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La grève continue à Sanofi : « il faut réquisitionner les outils de production et faire tomber les brevets »

Le mouvement de grève continue chez Sanofi, alors que la polémique sur les retards de l’entreprise concernant son vaccin ne cesse d’enfler. En pleine crise sanitaire, les syndicalistes réclament la réquisition des outils de production pour vacciner la population.

mercredi 3 février

Crédits Photo : afp.com/JEFF PACHOUD

La grève se poursuit chez Sanofi, la direction fait la sourde oreille

La grève continue chez Sanofi, alors que près de 1700 emplois devraient être supprimés dans l’entreprise, dont 1000 en France, comprenant 400 postes dans la recherche. Jeudi 28 janvier, la première phase de cet énième plan de suppression poste a été confirmée en CSE, prévoyant 364 suppressions de postes, dont 55 sur le site de Montpellier. Des suppressions de postes qui s’inscrivent dans une politique au long cours depuis la crise de 2008 : 3000 emplois ont ainsi été supprimés rien que dans la recherche, avec des plans d’économies avoisinant un total de 8 milliards d’euros. Après une journée de mobilisation importante le mardi 19 janvier, les mobilisations ont continué sur les différents sites le 1er février, avec près de six sites en grèves, dont certains ont reconduit la grève. Mercredi 4 janvier, la CGT appelait ainsi à la grève sur treize sites. Sur le site de Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), la grève a été reconduite jusqu’au 9 février. Les salariés, excédés par la politique de l’entreprise, réclament notamment des augmentations de salaires, gelés depuis dix ans, la fin des suppressions de postes, et l’embauche des intérimaires.

Face à ce mouvement qui prend de l’ampleur, la direction fait la sourde oreille. Quand nous avons demandé à Jean-Louis Peyren, coordinateur CGT de Sanofi-France quelle était la réponse de la direction au mouvement, celui-ci nous a tout simplement répondu : « Aucune. La direction fait comme si elle n’existait pas ». Alors qu’en 2020, les dividendes aux actionnaires s’élevaient à 4 milliards d’euros, l’entreprise se contente de goodies pour leurs salariés et des augmentations ridicules : sur le site de Sanofi-Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), les tickets restaurants vont être « augmentés ». La direction a indiqué à ses salariés que « malgré les restrictions budgétaires la direction propose une augmentation de la prise en charge des tickets restaurant de 90 centimes sur 3 ans ». Une augmentation de 30 centimes des tickets restaurants par an donc, quand le PDG, Paul Hudson, est le deuxième PDG le mieux payé du CAC40, avec une rémunération fixe de 10,7 millions d’euros. Le mouvement se poursuit donc, avec notamment le 4 février une action, organisée devant le siège de l’entreprise, au 54 rue de la Boétie à Paris, intitulée « Le grand procès de Sanofi », lors de laquelle des grévistes d’autres entreprises, comme ceux de Total Grandpuits, ainsi que plusieurs personnalités politiques, s’exprimeront.

Face à la crise sanitaire, la nécessité de la réquisition des moyens de production

Alors que la course à l’approvisionnement des vaccins continue, et que la question des pénuries est dans tous les esprits, la direction de Sanofi semble continuer à faire la sourde oreille, continuant de refuser de mettre à disposition ses lignes de production française pour la production d’autres vaccins. Si Sanofi a bien accepté de prêter ses lignes de Francfort pour la production du vaccin Pfizer/BioNTech, il n’en serait rien en France, malgré ce qu’a pu laisser entendre Emmanuel Macron. En effet, ce dernier a annoncé mardi 2 février que quatre sites pharmaceutiques produiraient des vaccins dès mars, dont un site de Sanofi, celui de Vitry-sur-Seine. Une fake news pour Jean Louis Peyren : « M. Macron cite le site de Sanofi, sauf que c’est pour fabriquer son propre vaccin, et non celui de la concurrence. Il y a de l’intox qui sort de la bouche du gouvernement. Sanofi ne va pas produire de vaccins Pfizer sur ses sites de Vitry ou Marcy-l’Etoile  ». Et en effet, après les annonces du président, le cabinet de la ministre déléguée à l’industrie, a précisé que pour le site de Sanofi, la production commencerait « plutôt au second semestre ».

