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Politique

UDT 2022

"On a besoin d’une jeunesse qui refuse de baisser la tête" : Irène Karalis au meeting de rentrée

À l'occasion du meeting de rentrée de l'université d'été de Révolution Permanente où 500 personnes étaient présentes, Irène Karalis, militante au Poing Levé, a appelé la jeunesse à prendre part à la construction d'un nouveau parti révolutionnaire.

mercredi 7 septembre

Bonsoir, je m’appelle Irène, je suis étudiante à Paris 8. Vous n’imaginez pas à quel point c’est un bonheur pour moi de voir autant de monde à la première université d’été de Révolution Permanente et à ce meeting de rentrée. Alors que les médias nous répètent sans arrêt que la jeunesse est abstentionniste et dépolitisée, je suis fière de voir qu’ici il y a 300 jeunes qui sont intéressés par les idées marxistes et révolutionnaires, qui veulent préparer la rentrée sociale et construire un autre monde.

Les camarades avant moi ont dépeint l’avenir qu’ils veulent nous préparer : un monde de misère, de chômage et de précarité, dans lequel l’inflation atteint des niveaux records et où les classes populaires vont devoir faire le choix entre manger le soir ou payer leur essence pour aller au boulot pendant que des jeunes font des heures de queue pour pouvoir manger chaque jour ; un monde fait de crises climatiques, où tous les étés les incendies et les sécheresses vont se multiplier. Un monde de guerres enfin, où les tensions inter-impérialistes s’intensifient.

Tout ça, pour leurs profits au détriment de nos vies, de celles des populations du monde entier. Et cette accélération des crises économique, écologique et géopolitique, c’est à nous qu’ils veulent la faire payer. Le gouvernement français a déjà prévu un programme chargé pour la rentrée : durcissement de l’assurance-chômage, réforme du RSA et pour nous les jeunes, plus de jobs précaires et de sélection à l’université.

Mais ils savent très bien qu’on va pas accepter si facilement de payer leurs crises. Ces dernières années, on s’est battus pour l’urgence climatique, pour que notre avenir ne se résume pas à des jobs précaires à McDo et Chronodrive toute notre vie, et on a été nombreux à refuser le faux dilemme entre la peste et le choléra pendant l’entre-deux tours. Alors pour nous imposer cet avenir fait de crises et de guerre, ils mènent une offensive sécuritaire et réactionnaire. Ils nous matraquent physiquement et envoient leur police dès qu’on se mobilise. Ils nous matraquent aussi idéologiquement, en menant une chasse aux sorcières contre les islamo-gauchistes et contre les wokistes, en criminalisant les luttes LGBTI, contre le racisme d’Etat, ou contre l’impérialisme.

Ils veulent contrôler nos vies, nos esprits, mais aussi nos corps. En France, le gouvernement traque les lycéennes qui veulent porter le voile, s’en prend à celles qui mettent des crop-top, exclut du droit à la PMA les hommes trans, ferme des plannings familiaux faute de moyens mis dans la santé. Aux Etats-Unis, c’est même le droit à l’avortement qui est attaqué et c’est notre droit à disposer de nos corps, de notre sexualité qui est en jeu ! Aujourd’hui, l’avortement est restreint voire interdit ou menacé de l’être dans au moins 27 États, et ce sont désormais des millions de femmes qui sont concernées, dont une grande partie n’ont pas les moyens de se déplacer parfois sur des milliers de kilomètres pour avorter. C’est la démonstration que nos droits ne sont jamais à l’abri des attaques des classes dominantes et que tant qu’on sera sous le capitalisme, tout ce qu’on a arraché par les mobilisations, on devra aussi le préserver par la lutte.

En face de nous, ils sont particulièrement déterminés à contrôler nos vies et nos corps. Avec le retour de la guerre en Europe et l’aggravation des tensions impérialistes dans le monde, c’est nous que la bourgeoisie se prépare à envoyer au front comme chair à canon de ses propres intérêts. Macron a déjà annoncé sa volonté de généraliser le Service National Universel et son choix est clair : pendant qu’il casse l’éducation nationale et la santé et nous répète à longueur de journée qu’il va falloir se serrer la ceinture face à la crise économique, il n’hésite pas à investir 1,5 milliards d’euros par an pour nous endoctriner et nous mettre au pas de ses ambitions réactionnaires.

S’ils investissent autant d’argent pour nous embrigader, c’est parce qu’ils se rappellent que la jeunesse a souvent été le fer de lance d’immenses mouvements de solidarité avec les peuples internationaux et de lutte contre l’impérialisme. Dans les années 60, ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont manifesté dans la rue et dans leurs universités parce qu’ils refusaient de s’aligner sur leurs gouvernements qui bombardaient, tuaient et torturaient des Algériens et des Vietnamiens, des peuples qui n’avaient pour seul crime que d’exiger l’indépendance et la liberté.

Pour faire face à toutes ces offensives, on ne va pas pouvoir se contenter d’un bulletin dans l’urne tous les cinq ans. Aux Etats-Unis, la gauche au pouvoir promettait de protéger le droit à l’avortement, d’en finir avec les violences policières et avec la répression des jeunes LGBTI. Aujourd’hui, après 1 an et demi de mandat, c’est Etat après Etat que ce droit est confisqué à des millions de femmes, c’est école après école que des adolescents LGBTI sont stigmatisés et criminalisés, et la police continue de tuer des noirs dans la rue. En France, la gauche institutionnelle laisse entendre que si elle était au pouvoir, les jeunes pourraient mieux vivre. Pourtant, c’est cette même gauche qui défend le fait de préparer la jeunesse à la guerre et à l’intensification des crises économiques et climatiques, comme si on en était responsables. Quand le gouvernement prévoit de généraliser le SNU, Mélenchon s’y oppose, non pas parce qu’il estime que nous n’avons pas à payer leurs guerres, mais parce qu’il dit que le SNU serait trop laxiste, que ça serait une simple “colonie de vacances”, et qu’il faudrait plutôt imposer une conscription de 9 mois pour tous les jeunes dès 18 ans !

