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Plus de retraite, plus de pétrole

La grève des raffineurs multiplie les pénuries dans les stations et aéroports : mettons le pays à l’arrêt !

Alors que quatre raffineries sur sept sont à l’arrêt et que de nombreux secteurs du pétrole sont en grève, la pénurie s’aggrave partout en France, y compris dans les aéroports.

Arthur Nicola

22 mars 2023

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13,6% des stations-services en pénuries, jusqu’à 56% à Marseille

Une nouvelle fois, après la grève d’octobre-novembre, une pénurie de carburants commence à se faire ressentir dans tous le pays. Alors que le 6 mars, 3,8% des stations étaient en rupture partielle et 1,5% en rupture totale, le 22 mars, ce sont 7,1% des stations-services en rupture partielle et 6,5% en rupture totale, selon Le Figaro. Derrière ces chiffres se cachent pourtant des situations très différentes : dans les Bouches-du-Rhône, la pénurie (partielle ou totale) touche 56% des stations, en Loire Atlantique, 44%, en Ille-et-Vilaine, 45% des stations, ou encore 43% des stations dans le Gard.

Grèves dans les raffineries et les dépôts, blocages de zones industrielles : les raisons de la pénurie

Ces pénuries sont les conséquences d’abord des grèves dans les raffineries. En effet, depuis le 2 mars, deux raffineries Total sont à l’arrêt suite à des incendies sur leurs sites. Il s’agit de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) et La Mède (Bouches-du-Rhône), dont le redémarrage est toujours bloqué par la grève reconductible de leurs raffineurs. Ensuite, c’est l’arrêt des installations dans deux autres raffineries, celle de Total à Gonfreville le 17 mars, près du Havre, et celle de PetroIneos Lavéra le 20 mars, près de Marseille, qui complètent le tableau : au total, ce sont 60% des capacités de raffinages de sans-plomb et de gasole qui sont à l’arrêt.

C’est ensuite la grève dans les dépôts pétroliers et les terminaux pétroliers qui crée la pénurie. Dans les trois portes d’entrées maritimes des produits pétroliers en France, la grève continue. A la CIM (Compagnie Industrielle Maritime), qui décharge les tankers au Havre, la grève est toujours reconduite à 100% par les salariés, stoppant toute entrée ou sortie de pétrole brut et de produits raffinés depuis le Havre, ce qui pourrait provoquer rapidement l’arrêt de la raffinerie ExxonMobil de Gravenchon, où la grève a repris le 21 mars. Même situation à Flandres dans le Nord. Finalement, chez Fluxel (l’entreprise homologue à Marseille), la grève est reconductible depuis dimanche 19 mars.

Même le dépôt de réserve stratégique de Manosque, un des plus gros dépôts SAGESS de l’Etat, a vu certains de ses salariés se mettre en grève, selon Alexis Antonioli, secrétaire général de la CGT Total Normandie.

Finalement, ce sont tous les blocages de zones industrielles et de dépôts pétroliers qui bloquent l’approvisionnement normal des stations-services. Ce matin, une opération de blocage au rond-point de Morales à Port-de-Bouc (près du dépôt DPF de Fos-sur-Mer où ont été réquisitionnés des grévistes) a été organisée : 80% des camions qui sortent du dépôt y passe. Hier, les grévistes de Marseille ont tenté d’empêcher les CRS de rouvrir le dépôt, en les affrontant physiquement.

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Dans les aéroports, une situation très tendue au bord de la pénurie de kérosène

La situation est aussi tendue dans les aéroports. D’après Sandie Kerfontain, de la CGT Marketing Service Total, « les sites avitailleurs Total sont en grève reconductible depuis le 6 mars : Bordeaux, Toulouse Airbus et Montpellier ». Au point où lundi 21 mars, il ne restait plus une goutte de kérosène à Montpellier. Sur certains dépôts, les stocks baissent et des limitations de livraisons sont aussi mises en place. Selon Alexis Antonioli, il ne resterait « que quelques jours de kérosène dans les aéroports parisiens et plus une goutte au dépôt de Gennevilliers ».

Jean-Baptiste Salin, de la SASCA (société chargée du ravitaillement des avions) à Lyon Saint-Exupéry confirme ces pénuries : « les pénuries on les trouve de fur et à fur avec les NOTAM que les compagnies pétrolières déposent. Quand elle pose un NOTAM [des messages adressés aux compagnies aériennes, ndlr], c’est qu’elle est en grande difficulté, ce qu’elles n’aiment pas faire. Cela impose aux compagnies aériennes de faire du double emport, c’est-à-dire venir avec le carburant pour repartir et ne pas faire le plein sur les aéroports français ». Or, sur certaines lignes aériennes, les avions n’ont pas suffisamment de stockages pour emporter de quoi faire un aller-retour complet, accroissant ainsi les pénuries. En examinant ces messages NOTAM, il apparaît que ces pénuries de carburants touchent six des dix plus gros aéroports français : Roissy-CDG, Orly, Lyon-St-Exupéry, Marseille-Provence, Nantes-Atlantique et Paris-Beauvais.

S’il fallait encore le rappeler, sans les travailleurs rien ne tourne dans ce pays. Le gouvernement compte désormais jouer la carte de la répression, mais des matraques et des gaz lacrymogènes n’ont jamais fait tourner une raffinerie ou ravitaillé une station-essence ! Macron ne veut rien lâcher, il va falloir le faire dégager lui et sa réforme. Les travailleurs du pétrole sont désormais en première ligne face aux réquisitions de personnel, face aux CRS qui vont tenter de débloquer les dépôts et les raffineries. Face à cette répression, faisons bloc avec les travailleurs du pétrole, face à toute menace de réquisition ou de déblocages, répondons par milliers. Pour que la grève tienne, il faut la défendre face à toutes les attaques !


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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