnés par les gouvernements

Aujourd’hui 10 % de l’énergie produite dans le monde est issue des technologies à énergies renouvelables 29% de l’électricité produite, en 2050 cela pourrait atteindre 50% selon le documentaire Arte. De nombreux entreprises de production d’énergie optent pour cette stratégie de diversification : Engie investit dans les énergies renouvelables avec aujourd’hui un mix énergétique composé à 60% d’énergies renouvelables, Shell dit vouloir augmenter ses investissements passant de 5 à 6 milliards USD par an ou encore le géant français Total a augmenté de 20% en 2020 ses investissements dans le solaire et l’éolien. Plus largement en 2019, 72 % des nouvelles capacités de production d’électricité dans le monde sont renouvelables selon l’Irena.

En réalité ces investissements, encore très marginaux, et la mise en œuvre d’un mix énergétique à échelle mondiale par les entreprises de production énergétique, n’ont de raison d’être que d’acquérir des parts de marché des nouveaux cercles de consommation énergétique issus des pays émergents. Aussi, ces nouvelles sources d’énergies ouvrent des marchés à forte valeur ajoutée que les entreprises s’arrachent.

L’Etat français subventionne cette transition, ce qui permet aux investisseurs, selon la ministre de la Transition écologique « une rentabilité des fonds propres pour l’actionnaire pouvant atteindre 80 %  » par la garanti aux producteurs d’électricité verte un tarif de rachat fixe - ceci dans une logique de concurrence entre les pays. Comme en Chine, leader sur ces technologies, comme l’analyse le CSIS : « il est fort probable que les politiques de fabrication et de déploiement de technologies d’énergie propre se heurteront à des barrières commerciales (comme dans le passé) en raison de l’utilisation massive par la Chine des subventions publiques pour développer des technologies et protéger les industries nationales  ».

Les capitalistes ne peuvent pas atteindre les objectifs de la transition énergétique

Les capitalistes ont pour objectif permanent de baisser leurs coûts de production que ce soit sur le dos du travail, des coûts d’exploitation ou des coûts environnementaux. Cette recherche de profit, par la baisse des coûts de production, les pousse à conquérir de nouveaux marchés sur le terrain des énergies mais aussi dans le développement des nouvelles technologies. En même temps, ils essaient de se redonner une image face aux critiques, notamment écologistes, avec des opérations de marketing comme la transition énergétique qui n’est qu’une escroquerie.

Aucune transition qui réponde sérieusement aux enjeux ne peut être mise en œuvre dans ce cadre car ce ne sont pas les meilleures solutions qui sont recherchées mais les plus rentables pour répondre à l’impératif d’élargissement permanent des cercles de production, de circulation et donc, de consommation.

Pour une production énergétique aux mains des travailleurs

Des solutions existent d’ors et déjà comme la relocalisation de l’extraction rationnelle de minerais, ce qui serait une baisse de profit considérable pour les capitalistes qui peuvent, en toute impunité, extraire dans des pays où les normes sociales et environnementales sont quasi-inexistantes. Une rationalisation de la production vers une production à échelle locale montre son intérêt environnemental avec l’exemple de la pêche : « de la petite pêche artisanale à pêche industriel pour un kilo de poisson il faut en tonne de carburant deux à trois fois plus  » comme le dit Daniel Tanuro, ingénieur spécialiste des questions environnementales. Cet exemple montre que l’utilisation que l’on fait des technologies est déterminante sur sa consommation énergétique.
Également, le photovoltaïque organique est beaucoup moins polluant car il ne nécessite pas de métaux stratégiques, mais ces cellules de troisième génération sont moins productives, donc moins rentables ; en conséquence elles n’intéressent pas les investisseurs.
Même les avancées minimes comme les moteurs à propulsion électrique hybride d’avions commerciaux ne peuvent pas être utilisées dans le système actuel, comme l’explique Julie Kitcher, vice présidente exécutive d’Airbus pour l’AFP :
« Les avions livrés en 2019 sont certifiés pour voler avec 50% de carburants d’aviation durables et devraient l’être au cours de la prochaine décennie pour pouvoir brûler uniquement des biocarburants ou carburants de synthèse. Or ceux-ci sont encore trop chers, donc pas rentables pour les compagnies aériennes  ».

Pour une transition énergétique qui ne soit pas du greenwashing, mais qui réponde réellement aux besoins sociaux et écologiques, on ne peut pas laisser les commandes de l’économie à une poignée de capitalistes soumis à la recherche perpétuelle de profit, il faut aller vers la nationalisation sans rachat et sous contrôle ouvrier des secteurs stratégiques de l’économie comme celui de l’énergie. Ceci dans l’objectif d’aller vers une planification démocratique permettant d’organiser la transition énergétique et d’établir un plan de production énergétique où les compétences des salariés sont mises au service de la transition écologique.
Un objectif pareil, qui s’attaque directement à la propriété des capitalistes pour la mettre sous contrôle démocratique des travailleurs, on ne peut pas l’attendre ni du patronat ni du gouvernement qui n’ont que la compétitivité en tête. Comme face à la casse sociale, la lutte est la seule réponse viable au défi écologique ; lutte dont le point de départ est la réponse aux attaques sur les salaires et les emplois. Comme ce fut le cas lors de la grève exemplaire des raffineurs de Grandpuits qui se sont battus pour zéro suppression d’emploi et pour un vrai plan de reconversion écologique du site en lien avec les organisations écologistes !




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