On nous explique qu’on est redevables de la patrie française qu’on doit se rendre utiles pour elle. En fait, on veut faire de nous des patriotes de l’impérialisme français, de cet impérialisme qui pille l’Algérie, qui envoie ses troupes contrôler l’Afrique, qui vend ses armes aux dictatures des quatre coins du monde ! Nous, on refuse cette mise au pas, parce qu’on est une jeunesse sans patrie, une jeunesse solidaire des jeunes du Sénégal qui s’attaquent aux multinationales de Bolloré, solidaires du peuple Sri lankais qui se révolte contre la faim, on est une jeunesse anti-impérialiste, et qui contrairement à la gauche institutionnelle, n’a pas honte de dire haut et fort que oui, Palestine vivra, et Palestine vaincra !

Comment est-ce qu’on pourrait se dire, en voyant les conséquences de la crise écologique et de la guerre, que c’est par des négociations avec le patronat qui pille et détruit la planète, qu’on pourra mettre fin au réchauffement climatique ? Que c’est en faisant passer des amendements au Parlement qu’on va empêcher les grandes entreprises de polluer ? Quand on sait que 100 entreprises sont responsables de 71% des émissions de gaz à effets de serre, et que la famine menace des régions entières du globe à cause de la sécheresse et de la guerre, il est plus clair que jamais qu’on ne va pas pouvoir se contenter de chercher à atténuer la catastrophe mais que la seule issue possible, c’est de s’attaquer frontalement au capitalisme !

Pour ça, on ne peut pas se contenter de simplement résister, on doit se doter d’une stratégie pour gagner. On doit être aux côtés de ceux qui font tourner la société et qui, parce qu’ils sont au cœur du réacteur capitaliste, sont capables de penser comment produire autrement, comment opérer la transition écologique, comment répondre à la hausse des prix. C’est vrai qu’on fait partie d’une génération à qui on a martelé qu’on n’avait rien à voir avec la classe ouvrière, qu’on ne se battait pas pour la même chose et qu’on n’avait pas les mêmes intérêts. Mais moi, je me rappelle des grévistes de la RATP qui, quand on allait les voir tous les jours à 4h du matin sur leur piquet de grève pendant la réforme des retraites, nous expliquaient qu’ils se battaient pas pour eux mais aussi pour l’avenir de leurs enfants et pour que notre génération n’ait pas à travailler jusqu’au cimetière. Je me rappelle des raffineurs de Grandpuits qui nous expliquaient qu’ils luttaient pas seulement pour préserver leurs emplois mais aussi contre le greenwashing de Total et pour ne pas laisser des sols et des eaux polluées à leurs enfants.

Et ces derniers mois, à l’international, on a vu comment la classe ouvrière peut faire trembler des régimes quand elle se mobilise. Au Sri Lanka, avec les grèves massives de travailleurs pour faire tomber le gouvernement. Au Myanmar où la classe ouvrière a été en première ligne de la résistance à la dictature militaire. C’est uniquement en alliance avec la classe ouvrière qu’on va pouvoir résister face aux capitalistes et à leur armée. Et c’est aussi avec eux qu’on va pouvoir construire une autre société. C’est en mettant toutes les grandes entreprises sous contrôle des travailleurs et travailleuses des transports ou de l’énergie qu’on va pouvoir réorganiser l’économie de manière à éviter la catastrophe climatique que nous prédit le GIEC. C’est en mettant l’hôpital sous contrôle des travailleurs et travailleuses de la santé qu’on va pouvoir réorganiser le système de santé de manière à garantir un avortement libre, sûr et gratuit. C’est aux côtés de celles et ceux qui font tourner la société au quotidien qu’on va pouvoir détruire ce système et construire une société sans classes, sans exploitation et sans oppression, une société communiste !

Face à nous, il y a une bourgeoisie sur-déterminée à nous faire payer ses crises, qui se prépare au quotidien aux prochaines explosions sociales. Alors de notre côté, on doit aussi se préparer pour être capable de refuser l’avenir qu’on nous prépare. Il va falloir s’affronter à l’État capitaliste, à sa police, son armée et ses médias. Pour ça, on va devoir s’organiser quotidiennement et consciemment dans un parti révolutionnaire des travailleurs, un parti sans illusion sur la gauche institutionnelle, qui milite pour que les jeunes prennent leurs affaires en main aux côtés de la classe ouvrière et à l’aide d’un programme révolutionnaire.

Aujourd’hui, je m’adresse à tous les jeunes dans cette salle qui en ont marre de ce système mais qui ont peut-être trop entendu que le capitalisme c’était la fin de l’histoire, et qui portent sur leurs épaules le poids des dernières défaites du mouvement étudiant. Avec la pandémie, l’inflation, l’urgence climatique, on entre dans un monde convulsif fait de crises, de guerre mais aussi de révolutions. Et nous, les jeunes, on peut jouer un rôle central dans la lutte contre ce système, être aux avant-postes du combat pour abattre le capitalisme et transformer les situations révolutionnaires en révolutions victorieuses. Aujourd’hui plus que jamais, on a besoin d’une jeunesse militante, d’une jeunesse pro-ouvrière, d’une jeunesse qui refuse de baisser la tête face à la mise au pas que la classe dominante veut lui imposer. Alors à toutes celles et ceux qui sont déterminés à lutter pour une autre société, rejoignez notre combat pour la révolution