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Société

Course aux profits

La guerre des labos se poursuit : Moderna annonce un vaccin efficace

Le laboratoire Moderna a annoncé ce lundi un vaccin qui serait efficace à 94,5%. Après Pfizer, BioNTech et Gamaleya la biotech américaine communique à son tour. La concurrence entre laboratoires bat son plein et depuis la semaine dernière, la course au premier qui pourra commercialiser un vaccin se fait à un rythme effréné. Entre effets d’annonce et espoirs légitimes, c’est toujours la recherche des profits qui mène la danse.

mardi 17 novembre

Crédit photo : AFP

Des résultats positifs sources d’interrogations

Ce lundi donc, la biotech américaine Moderna a annoncé que son vaccin est efficace à 94,5%. Si les essais du laboratoire doivent être poursuivis et que l’évolution de la protection du vaccin est encore soumise à interrogations, cette annonce est une nouvelle avancée et un motif d’espoir. Après le géant pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech, puis le laboratoire russe Gamaleya la semaine dernière, c’est donc un troisième candidat qui vient se placer dans la course au brevet et à la commercialisation du vaccin. Et le groupe américain se place à leur tête, en revendiquant un résultat plus conséquent avec un taux de fiabilité de 94,5%, Pfizer faisait valoir la semaine dernière 90% d’efficacité et son concurrent russe 92%.

Néanmoins entre effet d’annonce et recherche accélérée sur fond de concurrence internationale la prudence reste de mise. En effet la phase III, la dernière étape de tests cliniques avant la mise sur le marché, doit en principe durer entre trois et cinq ans. Cette étude qui doit conclure à l’efficacité et la sécurité d’un vaccin a été menée sur plus de 30 000 participants aux Etats-Unis, dont 42% à risque, répartis en deux groupes, l’un témoin s’est vu injecté des doses de placebo, l’autre a reçu deux doses de vaccin (la deuxième vingt-huit jours après la première), sans qu’aucun des volontaires participant à l’expérience ne sache à quel groupe il appartenait. Si les résultats observés sont extrêmement positifs, seuls 5 membres du groupe vacciné ont contracté le virus, ils doivent être analysés au regard de l’urgence sanitaire et de la course aux profits qui poussent les laboratoires à raccourcir de façon draconienne les délais de laboratoire.

S’il s’agit donc comme l’analyse Steve Pascolo,spécialiste des vaccins ARN à l’université de Genève, d’une nouvelle extrêmement prometteuse « Le résultat majeur de cet essai, ce ne sont pas les 94 %, c’est l’absence de cas sévères, car les décès, les passages en réanimation mais aussi les confinements ne sont dus qu’à ces formes sévères. Si on les supprime, la pandémie n’est plus un danger. Ces 0 cas, c’est la meilleure nouvelle de l’année. » de nombreux doutes subsistent. Ainsi ces résultats seront amenés à évoluer avec l’avancée des essais. Marie-Paule Kieny, présidente du comité vaccin Covid-19 France, explique au Monde attendre plus de données pour trancher : « On ignore encore si la protection va durer sur le long terme, et si ce vaccin protège contre la transmission du virus. Pendant leur période d’incubation, les cinq personnes malades du groupe vacciné ont-elles sécrété moins de virus que les 90 malades du groupe témoin ? Les résultats annoncés lundi ne nous renseignent pas sur ce point. Les réponses à ces questions, nous les aurons plus tard, dans les études réalisées après la mise sur le marché. » Une étude que le protocole de Moderna prévoit de faire durer jusqu’à deux ans.

Une annonce sur fond de compétition impérialiste

 

Quelques heures après l’annonce de Moderna, le ministre des affaires étrangères hongrois Peter Szijjarto, affirmait que la Hongrie serait le premier pays de l’Union européenne à recevoir des doses de Spoutnik-v, le vaccin russe controversé. Les premiers échantillons arriveront autour du week-end du 20 novembre et serviront à faire des tests, avant un nouvel arrivage plus massif en janvier. Le premier ministre a justifié ce choix par la liberté des hongrois « de décider à quel vaccin ils font le plus confiance » à « l’approche pro business d’une entreprise américaine ou au vaccin d’état russe ou chinois ». En arrière-plan, c’est une nouvelle dispute inter-impérialiste qui se joue, et la Hongrie d’Orban, un proche de Vladimir Poutine, a pris le parti de son allié russe dans la lutte que se mènent les Etats capitalistes dans la course au monopole du vaccin et à ses profits.

