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La fin de l’opération Barkhane au Sahel ? L’énorme coup de bluff de Macron

Macron vient d’annoncer la « fin de l’opération Barkhane » au Sahel, mais ne compte en réalité qu’échanger 30% des militaires déployés contre un plus fort contrôle au sein des armées africaines. Les intérêts de l’impérialisme français ont de beaux jours devant eux.

vendredi 11 juin

Crédit photo : AFP

Lors de sa conférence de presse à la veille du sommet du G7 ce jeudi, Macron a annoncé la « fin » de l’opération « Barkhane » au Sahel. Le gouvernement a justifié cette annonce “choc” en réponse au deuxième coup d’État au Mali qui avait compliqué les plans de l’intervention française dans la région : « Nous ne pouvons pas sécuriser des régions qui retombent dans l’anomie parce que des États décident de ne pas prendre leurs responsabilités ».

Un coup de bluff politique de Macron

Ainsi, le président français annonce brutalement la fin d’une opération militaire qui aura duré plus de huit ans, dont les objectifs proclamés étaient de « sécuriser la région » et surtout les intérêts de l’impérialisme français, en menant la guerre aux djihadistes. Une opération qui employait plus de 5.000 soldats, 7 avions de chasse, 20 hélicoptères, 3 drones, sans compter les quelques 500 véhicules blindés et 400 véhicules pour assurer la logistique, pour un budget de près d’un milliard d’euros par an, selon Le Monde.

En réalité, cette déclaration n’est qu’un coup de bluff politique de la part de Macron. Le scénario dévoilé par des sources concordantes au Monde était déjà sur la table en 2020, et la perspective n’est en aucun cas la fin de l’intervention militaire au Sahel, ni même le retrait des troupes. La « fin » de l’opération « Barkhane » ne signifierait en fait que la fermeture d’une des cinq bases françaises au Mali, le retrait d’ici l’été 2022 de 1.500 soldats sur les 5 000 déployés, avec un objectif final « pour l’heure hypothétique » d’en retirer 2.500 d’ici 2023, sous réserve d’évolutions « au gré de l’actualité ».

« Changement de modèle » : l’État impérialiste français renforce son appui aux armées locales

Et ce timide retrait des effectifs fera finalement place à un renforcement du poids de l’État français sur les armées locales. Toujours d’après Le Monde, Macron prévoit ainsi « l’envoi de militaires coopérants dans plusieurs états-majors ou directions des forces armées et de sécurité du Mali, ainsi qu’auprès des États sahéliens qui le souhaiteraient ». Comme cela a déjà été testé au Mali depuis 2019, ces hauts-gradés français dans les armées subsahariennes auront pour rôle de « remettre sur pieds leurs troupes, améliorer le recrutement et leur entraînement ».

Ce « changement de modèle » que décrit Florence Parly, la ministre des armées, sera aussi accompagné d’un nouveau plan de soutien financier et matériel aux armées africaines. « La Facilité européenne pour la paix (FEP) ouvre une possibilité nouvelle pour l’UE : celle de financer des opérations de défense commune, des mesures d’assistance militaire, et surtout, de la fourniture d’équipements létaux », apprend-on ainsi dans les colonnes du Monde

De plus, pour ajouter à l’hypocrisie de l’annonce, en coordination avec la « fin de Barkhane », « des négociations sont en cours [avec les Nations Unies] pour renforcer rapidement [Minusma] d’environ 2 000 hommes », déployés précisément dans le nord du Mali, là où Macron annonçait retirer quelques-unes de ses troupes.

L’ingérence impérialiste continue : troupes françaises hors d’Afrique !

Le projet ne constitue donc en rien un recul de l’ingérence de la France en Afrique. Pour Macron, mettre fin à « Barkhane » c’est bien plus une tentative d’enterrer une crise de crédibilité de l’intervention de l’armée française avant les élections présidentielles.

En effet, la réprobation de l’opération « Barkhane », et à travers elle l’ensemble de la politique d’intervention française en Afrique, de la part de la population s’est accentuée ces dernières années des deux côtés de la Méditerranée. En 2019, des dizaines de milliers de maliens manifestaient à Bamako pour exiger le retrait des troupes françaises du territoire, alors qu’un sondage de la radio Tamani exprimait l’opinion défavorable de l’État français part plus de 80% de la population.

Et ce sentiment anti-français a été alimenté les années suivantes par de nombreux scandales dans lesquels de nombreux civils maliens ont été tués par l’armée française. Cette année, on avait la confirmation que 19 civils sont morts lors d’un mariage bombardé par les forces d’interventions de l’opération « Barkhane ».

De plus, le récit étatique de la « lutte contre le djihadisme » est lui aussi mis à mal par les récents rapports d’intervention. Au contraire, selon un correspondant du Monde à Bamako, durant les 8 ans de l’opération « Barkhane », « la violence exercée à l’encontre des populations civiles n’a cessé d’augmenter dans la région », et la présence « [des groupes affiliés à Al-Qaida] s’est étendu bien au-delà des frontières du nord malien ».

Bien qu’en essayant de réduire au maximum le nombre de troupes déployées sur place et en s’appuyant plus fortement sur les armées africaines, Macron va donc évidemment poursuivre l’intervention meurtrière de la France en Afrique après « Barkhane ». Les enjeux sont de taille pour l’impérialisme français, à l’heure où l’Afrique et en particulier le Mali sont l’objet de toutes les convoitises.

« La nature a horreur du vide » : vers une crise de la françafrique ?

Même si le Mali n’est pas particulièrement riche en matières premières directement exploitables, il « se trouve en revanche sur la route d’intérêts français plus conséquents : l’uranium au Niger, les investissements économiques et portuaires en Côte d’Ivoire » comme le rappelle Morgan Le Cam, envoyé spécial du Monde au Mali. Il rapporte ainsi les paroles d’un homme politique malien : « Un homme politique malien m’a dit hier [...] : «  La nature a horreur du vide.  » Selon lui, Emmanuel Macron a été «  brutal  » en annonçant la fin de l’opération «  Barkhane  ». «  Ça pourrait être un tournant qui pousse [...] à aller chercher d’autres partenaires.  ». La Russie est dans toutes les bouches ».

Mais si l’annonce de Macron a semblé « brutale », il est clair qu’elle n’en est pas moins qu’un énorme coup de bluff en vue de relégitimer son armée. Le président ne prévoit que de changer son intervention militaire sur la forme, mais en aucun cas d’y mettre fin ni de laisser sa place de choix dans la guerre géopolitique sur le contrôle des ressources africaines.

En soutien aux centaines de milliers de maliens qui se sont attaqué aux symboles de l’impérialisme français lors des dernières manifestations, et face à la fourberie d’un gouvernement qui continue d’exploiter et de tuer la population africaine, nous devons exiger le retrait de la totalité des troupes françaises en Afrique et au Moyen-Orient sans délai.




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