La politique vaccinale de la direction exaspère un peu plus, jour après jour, les salariés, qui réclament un contrôle du gouvernement sur Sanofi : « Ce qu’on souhaiterait surtout, c’est que en dehors de la casse des emplois qui peut être faite notamment dans la recherche chez Sanofi, il soit plus mis en avant qu’il appartient à l’État de s’accaparer les moyens de production. Aujourd’hui Sanofi est capable de faire rapidement très rapidement certains vaccins qui vont être mis sur le marché. » En effet, l’entreprise avait annoncé pouvoir fabriquer 1,5 milliard de doses par an une fois leur vaccin terminé. Et pendant que son vaccin est toujours en cours de développement, les capacités de production de Sanofi dorment. « Aujourd’hui on est en état d’urgence sanitaire, et la loi permet de réquisitionner les outils de production des biens privés ; il faut le faire, renchérit Jean-Louis Peyren. La loi nous permet aussi de faire tomber les brevets en cas d’état d’urgence sanitaire ; faisons-le ! Que les gouvernants commencent par utiliser des règles qu’ils ont eux-même édicté, c’est tout ! Pour l’instant, il faut agir dans l’urgence, et l’urgence c’est de vacciner massivement et rapidement. » Des solutions légalement possibles, suivant le code de la propriété intellectuelle et les mécanismes de « licence d’office », ainsi que par la loi du 23 mars 2020 sur l’urgence sanitaire qui permet tout simplement d’« ordonner la réquisition de toute personne et de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire ». Mais des mesures que le gouvernement se garde cependant de prendre, ne voulant pas froisser les actionnaires de Sanofi.

Quand le court-termisme du néolibéralisme détruit la recherche scientifique

La politique actuelle de Sanofi montre à quel point sa politique de recherche durant les quinze dernières années a mené dans le mur une des plus grandes entreprises pharmaceutiques au monde, employant plus de 100 000 salariés. A coups de coupes budgétaires et de réorganisations, l’entreprise est aujourd’hui paralysée au moment où toute la population a besoin plus que jamais,d’une industrie du médicament capable de répondre aux besoins de la population. Mais la priorité donnée au versement des dividendes, qui ont atteint quatre milliards d’euros en 2019, a totalement détruit les capacités en recherche et développement de l’entreprise selon le coordinateur CGT de Sanofi : « Vous avez beau mettre des milliards et des milliards dedans, si tous les deux ou trois ans vous changez d’orientation dans votre recherche, il ne faut pas s’étonner si les chercheurs n’arrivent plus à trouver. Cela fait maintenant 13 ans que la recherche est réorganisée tous les deux ou trois ans. Quand vous pensez qu’entre le moment où vous démarrez une recherche et celui où vous proposez la mise sur le marché de votre molécule il s’écoule dix ans, comment voulez-vous arriver à mettre sur le marché des molécules en étant réorganisé tous les deux ou trois ans ? Ce n’est pas possible. »

Une désorganisation que paye aujourd’hui toute la population, quand les actionnaires continuent de s’engraisser. Comme nous le disions dans un précédent article, face à l’incurie de la gouvernance des entreprises de l’industrie pharmaceutique, la réquisition de ces entreprises est bien aujourd’hui à l’ordre du jour. Alors que le groupe devrait annoncer vendredi 5 février un bénéfice net de 9 milliards d’euros, certains syndiqués promeuvent une vision alternative de ces Big Pharma : « Il faut que ce groupe, comme les autres groupes pharmaceutiques, sorte des griffes du capitalisme. Pfizer projetait pour 2021 près de 15 milliards d’euros, et entre 20 et 30 % de marges sur ces 15 milliards d’euros. Le vaccin contre la Covid est donc un bien marchand, et rien d’autre. Et certainement pas un bien commun pour l’humanité comme a voulu nous le présenter le président Macron », conclut, amer, Jean-Louis Peyren.




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