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La grande distribution maximise ses profits avec le chômage partiel

Depuis la fermeture des rayons considérés comme non-essentiels le 4 novembre, de nombreuses enseignes de la grande distribution profitent du chômage partiel pour maximiser leurs bénéfices, à l'image de Carrefour qui prévoit d'appliquer le dispositif pour 90 000 de ses 110 000 salariés. Une pratique honteuse qui passe très mal auprès des salariés et oblige la Ministre du travail à se positionner.

mardi 17 novembre

BERTRAND GUAY / AFP
Suite à la colère provoquée par l’annonce de l’utilisation du chômage partiel par différentes enseignes de la grande distribution comme Carrefour, Auchan, Casino, Monoprix et Leclerc, la ministre du Travail Elisabeth Borne s’est exprimée ce dimanche 15 novembre. Ce scandale s’est particulièrement fait ressentir à Carrefour où la CGT avait dénoncé la volonté de leur direction de « réaliser des économies substantielles sur le dos des contribuables » en appliquant la mesure à la quasi-totalité du personnel. Aussi à Auchan l’indignation était de mise quand la direction a affiché son refus de compenser les pertes de salaires engendrées par le chômage partiel.

Face aux dénonciations d’utilisation frauduleuse du dispositif de chômage partiel, la ministre a timidement avancé que le gouvernement « vérifiera » si les demandes sont « justifiées ». Des menaces qui restent très floues et complaisantes, surtout quand on les compare à la dureté du traitement appliqué aux petits commerçants qui subissent de plein fouet la crise sanitaire, obligés de fermer leur entreprise et qui sont, pour une grande partie, menacés de faillite. A l’inverse, pendant le confinement le patronat de la grande distribution profite pleinement de la situation avec une augmentation des dépenses d’alimentation des ménages (+ 4% selon l’INSEE pour le premier confinement) au détriment de la fermeture des restaurants et des cadences infernales imposées aux salariés.

Elisabeth Borne va même plus loin et en vient à dire que « l’activité partielle ça sert à éviter les licenciements ». Une déclaration des plus hypocrites quand on connaît le profit accumulé par ses enseignes sur les dernières années mais aussi les plans de licenciements qui s’en accompagne. L’exemple le plus parlant dans ce sens est celui d’Auchan avec déjà plus de 6 000 suppressions d’emplois sur les 10 dernières années, qui a annoncé en pleine crise sanitaire un nouveau plan de licenciements concernant 1 475 postes. Pourtant le taux de rentabilité de l’enseigne a bondi de 79 % au premier semestre 2020, comptabilisant un excédent brut d’exploitation de 1,25 milliards d’euros, d’autant que l’entreprise a versé 2 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires sur les dernières années. A cela s’ajoute les cadeaux fiscaux alloués par l’Etat à hauteur de 500 millions d’euros de crédit d’impôt compétitivité emplois (CICE) sur les sept dernières années. Le patronat de la grande distribution n’a donc pas attendu la fermeture des rayons dits non-essentiels pour licencier, et cela alors même qu’il détient largement de quoi financer une baisse d’activité, sans avoir recours à l’argent public.

Face à ces patrons qui cherchent continuellement à gratter tout ce qu’ils peuvent pour augmenter leurs profits, il faut tout d’abord revendiquer comme mesure d’urgence la prise en charge à 100 % de l’activité partielle par l’employeur. Deuxièmement, dans un contexte de crise économique profonde où le nombre de chômeurs supplémentaires va atteindre les 1 million d’ici la fin de l’année, il faut se battre pour refuser fermement tous licenciements et/ou baisses de salaires.

Contre l’idée de notre Ministre du travail qui ne voit comme alternative au chômage partiel que le licenciement, il faut avancer la revendication du partage du temps de travail entre tous et toutes, et cela sans baisse de salaire. C’est la seule mesure qui puisse répondre réellement aux intérêts des salariés face à une crise économique profonde.

Pour imposer ces revendications, il y a la nécessité d’un plan de bataille d’ensemble à la hauteur des attaques que subissent de nombreux secteurs du travail. Imposer nos revendications passe par une mobilisation d’ensemble qui fasse converger les colères et rompre avec la passivité actuelle de nos directions syndicales. Des raffineurs de Total à Grandpuits menacés de fermeture, aux salariés de Toray qui se battent contre un plan de licenciements, en passant par l’automobile, l’aéronautique ou les salariés commencent à se coordonner au-delà de leur entreprises, et les secteurs du commerces et services à l’image des TUI France, dans la grande distribution avec ici l’exemple d’Auchan et des nombreux groupes possédés par la famille Mulliez ou encore dans l’éducation et les hôpitaux qui se battent pour plus de moyens, il y a urgence à se coordonner pour une lutte commune et radicale qui dépasse les simples journées d’actions isolées. Cette urgence se pose d’autant plus car il y a un enjeu à ce que ces secteurs du travail s’allient avec la colère des milliers de petits commerçants durement touchés par la crise sanitaire.




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