En mars dernier, le journal allemand Die Welt révélait qu’en pleine pandémie mondiale, Donald Trump aurait déployé des moyens financiers considérables pour convaincre un laboratoire allemand privé, CureVac, de délocaliser ses recherches sur le sol américain pour garantir son gouvernement du monopole d’un tel vaccin et des profits de sa commercialisation. En mai un nouveau scandale venait éclabousser la recherche scientifique, Paul Hudson, directeur général de Sanofi annonçait que les Etats-Unis seraient prioritaires dès lors qu’un vaccin serait découvert, car plus efficace que l’UE dans le financement de sa recherche. Ainsi la lutte d’influence que se jouent la Russie et les Etats-Unis sur la question du vaccin n’est pas un événement isolé. Partout dans le monde, la quête d’un traitement donne naissance à une concurrence sans merci. Et le coronavirus révèle par son caractère planétaire et soudain les contradictions du capitalisme. En pleine pandémie, trouver un vaccin pour les puissances impérialistes ne relève pas d’un enjeu purement sanitaire mais d’une concurrence inter-étatique et de la recherche du profit.

La santé : un marché comme les autres pour les capitalistes

 

La semaine dernière, après l’annonce par Pfizer de la découverte d’un potentiel vaccin les bourses avaient fait un bond inédit. Ce lundi sans atteindre ces hauteurs, la bourse était une nouvelle fois en hausse. Pour les entreprises plongées dans un cauchemar d’incertitude, la production d’un vaccin serait le remède à l’imprévisibilité des vagues épidémiques. C’est pourtant cette spéculation sur le conjecturable qui précipite la recherche, comme en témoigne la réduction de la phase III à peau de chagrin dans le protocole de recherche des labos. Les booms boursiers de ces dernières semaines mettent sous le feu des projecteurs le fonctionnement d’un système capitaliste qui conditionne la recherche scientifique à un profit, qui hâte la recherche en vue l’obtention du monopole de la commercialisation des vaccins.

Un système dont la pertinence interroge, dès lors que la recherche la plus essentielle ne se fait que sous le prisme du court terme. A l’heure où une course contre la montre est lancée pour trouver un remède, l’état de la recherche est critique. L’exemple le plus frappant et le plus amère, étant donné la situation actuelle, est la baisse des financements dès 2004 pour les laboratoires travaillant sur les coronavirus après la crise du SRAS en 2003. En France, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) n’a un budget que de 920 millions d’euros quand les grands groupes pharmaceutiques mondiaux ont des capitaux de plusieurs milliards d’euros qu’ils choisissent d’investir sur ce qu’ils jugent rentable.

La concurrence entre la Russie et les Etats-Unis, et Pfizer, BioNTech et Gamaleya, loin d’accélérer la recherche ne fait qu’entraver la progression scientifique, la collaboration, le partage d’informations. Si dans le capitalisme de nombreux progrès techniques et scientifiques ont pu être constatés, son irrationalité est aujourd’hui criminelle. En pleine pandémie ce sont les lois du marché qui dirigent la recherche et plutôt que de coopérer les différents laboratoires et Etats se livrent une guerre sans merci dans la course au brevet et à son monopole intellectuel, qui assurera un capital économique faramineux. Face à cela exigeons la transparence de l’évolution des recherches, ainsi que la fin de la visée rentable de ces recherches. Il nous faut également exiger la socialisation des brevets et la fin des grands monopoles privés de l’industrie pharmaceutique, pour endiguer la course à la découverte et aux profits, la concurrence entre les différents laboratoires, pour que la découverte médicale ou technologique ne soit plus le moyen d’une marchandisation des savoirs, mais enfin libre d’accès à tous. Le contrôle des travailleurs, spécialistes et des usagers dans une centralisation publique de l’industrie pharmaceutique est le seul moyen dont nous disposons pour accomplir cet objectif et mettre fin à la prétendue coopération internationale derrière laquelle se cache une concurrence acharnée.




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